(par J. Kauffmann) Protection de la mer à Bandol

Protection de la mer : secouons les idées !
Nous avions déjà débattu, et vivement, sur le projet de Parc National des Calanques.
Rappelons le contexte, ce parc avait été cité à la fin d’un article présentant « le Monde du Silence » de Jacques Cousteau, et dans lequel était raconté la richesse de la mer à Bandol dans l’après guerre, comme une possibilité de retrouver ce paradis perdu.
Le projet de parc avance.
D’un coté, le GIP, organisme officiel, multiplie les consultations.
D’un autre, les opposants se mobilisent, et après avoir…/…


…/… chacun rameuté ses troupes respectives (plaisanciers, plongeurs, escaladeurs, promeneurs, calanquiers…), semblent s’unir pour parler d’une même voix dans un « collectif des amis de la rade » pour proposer différentes actions. Il y a une lettre ouverte à M. Guy TESSIER, Président du GIP que l’on peut trouver par exemple là, et diverses pétitions : ici ou .
Pourquoi en parler ici ?
Le périmètre étendu (zone d’adhésion) du parc est gigantesque. Il va de Carros (entrée du Golfe de Fos) au cap Cepet (entrée de la rade de Toulon).
Bandol se trouve donc dans le périmètre étendu.
Nous ne sommes pas, pour le moment, dans le périmètre d’emprise du parc qui va, grosso modo, des iles du Frioul dans la rade de Marseille à l’ile Verte à la Ciotat.
Mais ce projet de création d’un Parc National à notre porte me laisse perplexe.
Le premier constat que l’on peut faire, c’est qu’un parc fonctionne généralement bien dans sa mission première qui est de protéger la nature.
Et le deuxième constat qui suit immédiatement, c’est que pour que cela marche, les parcs s’appuient sur un règlement archi contraignant, parfois risible, parfois surréaliste et en tout cas toujours dénoncé par les habitants.
Et le troisième constat, c’est que, évidement, les lobbys sont au cœur du fonctionnement d’un parc. Il n’y a qu’à voir l’étendue des dérogations dont bénéficient, par exemple, les clubs de plongée à Port Cros.
Ce mode de fonctionnement, où seuls sont entendus les experts et les lobbyistes, est d’ailleurs un de mes principaux reproches sur le fonctionnement d’un parc national. Il manque évidement des comités d’usagers dans le conseil d’administration des parcs. Je l’ai proposé pendant des années à Port Cros, sans jamais recevoir de réponse. Ce n’est d’ailleurs pas étonnant. Regardez l’organigramme du parc de Port Cros. Plus de cent personnes. Deux « comités scientifiques » de 20 personnes chacun. Un conseil d’administration de 31 personnes. Une pléthore de salariés (allez voir, il y a un chef de secteur, des assistants et une secrétaire pour chaque bout de plage de la région). Mais pas une seule personne chargée des relations avec le public.
Parce que ce n’est pas leur problème.
Parce qu’un parc national est tout sauf démocratique. La création est décidée en Conseil des Ministres sur la base de rapports d’experts, les représentants désignés de la même manière. Il n’y a jamais une élection, et même le maire du coin n’a rien à dire. Effectivement, l’équipe du parc développe vite le syndrome « nous sommes les derniers résistants à devoir défendre notre paradis contre les sauvages ».
Et que la difficulté est souvent de lutter contre la sur fréquentation qui est justement causée par l’intérêt que présente le sanctuaire ainsi conservé…
Bon, encore une fois, pourquoi en parler ici ?
Parce que, si l’on accepte l’idée d’en discuter, on peut arriver à la réflexion que nous avons tous à gagner à protéger notre littoral. Tous, c’est-à-dire aussi bien les usagers, plaisanciers, pécheurs, vacanciers, mais aussi les commerçants, hôtelier et tous ceux qui vivent du tourisme.
Si l’on ouvre ce débat, on peut réfléchir à l’idée de prendre aux Marseillais le parc dont ils ne veulent pas.
L’idée pourrait être donc de décaler l’emprise du parc. Plutôt que « Rade sud – Ile Verte », pourquoi ne pas réfléchir à une zone « Cap Croisette – Cepet »? C’est-à-dire, en gros, de la fin de Marseille au début de Toulon.
Cela permettrait de sortir la rade sud de Marseille, largement fréquentée, de l’emprise du parc, et de répondre comme cela à la demande des principaux opposants, et d’aller protéger des endroits qui sont moins fréquentés, malgré leur intérêt (je pense au Liouquet, aux Deux Frères, à la lagune des Embiez).
Bien sûr, il y aura un règlement. Bien sûr, ce qui était possible avant ne le sera plus forcément.
Mais est ce que le jeu ne pourrait pas en valoir le coup ?
Finalement, c’est quoi, un Parc National ?
Beaucoup de positions sont excessives, d’un coté comme de l’autre.
Chez les extrémistes anti-GIP on peut lire « Est-ce que vous aimeriez que dans le jardin que vous préservez amoureusement, qui est devant votre maison, on vienne un jour vous dire, que certains chemins que vous avez entretenus des années durant vous sont interdits parce que vous écrasez les sauterelles et les fourmis. Qu’il vous sera interdit de poser votre chaise longue pour prendre le soleil parce que les pieds écrasent les brins d’herbe sur lesquels vous la posez. De plus il vous sera interdit de cueillir les fruits que donnent vos arbres » (lu dans un mail d’un représentant d’un collectif d’opposant).
A Port Cros, qui est pourtant une bonne caricature du flicage et de délire poussé à l’extrême, il reste possible de mouiller dans la moitié de l’ile. Il reste également possible de nager partout et même d’écraser les fourmis avec sa serviette.
Et il y en a autant à dire de l’autre coté, c’est-à-dire dans les arguments des « pro-sanctuaire total » qui mettent en avant, par exemple, les ravages causés par les kayakistes qui éroderaient les falaises à coup de pagaie…
Finalement, je pense qu’un parc, c’est d’abord des gens de bonne volonté qui exécutent comme ils le comprennent des instructions qui leurs sont données par un règlement du parc. Et c’est bien là-dessus qu’il faut évidement agir. Faire que les règles correspondent tant au besoin, préserver la nature en luttant contre les pollutions, qu’aux usagers locaux. C’est-à-dire protéger en laissant vivre les habitants.
Et c’est quoi, aujourd’hui, la pollution en mer? Pierre nous le rappelait. Il y a la pollution urbaine, égouts que les émissaires relâchent en mer. Il y a tous les déchets jetés à la mer par le vent ou par l’homme. Il y a la pollution industrielle (que restera t’il dans quatre ans de l’engagement pris par Pechiney de fermer en 2015 le pipeline qui déverse toujours 250.000 tonnes de boues rouges chaque année au large de Cassis, pour ne citer que cet exemple?).
Mais il y a aussi, évidement, la pollution causée par les plaisanciers, qui rassemble trois ou quatre causes distinctes: action des ancres sur les fonds marins, déchets ménagers, déchets humains, biocides utilisés dans les peintures sous marines.
Le problème n°1 des plaisanciers, c’est que, trop souvent, le fameux idéal de liberté se traduit par « ne m’emmerdez pas et laisser moi faire ce que je veux » et la moindre allusion à la protection de l’environnement vous fait classer dans la catégorie des « Ecolos Enragés ». Ce qui est d’ailleurs paradoxal pour une population généralement attentive à l’environnement et bien placée pour en observer la dégradation.
Et les élus qui tentent d’agir se font évidement traiter de technocrates, étant entendus qu’ils n’y connaissent rien, n’attaquent pas le vrai problème, s’en prennent toujours aux mêmes, proposent une solution inapplicable et finalement n’ont d’autre but que de pourrir la vie de leurs administrés.
C’est pourtant bien l’irresponsabilité générale qui est le caractère dominant des gens de mer, toujours rétifs à la moindre idée de réglementation et toujours prompt à renvoyer la patate chaude sur le mode éculé « le pire, c’est pas moi, c’est lui là bas, alors allez vous en occuper et on verra après ».
Alors pourquoi ne pas réfléchir sur l’intégration de Bandol dans ce parc national, basé sur un règlement intelligent et qui aurait la capacité juridique, dans son emprise, à la fois de lutter contre les pollutions industrielles, urbaines et plaisancières pour la plus grande satisfaction de ses habitants et touristes? Sans caricature, et justement avec l’idée d’entendre tous les points de vue.
Allez, une dernière question. Que serait devenue Port Cros sans le parc national? Un désert? Un lotissement à l’image d’Héliopolis au Levant? Une barre d’immeuble comme le Lavandou? Une marina privée comme à Cavallo, encore plus bardée d’interdictions que le pire parc? Et combien de visiteurs y vont aujourd’hui justement parce que c’est un parc national?
Jacques KAUFFMANN
.





