Aux cocardes de Bandol et du Var
A l’issue du dernier conseil municipal de Bandol, Marcel BOGI (premier adjoint au Maire sans plus aucune délégation) est venu dans la partie réservée au public me trouver alors que je mettais les lignes finales sur la retransmission en direct du CM. Il avait visiblement été informé par un de ses affidés du fait que je l’avais épinglé sur deux points. Et il avait apparemment besoin de m’en parler, avec de drôles de justifications, ce qui nous a donné l’occasion d’écrire une nouvelle page pagnolesque dans la vie de Bandol.
Les élus locaux et la cocarde républicaine
J’ai notamment fait état pendant le direct du CM, et cette fois en nommant Marcel BOGI, du fait à plusieurs reprises déjà évoqué sur ce blog, de la présence d’une cocarde républicaine sous le pare-brise des (de sa) voitures. C’est un usage tout à fait choquant de mon point de vue de la part d’un conseiller municipal fût-il adjoint au maire.
Je rappelle une nouvelle fois pour les nouveaux lecteurs et les distraits, que ce symbole de la République est strictement réservé aux représentants du plus haut niveau de l’Etat : chef de l’Etat, parlementaires, membres du gouvernement, et préfets (et quelques autres dignitaires : liste sur Légifrance). Point barre
Et considérant la vitesse de réaction à ce que j’écris de la part des élus en général et de Marcel en particulier, je sais que ces élus (ou leurs équipes) me lisent et sont donc au courant de ce sujet récurrent. En usurpant cet insigne d’autorité, ils sont hors la loi, et passibles d’un an de prison et de 15.000€ d’amende si les textes n’ont pas variés depuis la dernière fois où je l’évoquais. Repoint rebarre.
Une cocarde, pour quoi faire ?
J’ai posé la question à Marcel BOGI qui m’a répondu que ça lui plaisait…
Ce symbole sert évidemment aux représentants de l’Etat français à signaler notamment aux forces de l’ordre qu’ils ont affaire à des personnalités de premier plan, à traiter avec les égards et les éventuelles dérogations que peut imposer la sécurité ou les besoins du service de l’Etat (quelques libertés de stationnement ou autres points du code de la route par exemple).
Un élu municipal, qui n’y a pas droit s’en sert donc pour :
- frimer ?
- jouer à la grenouille qui voudrait bien être aussi grosse que le bœuf ?
- signaler aux forces de l’ordre que la voiture concernée doit être traitée différemment de celle des autres automobilistes ?
- Avez-vous d’autres idées ?
De toutes façons on est face à un comportement qui est au cœur des reproches que font les citoyens à leur personnel politique : occuper leurs fonctions pour des questions d’égo avant la préoccupation du service public, et à la recherche de privilèges ou passe-droits qui sont la négation du principe d’égalité inscrit dans notre devise. Lamentable.
Une défense culottée
On aurait pu penser que mis personnellement devant les dispositions légales et ce qu’il faut bien appeler son délit, Marcel feigne la surprise et me dise qu’il n’avait pas conscience d’enfreindre la loi, et allait derechef la retirer de sa voiture. Que nenni ! Il n’a pas même pris la peine de jouer l’étonnement.
« Pourquoi tu viens m’emmerder à moi ? » et de me dire que beaucoup d’élus du département font la même chose, me citant au passage quelque autre nom du conseil municipal (dont j’ignorais qu’ils fussent dans le même cas), et invoquant le fait que même des maires alentour en (ab)usent aussi.
Je profite de l’occasion pour rappeler à tout le monde que si le maire de Six-Fours a une cocarde sous son pare-brise, ce n’est pas parce qu’il est maire mais parce que Jean-Sébastien Vialatte est député de notre circonscription (photo ci-contre issue de sa fiche de député sur le site de l’Assemblée Nationale). Et pour lui, la cocarde est tout à fait légale. Pas pour toi Marcel.
Bouc émissaire ou rançon de la gloire ?
