Les disqualifiés de 2014 à Bandol
Un long billet encore pour ce qui devrait être le dernier avant le 1er tour de vote de ces élections municipales de 2014 dans 2 jours, en forme de synthèse de ce qu’aura été cette expérience tout à fait originale dans ma vie jusqu’ici. Un dernier tour des raisons qui m’ont poussé à le créer, et qui tracent une ligne jaune entre 2 groupes de candidats à la mairie de Bandol.
Découverte de la politique
L’élection municipale de 2008 aura été pour moi une découverte de la politique : premiers regards vraiment impliqués sur la vie locale et le fonctionnement des institutions. Avant j’étais un simple électeur, un citoyen qui allait voter à chaque convocation, en se basant sur une information mal collectée, avec un regard distrait projeté sur les médias français et ce qu’ils nous racontent du monde politicien, de notre système démocratique. Mais ça c’était avant.
En 2008 j’ai fait irruption dans le débat, à l’échelon où je le pouvais, et avec un petit avantage culturel sur les outils modernes de communication, j’ai pris et occupé une position de carrefour du débat politique à Bandol : un blog citoyen, bandolais.fr… Gonflé , et maladroit, mes textes de l’époque me faisant aujourd’hui souvent sourire : naïfs, presque enfantins pour un citoyen de bientôt 40 ans… L’éducation civique et politique n’avait pas été menée à terme dans mon cas…
Une fatigue du système et des hommes qui en vivent
Malgré tout, 39 ans d’expérience de vie, d’études supérieures (qui sont le premier stade où se travaille, bien tard, l’esprit critique), de vie professionnelle, de recul sur une une constitution (celle de la Vème République) qui est l’unique système politique que j’ai connu dans mon pays, m’ont quand même conduit à des convictions : que le système est à bout de souffle, que la Vème taillée pour le Général est allée au bout de sa logique et est entrée dans une spirale qui impose des corrections (le passage du septennat au quinquennat n’a rien résolu, et peut-être empiré le problème). Les acteurs qui s’y plongent, notre personnel politique, ne fait plus que vivre dans le système, vivre du système, et perpétuer le système, sans l’améliorer : dans le meilleur des cas il se contente de gérer, plus ou moins bien, mais souvent en décevant un électorat qui réclame le divorce de plus en plus fort.
Ce n’est plus un problème de droite et de gauche, mais une question de corrections des institutions. Et tant que le corps électoral se plie encore aux règles, vote, s’abstient de renverser la table, c’est donc encore vers les hommes et femmes politiques qu’il faut se tourner pour leur demander de modifier ce qui doit l’être. L’exigence de plus en plus forte du « peuple » envers ces décideurs transpire de partout toujours plus fort : montée des extrêmes, associations visant la lutte contre la corruption, l’éthique, la transparence, abstentionnisme, discours médiatique, tentatives de créations de nouveaux partis issus de la société civile, les symptômes sont omniprésents.
Je pense faire partie d’une génération et d’une strate socio-culturelle qui a épongé littéralement ce phénomène, et le traduit en comportement, en vote, et en discours. Certains appelleront ça le phénomène BoBo et je ne le rejette pas : bourgeois par le niveau socio-culturel que la société française nous a permis d’acquérir, bohème par des aspirations de vie qui sont en contradiction avec la marche du monde : un capitalisme qui se libère de toutes régulations et devient fou, une démocratie affaiblie face au pouvoir de l’économie et qui s’éloigne à pas certains de sa propre définition, même en Occident, même en France. Oui j’accepte la définition de BoBo si elle s’appuie sur le fait qu’elle marque un attachement plus fort à mon capital socio-culturel qu’à mon capital économico-financier.
2008-2014 : évolution et renforcement d’exigences
Alors en devenant acteur satellite et central à la fois de la vie politique locale en 2008, je me suis investi dans ce rôle, tout en ayant une réserve due à ma méconnaissance du micro-local : comment ne pas être injuste avec untel ou unetelle, quand on a tout à apprendre de leur histoire. Je ne pouvais m’appuyer sur la maigre partie des faits visibles, encore documentée ou témoignée par les mémoires de ceux qui voulaient bien partager avec moi. Ma participation au commentaire de la campagne 2008 aura été pleine de réserves, de peur de mal faire. Et c’est normal.
Il est tout aussi normal qu’en 2014, après 6 ans de blog intensif, 2150 articles, plus de 8000 commentaires recueillis, et des heures et des heures à échanger avec tout ce que Bandol compte de volontaires pour parler de vie et politique locale, je ne sois plus le même.
