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La ville de Bandol par un bandolais : Bandolais.fr

Un point de vue sur la vie publique bandolaise

Les grenouilles qui voulaient se faire bœufs

·Non classé, Politique

Bon, premier article de fond : on va commencer léger, avec des choses sans gravité, qui concernent le rapport aux symboles (je ne dis pas que les symboles ne sont pas importants, au contraire, sinon on n’en parlerait même pas).
Mais c’est un sentiment désagréable : avoir déjà fait le travail, et devoir le refaire parce qu’une nouvelle génération d’élus arrive aux affaires avec les mêmes travers, qu’on pensait avoir évacués depuis 2014.

Que j’avais raison !! Seule une liste limitative d’autorités (président de la République, membres du Gouvernement, parlementaires, préfets…) peut arborer la cocarde sur un véhicule (article 50 du décret du 13 septembre 1989). Les maires et les adjoints n’y figurent pas, et le ministère de l’Intérieur range cet usage parmi les usurpations d’insignes réglementés (article 433-14 du Code pénal).

Crédit photo : DR

Quatorze ou quinze ans plus tard, les conseillers municipaux de la nouvelle majorité se drapent d’une écharpe azur et or, aux couleurs du blason de Bandol. La grenouille de La Fontaine n’est pas morte : elle siège au conseil municipal.

Le protocole, et son application par nos élus

Rappelons la règle. Au niveau municipal, l’écharpe tricolore est réservée au maire (glands à franges d’or).

L’écharpe à franges d’argent est portée par les adjoints dans l’exercice de certaines fonctions, et seulement si le maire n’est pas présent. Elle l’est aussi par les conseillers municipaux qui remplacent le maire ou célèbrent un mariage par délégation (article D. 2122-4 du CGCT). Rien d’autre.

Ça veut dire qu’à Bandol aussi, les adjoints ne devraient pas porter leur écharpe en présence du maire. Ils l’ont pourtant portée tout le temps où mon cabinet a géré le protocole, d’août 2020 à mars 2026. Je vous dois donc l’explication.

réponse du Préfet sur les écharpes des élus
Mal tamponnée, cette réponse du Préfet date du 9 janvier 2019 et non 2018 évidemment

Le 26 novembre 2018 – donc bien avant mon arrivée – Jean-Paul JOSEPH avait écrit au préfet du Var (échange des courriers ci-contre) pour l’inciter à ramener un peu de raison dans les moeurs protocolaires varoises : « Il est précisé que les élus portent l’écharpe seulement lorsqu’ils remplacent ou représentent le maire. Je constate que nous sommes les seuls élus de l’Ouest Var à appliquer strictement les textes. »

Le 9 janvier 2019, le préfet lui a donné raison, par écrit : « en présence du maire, un adjoint ou un conseiller municipal ne peut porter l’écharpe tricolore lors de cérémonies patriotiques ». Et à ma connaissance, rien de plus.
Alors ce n’est évidemment pas ce que le Préfet écrivait, mais moi quand j’ai lu cette réponse que l’ancien maire m’a transmis, j’ai aussi cru comprendre ceci : si vous croyez qu’avec les services de l’Etat dans le Département nous avons quelque chose à cirer de comment les provençaux transforment le décorum républicain en carnaval, vous vous gourez grave : on a d’autres choses à faire, je ne vais pas m’en mêler, et vous pouvez bien faire comme vous voulez ou en parler à vos petits camarades à l’agglo par exemple… même si un Préfet s’exprimerait de façon plus habile et soutenue, c’est certain. Mais je ne suis pas préfet, juste apprenti exégète.

Unique commune légaliste de l’ouest du Var, Bandol faisait « petit village » sur les photos officielles avec le maire seul en écharpe quand presque toutes les autres municipalités faisaient péter tous les rubans avec glands d’or ou d’argent en brochettes complètes.
À partir du 14 juillet 2020, nouveau mandat, le maire a fini par concéder à ses adjoints (qui s’inquiétaient pour l’image de la ville) d’appliquer l’usage ouest-varois. On peut le lui reprocher, et j’assume n’avoir jamais regardé la question comme Dircab puisque le protocole roulait depuis avant mon entrée en fonction et que j’avais tout à apprendre dans mon poste.
Mais Jean-Paul JOSEPH  avait au moins posé la question, et fait ce qu’il pouvait pour harmoniser dans le bon sens auprès de l’autorité compétente. Mais reconnaissons-lui ce mérite, il n’a jamais inventé d’insigne.

Le maire de maintenant, c’est un autre genre : sa première préoccupation est de faire au moins un selfie par jour sur les « rézosocio ». Résultat : faut que ça brille, faut du clinquant ! On va faire plus Bandolais que Bandolais, on va s’inventer des écharpes. Le protocole, à Bandol on craint dégun, et en avant la kermesse : on est à l’heure du Trumpisme oui ou non ?