4 Commentaires

  • Vous dites
    « pas une seule personne chargée des relations avec le public »
    sans doute parce que chaque garde moniteur consacre 30% se son temps à l’animation, pédagogie.
    En outre, sous le profil Chargé de mission PO, il y a bien une personne qui se dedie à 100% au RP.
    Rares sont les manifestations du littoral en regard des iles qui ne font pas appel au Parc pour enrichir leurs programmes (2à3manif par mois tout de même)….Pourquoi le Parc passe t il si inaperçu? Pour les GO, c’est un service de l’état comme les autres. Sa vocation n’étant pas le « cocorico », d’autres l’ont bien compris et « consomment du parc » d’autant plus que la prestation est gratuite pour eux!!!
    Cette actualité peut se suivre sur facebook, groupe du Parc national.
    http://www.facebook.com/group.php?gid=282298310222&ref=ts
    Pour ce qui est du surnombre en personnel:
    les conseils d’administration et scientifiques sont des entités que l’on ne peut inclure dans le pool du personnel (comme partout ailleurs)mais je vous apprends rien. Sortons également de votre décompte le conservatoire botanique : une entité satellite rattachée admistrativement au Parc et relevant de la FEDERATION NATIONALE DES CB
    Reste alors 50 personnes (regardez bien, nombre sont ceux qui ont plusieurs casquettes)
    50 personnes pour 5OOO hectares.
    5000 de nature à préserver des pistes a restaurer, du bati (20 forts) a entretenir, des forets à gérer…
    Un bon investissement, me semble t il, pour l’interet collectif. Car comme vous le souligner, que serait devenu ce coin de paradis sans le parc face aux predateurs immobiliers!

  • Integrine: c’est qui? PO: c’est quoi?Par rapport à GO « y a un lien? » Mais CB: « ch’connais pas! »
    Je plaisante, mais ceci dit, ce débat lancé par Jacques et repris par Integrine est intéressant pour tous. C’est un sujet à creuser…

  • Ahhh, INTEGRINE. C’est un joli mot, qui sonne. Mais c’est une famille de protéines qui ont plusieurs rôles dans notre corps :
    « Lier, montrer le chemin, et restituer le signal »…
    A vous lire

  • bravo pour cette envolée écologiste mesurée !
    je vote pour le parc de MARSEILLE à BANDOL.
    la mer doit être protégée et plus il y aura de PARCS, plus elle sera protégée.