Ma peur de mal faire est intacte, mon souhait d’offrir un espace central de débat aussi. Mais j’en sais beaucoup plus, j’ai observé, lu, accumulé les traces et les faits qui m’aideront certainement à faire mon choix au premier et au second tour du scrutin municipal à venir, bien plus en conscience et bien mieux informé qu’en 2008. Mais ce n’est pas pour qui je vais voter fin mars qui est l’objet de cet article. Je voulais partager avec vous des critères de choix, qui sont finalement ceux qui ont présidé à la naissance et à la vie de ce blog pendant plus de 6 ans.
Un blog, c’est une lettre ouverte, un accès direct à mon cerveau (en 2000 articles, son fonctionnement devrait apparaître assez net à ceux qui se seront évertués à lire un tel contenu qui peut difficilement mentir sans que cela finisse par se voir). Cette lettre est adressée à ceux qui ont la fibre, l’envie et la volonté de s’engager dans la vie politique (ou y sont déjà). C’est un appel à appliquer dans leur comportement ces fameuses modifications qui sont réclamées par le corps électoral :
- modestie
- exemplarité
- respect de la démocratie et de l’opposition
- vérité
- communication
- probité
- pédagogie
- respect
- etc.
Pas d’idéologie politique au sens droite gauche. Mais une revendication sur l’éthique. Et à l’aune de ce critère, je souhaite vous expliquer comment je filtre 50% des candidatures pour Bandol en 2014. Ca tombe bien, il y a pléthore de listes, et je vous propose de diviser par 2 ce choix : les raisons qui m’ont fait créer ce blog me permettent de dire ce que moi je trouve acceptable comme comportement et ce qui ne l’est pas. Il restera à choisir dans la liste « acceptable ».
Disqualification ne veut pas dire bannissement
Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de déchoir de leur citoyenneté des gens, des voisins, des collègues, mais de refuser de leur laisser ce pouvoir de décision et de représentation particulier qu’on donne aux élus. Ces candidats ont le droit de s’exprimer, d’émettre des idées ou des critiques, de formuler des projets pour notre communauté, et ils doivent être écoutés, comme n’importe lequel d’entre nous. Mais c’est leur comportement politique (parce que ceux-là ont en plus un passé sur ce plan) qui me fait les exclure de la liste des gens dont d’accepte l’idée qu’ils nous représentent et nous dirigent à l’avenir.
L’inconvénient de cette ligne jaune est d’être bien plus sévère avec ceux qui ont exercé un rôle politique (au pouvoir ou dans l’opposition), car elle sanctionne le passé et favorise les nouveaux venus. Mais elle illustre aussi l’usure du pouvoir, l’éloignement éventuel des réalités et des attentes, et la nécessité de renouveler un personnel politique qui tend à se déformer dans la pratique de ses responsabilités.
Ca vaut d’ailleurs aussi pour les blogueurs (assimilés au 4ème pouvoir), et je m’arrête aussi le mois prochain parce que je sens également qu’il y a un risque qualitatif à éventuellement prolonger pendant un nouveau mandat ce rôle de contre-pouvoir (qui n’est pas du tout régulé hormis les lois applicables à la liberté d’expression): pression, usure, risque d’enivrement me guettent aussi (et pas mal de gens pensent que j’en souffre depuis très longtemps, et je ne peux exclure qu’il y ait une part de vérité à laquelle j’aurai peut-être accès en prenant du recul).
Un cas à part : BBM
Mettons tout de suite à part l’unique liste placée aux extrêmes, Bandol Bleu Marine.
La liste Front National pour de multiples raisons est écartée de mon champ de vote possible, pour des raisons qui tiennent à ce qu’est ce parti (extrême droite), à sa façon d’aborder nationalement le scrutin local des municipales, et enfin à Bandol pour les raisons qui ont été expliquées par la presse et débattues sur ce blog depuis 10 jours…
Inutile d’en débattre : si vous retenez ces arguments, vous partagerez mon point de vue, et si vous êtes prêts à voter FN, nous sommes sur des positions irréconciliables… Ne perdons pas de temps : nous n’en avons plus assez avant la fermeture des commentaires ce soir à minuit pour 48H.