Une écharpe qui n’existe pas

Et donc, cette écharpe « bandolaise » ?
Le ministère de l’Intérieur a répondu dès 1990 : « Aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit l’existence d’écharpes aux couleurs de la commune » (question écrite n° 29641). Elle n’est pas interdite puisque le sujet n’est en fait pas traité, mais elle n’a aucune valeur officielle (et ne devrait en aucun cas être portée comme marque « d’autorité » en présence du seul élu qui doit afficher son rang par une écharpe, le maire).

source : Ville de Bandol

Regardez-la de près, pourtant. Même ruban porté en bandoulière, de l’épaule droite à la hanche gauche, comme le prévoit le vrai protocole. Même paire de glands à franges d’argent, ceux qui distinguent l’écharpe des adjoints. Seules les couleurs changent : le bleu-blanc-rouge cède la place à l’azur et or. On la porte même lors des cérémonies officielles, juste derrière le maire ceint de son écharpe tricolore. Ce n’est pas un hasard de mercerie. C’est une copie conforme du code républicain, en dehors des couleurs, et de quoi faire passer un conseiller pour un adjoint aux yeux du public.

Le maire suivait pourtant déjà la vie politique bandolaise à l’époque de mes billets sur la cocarde. Il aurait pu s’en souvenir avant de lancer, lui ou son cabinet, cette idée saugrenue.
Si lui-même ou l’un de ses co-adjoints avaient ressorti l’idée en réunion hebdomadaire lors du mandat où je les assistais, Jean-Paul JOSEPH m’aurait expliqué l’échange avec le Préfet (donc la règle officielle : un seul élu municipal avec écharpe).
Je leur aurai alors imprimé l’article sur la cocarde de l’ancien premier adjoint, pour leur expliquer que je n’avais pas mis entre parenthèses ma carrière professionnelle pour basculer dans l’ère Trump à leurs côtés et déguiser leurs camarades simples conseillers municipaux en pseudo dictateurs sud-américains façon Charlie Chaplin. Pourquoi pas des turbans et des boules de Noël pendant qu’on y est ?
Si l’équipe guidée par Jean-Paul JOSEPH était plutôt solidement immunisée contre ces dérives (ouf!!) il aura suffi d’attendre l’équipe qui lui a succédé. Misère !!

D’autres communes varoises font de même. Sanary, notre voisine, a elle aussi doté ses conseillers municipaux d’une écharpe bleue et jaune. Ce n’est pas plus officiel chez elle, et copier les copains qui font des bêtises n’a jamais fait une politique.

Des hochets pour compléter les indemnités ?

À quoi sert cette idée ? Les conseillers municipaux ont vu leurs indemnités croitre de 50% (sauf erreur, la délibération 11 du 25/09/2026 n’est pas encore publiée) par rapport à ce qui se pratiquait précédemment (sur le dos des adjoints qui ont perdu 30% par rapport à leurs prédécesseurs pour financer cette augmentation et celle du maire). Mais même ainsi, on n’est pas sûr d’acheter toutes les fidélités ?
Alors on joue la stratégie des médailles en chocolat. On ressort la recette napoléonienne : à propos de la Légion d’honneur, qu’il crée en 1802, on prête à Bonaparte cette formule avec des sources solides :

« On appelle cela des hochets.
Eh bien, c’est avec des hochets qu’on mène les hommes ! »

Ça ne sert donc qu’à frimer, à dire au public : je ne suis pas n’importe qui, je suis élu…
Des grenouilles de La Fontaine, vous dis-je !!

Des élus de seconde zone ?

À Sanary, faute de légalité, on a au moins eu la cohérence de… l’égalité : l’« accessoire de kermesse » y est porté jusque dans les rangs de l’opposition. Son chef de file, Olivier Magnin, a lui aussi cédé à ce folklore local : on l’a vu la porter à la commémoration de la Libération le 23 août, puis lors du rassemblement du 19 octobre.

À Bandol, à ma connaissance, l’écharpe n’a curieusement pas été proposée aux élus d’opposition. 
Leur voix compterait-elle moins au conseil municipal ? Ou y a-t-il des élus du bon côté du pouvoir, et les autres ?
Je ne veux pas répondre à leur place, mais je pense qu’ils vont faire une drôle de tête si on leur propose cet accoutrement…

Servir, pas paraître

Si l’opposition veut aller plus loin, une question en conseil municipal suffira : combien ont coûté ces écharpes, sur quelle ligne budgétaire, sur quelle décision, et pourquoi tous les élus n’en ont-ils pas reçu ? Le bon de commande et la facture sont des documents administratifs, communicables à tout citoyen qui les demande (article L. 311-1 du CRPA).

Car si la commune les a payées, vos impôts servent à fabriquer des hochets pour des élus qui n’ont pas encore compris qu’ils sont là pour servir, pas pour paraître. La Fontaine l’écrivait déjà en 1668 :

Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages.

On y reviendra. Forcément.
Mais cela nous dit déjà beaucoup sur la mentalité de la nouvelle majorité municipale.

F.M. – www.bandolais.fr

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