Marcel BOGI me reproche alors de le prendre comme tête de turc. Non, ce n’est pas une lubie dirigée contre lui, mais il est le seul que j’ai vu arborer cet insigne et dont de plus je connais la voiture. Je ne suis pas un journaliste enquêteur qui monte un dossier sur les abus de nos élus, je suis un blogueur citoyen qui se contente de dire à voix haute à nos élus ce qu’il pense de leurs actions visibles. Marcel BOGI a beaucoup fait pour être visible à Bandol et ses écarts ou ses ratés se remarquent. Mais qu’il se rassure, le maire de Bandol ou son prédécesseur ne m’aiment pas beaucoup plus que lui, étant donné que j’ai eu des échanges assez vifs et des désaccords publics et marqués avec tous les premiers rôles politiques de la ville depuis 2007. Reste que les bourdes de Marcel, j’en suis effectivement informé, ne serait-ce que parce qu’il a une longévité politique à Bandol qui fait que tout le monde le connaît : la rançon de la gloire en quelque sorte.
Mais quand on est élu, c’est aussi servir d’exemple qui s’impose avec la fonction, un peu le panache du chef…
Qu’il se console en pensant qu’au niveau national, des abus personnels de ce genre lui auraient valu les honneurs des guignols et de toutes les matinales des radios. Dans notre patelin, il s’en tire à bon compte.
Un tarif de groupe pour continuer peinards ?
Ce n’est pas d’être en infraction qui le gêne, c’est que je le stigmatise. Je lui ai donc proposé de me communiquer les photos des autres voitures d’élus qui sont dans le même cas et que nous fassions ensemble un envoi groupé au Préfet qui leur fera peut-être un prix de gros. Ca ne l’a pas fait rire Marcel.
Son fidèle Jean-Marie SAGNIEZ m’a alors reproché de faire de la délation. J’aurais pu lui objecter que son chef venait gentiment de me balancer les noms d’autres fautifs, mais je me contente de noter que ce qui les intéresse n’est pas de se mettre en conformité avec la loi, mais de pouvoir continuer à la transgresser pépères, et bénéficier de la supériorité supposée de leur condition d’élus pour s’arroger indûment des menus privilèges. Ca en dit long sur l’état d’esprit (et ça justifie cet article).
Changement d’époque
C’est honteux de la part d’élus républicains qui ont beau jeu d’aller chanter la marseillaise les jours de commémorations nationales : c’est vrai que ça ne coûte pas cher. Ces élus issus du XXème siècle n’ont toujours pas compris que l’époque ne supportait plus les abus et exigeait un peu plus :
- l’abstention record
- le vote blanc qui monte élection après élection
- la montée des extrêmes
- l’apparition au premier plan d’une association comme Anticor
- d’autres associations émergentes comme Transparency International, Finance Watch, etc.
- les rapports parlementaires et civils qui se multiplient sur les malaises de notre démocratie.
- La condamnation historique d’un ancien chef de l’Etat.
- Etc.
Qu’on soit d’accord ou pas avec ces initiatives et tendances, elles délivrent toutes le même message que les électeurs/contribuables n’acceptent plus les dérapages de nos élites, et en particulier des politiques.
Je ne connais personne de blanc ou noir, et tout le monde peut selon les circonstances avoir ses arrangements avec la réalité ou les contraintes de la vie en société et son cadre législatif. Mais quand on est élu, l’exemplarité s’impose. Elu ou même candidat, on ne peut enfreindre sciemment la loi sous prétexte que l’usage est répandu, et le minimum à attendre de gens qui aspirent à un statut les plaçant au moins symboliquement un peu à part, c’est qu’ils se mettent en conformité avec les règles dont ils sont chargés d’assurer le respect.
Marcel m’a demandé si je comptais réformer le département à moi tout seul. Eh non, je ne suis qu’une petite voix ajoutée à toutes celles listées ci-dessus qui se contentent de crier à nos élus les plus sourds : « allo, ici la terre, est-ce que vous nous recevez encore? »… Encore une fois, ça n’a rien de personnel, ni envers lui, ni de ma part : on parle de citoyen(s) à élu(s).