Marcel Bogi
Vous aurez compris à mon article d’hier, que sa liste Bandol par coeur ne peut pas rentrer dans la catégorie des vainqueurs acceptables. Mais oublions cet article sur les tentatives de manipulations sous de faux-nez. Ce blog porte tellement de traces de choses que je n’accepte plus de la part des politiques et qu’en 6 ans j’ai eu l’occasion de reprocher répétitivement à Marcel :
- sa motivation basée sur la griserie du pouvoir (et l’usurpation de symboles statutaires, sans vergogne)
- son incompétence que j’ai démontrée
- la démagogie d’une campagne aussi calamiteuse (et pourtant victorieuse en 2008, ce qui en dit long sur nous les citoyens, les électeurs) que celle qu’il dirigea à la précédente édition
- le procédé choisi pour gagner en 2008, en s’arrogeant les pouvoirs pendant qu’il laissait l’écharpe et son surcroit de prestige à un prête-nom
- 2 ans avec un cumul de délégations impressionnant et zéro avancée sur le plan de la gestion démocratique (refus de diffusion de la vidéo des conseils par la mairie, refus de laisser filmer un membre du public, …)
- use vision oligarchique du pouvoir
- une longévité au même niveau de pouvoir qui est contraire à la sagesse que j’appelle de mes voeux comme tant d’autres sur la limitation de la durée des mandats
- une parole inconstante
- méthodes scandaleuses contre tous ceux qu’ils voient comme adversaire (jusqu’à la pratique de l’intimidation). Qu’on est loin du débat public sur la gestion du bien commun…
- etc.
Sa médaille de 30 ans au service de la municipalité (c’est la longévité qui est récompensée, indépendamment des résultats) aurait pu être une porte de sortie avec les honneurs. Mais les mauvaises raisons le poussent à briguer une nouvelle fois la mairie, et en jouant la dispersion électorale alors même qu’il criait en 2010 place aux jeunes et en 2013 à l’Union. Décidément non, la liste est trop longue, et éliminatoire à chaque ligne, pour accepter de voter pour Bandol par coeur…
Christian Palix
Coupable d’être arrivé à la mairie comme homme de paille du précédent, il est aussi coupable d’en avoir donc également cautionné les pratiques. Mais c’est directement sa gouvernance qui est disqualificative. Ses challengers se sont chargés de vous le rappeler en campagne, mais s’il faut faire un début de bilan des fautes :
- mensonge sur la situation financière de la ville (accablant un prédécesseur bien imparfait mais qui ne méritait pas le procès qui lui a été fait à longueur de communication municipale mensongère depuis 6 ans)
- mensonge sur la gestion du dossier du Casino, irréparable, puis finalement réparable quand son transfert s’est avéré impossible
- gestion indigne de conseils municipaux pathétiques et dont le rythme insuffisant est finalement justifié par leur quasi totale inutilité d’un point de vue démocratique
- non-respect des promesses de campagne en particulier sur la vie démocratique (la seule diffusion des conseils municipaux en vidéo ne rachète pas les manquements, par exemple sur la concertation avec les publics concernés, tout juste alignée sur les minima légaux, ou démagogique : vous avez dit forum en ligne?)
- la gestion du dossier « manège » qui a fait couler tant d’encre numérique, inacceptable
- hystérisation (responsabilité partagée) des rapports avec l’opposition
- le « cantonalogate » qui aura confirmé un caractère du maire qui gère les crises par le déni et le mensonge
- abus de la prime au sortant (Bandol Mag, téléconsultation téléphonique des électeurs à un an de la fin de mandat, etc.)
- je ne reviens pas sur les problèmes d’urbanisme et de PLU largement évoqués sur ce blog
- etc.
Là aussi la liste est longue. Et la pratique du pouvoir tellement loin des attentes du corps électoral (français, parce que pour tout vous dire, à Bandol, j’attends de voir les résultats du premier tour pour me faire une idée en 2014). Cependant s’il fallait un jour hiérarchiser (imaginons un duel de second tour entre les siamois de 2008), je dois rendre à Christian Palix une justice. Mon blog a dû être, et c’était une nouveauté pour les maires du dernier mandat qui en auront eu dans leurs villes, un petit cauchemar quotidien, une vraie épine dans le pied.
Et sur ce plan du respect démocratique, je dois souligner que Christian Palix m’a foutu une paix royale. Je ne suis pas certain que tous ses opposants du 23 mars prochain auraient été capables d’un tel stoïcisme face à un observateur pinailleur et qui ne passait sur rien ou presque. Ca tranche suffisamment avec les « chefs d’inculpation » ci-dessus pour ne pas être passé sous silence.
La liste des griefs est cependant trop lourde pour moi, et je fais partie de ceux qui préfèrent laisser leur chance à de nouveaux entrants que de reconduire des élus qui ont à ce point déroger aux règles que j’estime devenues indispensables à notre démocratie. Il n’est pas envisageable de voter Bandol Naturellement.
Frédérique Connat
Ce n’est pas pour ses allusions gratuites à MA moralité que je l’écarte des choix possibles. pour tout vous dire je m’en fous à titre personnel. Mais sur la question des principes, c’est juste anormal de la part de quelqu’un qui prétend aux responsabilités.
