Quand les citoyens bouleversent les plannings techniques

Hier je vous expliquais que lors du débat (avec 2 maires quadragénaires et « webophiles ») auquel j’ai participé samedi, on s’aperçoit que même bien disposés et amateurs de technologie, une attitude proactive vers plus de transparence suppose encore un effort supplémentaire pour ces hommes de pouvoir, qui ne va pas tout seul. L’explication se trouve probablement dans le verbatim (de mémoire) de ce débat: « les blogs citoyens sont emmerdants. Ils peuvent vous forcer à modifier le planning des services municipaux ».
Le Maire de Neuilly nous expliquait que l’audience des blogs permet parfois de créer un « buzz » autour d’un micro-problème: s’ils sont plusieurs à crier au scandale pour une ornière persistante dans la chaussée, et que des citoyens se mettent à relayer ce « scandale », la Mairie finira par …/…


elus webcitoyens.jpeg…/… donner l’ordre d’aller boucher le trou dans le bitume au plus vite, quand bien même la réparation figurerait dans le planning normal des services techniques qui ont évidemment déjà repéré la nécessité d’intervenir: mais le planning est éventuellement prévu quartier par quartier. Jean-Christophe FROMANTIN en déduisait lui-même la conséquence logique. Cette participation des habitants qui se mettent aujourd’hui à peser (influer) sur l’action publique oblige à une plus grande réactivité des services de la Mairie.
Comme toute institution, toute administration, les services d’une mairie ont une organisation lourde, planifiée et planificatrice. L’ornière de la discorde était peut-être prévue pour comblement le mois prochain, mais le ramdam propagé par un blog risque d’obliger à mettre en suspens un quartier pour aller traiter celui qui bénéficie de cette « médiatisation » bloguesque. A Neuilly, la mairie tente donc d’aboutir à la constitution d’une petite « task force » d’intervention rapide destinée à réagir sur les micro-problèmes remontés par les habitants (en direct ou via les blogs citoyens): il s’agit de repenser l’organisation des services pour pouvoir régler rapidement ces questions, qui

  • peuvent représenter une gêne réelle pour les habitants,
  • sont prévus à moyen terme,
  • mais cristallisent le débat sur des points de détail par rapport à l’échelle des questions que doit gérer une mairie,
  • et sont donc une pollution pour la sérénité locale.

Personnellement j’ajoute que cette réorganisation pour traiter cette attente de réactivité est légitime, et un problème mineur ne doit pas forcément rester en souffrance simplement parce que l’institution qui en a la charge ne sait tout simplement pas la traiter de façon réactive et légère. Les médecins savent qu’aujourd’hui les équipes de soignants ne prennent pas seulement en compte la gravité des symptômes, mais aussi beaucoup la gêne subjective perçue par le patient, qui est aussi une réalité médicale (la douleur notamment, pas toujours dangereuse dans le diagnostic globale, mais invalidante).

L’autre maire présent ce jour-là dans le débat, Jacques BOUTAULT (IIème arrondissement de Paris), résumait la relation en des termes que je vais essayer de respecter également de mémoire:
Pour tous les dirigeants, quel que soit le niveau le lieu ou l’époque, la dictature est plus facile et confortable que la démocratie. Mais nous sommes attachés à la démocratie, et il faut accepter la participation des citoyens, qui par leur interaction quotidienne garantissent et enrichissent la démocratie, obligeant à plus de transparence et de réactivité. C’est plus de travail pour les élus et les services, plus d’efforts, mais la démocratie est à ce prix, qu’il faut accepter si on s’engage pour la servir.
C’est probablement pour cette prise de conscience, pour cette affirmation d’une conception de la relation élus/citoyens que n’aurait pas renié un Mendès-France (que je citais il y a un peu plus d’un an), que ces deux maires, de gauche et de droite, sont partis avec les applaudissements d’une assemblée de blogueurs toujours plutôt circonspects face aux détenteurs de pouvoir (pouvoir qu’ils ne peuvent qu’assumer avec leurs qualités et leurs faiblesses d’hommes). Nous voulons croire qu’ils seront repartis renforcés dans cette conception, et que nos propres maires, partout en France (et évidemment pour moi à Bandol) auront à coeur de faire évoluer leur gouvernance pour aller dans ce même sens.
Frédéric METEY
www.bandolais.fr
Crédit photo: blog Montbard Avenir
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