Qualités et défauts de Marcel BOGI
Comme beaucoup de monde, j’admets que Marcel BOGI ferait un assez remarquable professionnel des relations publiques, comme le montre d’ailleurs le succès local de son association : homme sympathique au contact agréable (tant qu’on s’en tient à la camaraderie et évite l’affrontement), il a les qualités appréciables d’un homme du Sud qui assurent sa popularité toujours forte à Bandol.
Mais quand Marcel me dit que la griserie du pouvoir peut conduire à ce genre de petites entorses à la règle, je me dis que j’ai raison de plaider pour la limitation des mandats (et pas seulement contre le cumul). Après 30 ans de vie politique à Bandol, plusieurs fois premier adjoint et autant dire quasi-maire, il démontre là qu’il n’a plus la distance nécessaire pour mesurer l’exigence de la fonction. Et quand il me souhaite de connaître un jour cette même griserie du pouvoir, je me dis que ce n’est pas sain, et surtout que c’est son fantasme, pas le mien (je ne suis et serai candidat à rien à Bandol, et si je devais m’investir un jour en politique locale, je le ferai n’importe où sauf à Bandol, car je milite contre le mélange des genres et me l’applique à moi-même, ce qui m’autorise à être critique).
Statu-quo pagnolesque
On s’est quitté sur cette incompréhension, lui partant entouré de quelques proches, non sans m’avoir lancé plusieurs fois pendant la conversation un « quand on me cherche on me trouve » à quoi j’ai platement répondu qu’il n’y aurait pas de problème et qu’on serait deux (je n’ai pas su relever le niveau)… C’est vraiment très mal lire mon blog que d’imaginer que je cède sur les principes qui l’animent, mais c’était la première fois que les intimidations venues de son camp se faisaient en présence physique (je souligne que je n’ai jamais subi la moindre intimidation de la part d’autres forces politiques bandolaises – les allusions de Mme Connat sur ma moralité ont eu lieu à l’époque où elle était associée avec Marcel Bogi dans Bandol en @ction).
Je me suis retrouvé seul devant le centre culturel de Bandol à accompagner leur départ de reproches sur cette attitude d’entêtement à usurper des symboles du pouvoir pour la frime, et l’irresponsabilité d’élus dont l’arrogance se double de cynisme. Seul et ça m’a donné l’occasion de méditer sur le fait que nous avons les élus que nous choisissons.
Et après ?
Parce que collectivement nous tolérons au fil du temps des écarts qui ne sont pas acceptables, les professionnels de la politique ont fini par construire un système à deux vitesses, où ils s’assoient allègrement sur le principe d’égalité et se torchent avec la loi. Nous ne nous reconnaissons plus vraiment dans ce qu’est devenue notre démocratie, et s’ils sont la grenouille de la fable du bœuf, nous sommes la grenouille qui plongée dans une casserole d’eau froide qu’on réchauffe ne sautera jamais à temps et finira par bouillir : nous réélisons des Carignon et autres Balkany ou Guérini ou Frêche (paix à son âme), et dans les sondages passons notre temps à dénoncer les arrangements des politiques. L’être humain, notamment en société, est plutôt schizophrène.
Non je n’ai pas écrit au Préfet pour dénoncer Marcel, mais j’aurais fait tout mon possible pour lui ouvrir les yeux et lui offrir une chance de corriger son comportement d’élu. Sur le point précis de la cocarde, je l’ai fait d’abord en évoquant le problème dans sa généralité, à plusieurs reprises. Resté sourd, je l’ai interpellé publiquement. S’il reste encore sourd à mon discours, c’est à vous, nous tous collectivement de trouver les moyens de faire atterrir des politiques déconnectés. Ou pas. Mais là ça vous regarde : je crois avoir fait ma part.
F.M. – www.bandolais.fr
Mots-clés : Bandol, bogi, cocarde, député, égalité, égo, exemplarité, grenouille, griserie, intimidations, maire, pagnolesque, pouvoir, privilèges, Vialatte