Et les attaques qu’elle a formulée contre une autre candidate restent comme un moment éminemment choquant de la campagne pour 2014. Trop d’agressivité, trop de hargne mal maîtrisée, sa communication augure d’une relation politique plus hystérique encore que celle que nous avons vécu pendant 6 ans au conseil : sa page Facebook est édifiante.
Sauf à vouloir se mettre sur la gueule, il n’est pas pensable que des élus se comportent ainsi, déjà que c’est difficilement acceptable de la part des simples citoyens. Ce n’est pas irrémédiable, et la sagesse nécessaire à de telles fonctions peut venir avec le temps, mais elle doit apprendre à se maîtriser et à proposer une autre communication pour que personnellement j’envisage de pouvoir un jour l’écouter avec l’idée qu’on peut voter pour elle.
Je ne peux écarter non plus le souvenir de Bandol en @ction, sa très temporaire association avec Marcel Bogi, mais ce choix qu’elle a fait en connaissant certainement mieux que moi le passif de Marcel, comme dans le cas de Christian Palix, est à mon sens une faute politique sur tous les critères que j’affirme avec ce blog. Ne s’étant jamais expliquée sur cette alliance et sa rupture, elle ne peut s’en laver en disant qu’elle a ouvert les yeux en cours de route. Car on l’a entendu attaquer beaucoup de gens, mais pas son ancien partenaire dont j’eusse aimé qu’elle dénonce les dérives avec autant de force qu’elle dénonce celles du maire actuel.
Donc : 3 choix possibles
Contre les 3 restants, je n’ai pas de griefs éthiques dont on m’ait apporté les preuves à formuler : ils sont quasi neufs. Avec l’exception notable de Laetitia Quilici qui siège au conseil depuis 6 ans, mais dont la mesure n’a jamais été prise en défaut (on va passer l’éponge sur un très léger échauffement des esprits en campagne, quasi inévitable et plutôt bénin : je suis sûr que tous ceux qui devront envisager de faire alliance avec elle au second tour auront oublié un ton un peu trop guerrier à une seule reprise).
Je les espère, aussi parce qu’ils symbolisent un renouvellement de générations, plus neufs, plus en phase avec les évolutions à venir et celles nécessaires. Beaucoup de bouleversements dans la vie des communes seront liés aux technologies émergentes (et vous savez que la question me passionne), et les initiatives comme les bornes bluetooth, le wifi du port, le forum, les applications pour smartphones, toutes inutiles ou gâchées, ont montré ces dernières années qu’il pouvait être difficile de bien décider ou piloter des projets sur des technologies auxquelles on est totalement étranger (même si un homme comme André Labarrère a prouvé en son temps à Pau que l’âge n’est pas le seul critère – c’était déjà un vieux monsieur quand il lança le chantier fibre de sa ville avec 10 ans d’avance).
Pour ces 3 là, Laetitia Quilici, Jean-Paul Joseph, et Thierry Revol (respectivement Bandol Passion, Vraie Vision pour Bandol, et Votez Bandol), je vous propose de faire votre choix en vous basant sur leurs programmes, la façon dont ils l’ont défendu, la maturité de leurs projets, la conviction qu’ils vous ont fait partager, la qualité de leurs équipes. Là on rentre dans le champ politique. Et là s’arrête l’utilité et la pertinence de mon blog (en tous cas à mes yeux) : nous avons eu assez de temps sur ce blog pour échanger sur ces sujets, et s’il vous a manqué du débat, j’espère que vous l’aurez su trouver ailleurs qu’ici. C’est peut-être parce que nous étions trop peu à écrire des articles et à faire vivre des commentaires (sûrement un peu ma faute, mais pas que la mienne).
Vous me direz que je suis injuste, que j’ai trop peu d’éléments pour juger et valider ces candidats, en excluant les autres, que j’oublie ou méconnais leurs casseroles, leurs défauts, et que sais-je d’autres. Certes : ce blog, mon blog, individuel, ne me permet de juger qu’avec les éléments dont je dispose. Avec ce qui m’a été communiqué, ou pas, ce dont on m’a informé, ou pas, ce qui a été partagé publiquement et dont j’ai eu connaissance, ou pas, prouvé, ou pas, et dans la limite de mes disponibilités et contraintes. C’est imparfait, mais je vous invite à faire mieux : un nouveau mandat s’ouvre bientôt, et les besoins en contre-pouvoirs ne seront pas moindres, quelle que soit l’équipe victorieuse le 30 mars.
N’oubliez pas d’aller voter dimanche avant 18H.
F.M. – www.bandolais.fr
Mots-clés : 2014, Bandol, disqualifiés, municipales