Sagesse inespérée à Bandol

Quand un autre blog bandolais a publié cet article d’un candidat malheureux à un appel d’offres de la mairie de Bandol, j’ai tiqué.
Christian Viala avait-il pu vérifier les dires de cet entrepreneur accusant la mairie d’un choix contraire aux intérêts de la commune et aux règles en vigueur pour la passation de ce type de marchés? Si nous ne sommes pas responsables des commentaires qui sont laissés sans contrôles préalables, les blogueurs font un choix éditorial quand ils publient un message sous forme d’un article, et en deviennent co-responsables légalement, au même titre que l’auteur.

Or si j’en crois ce qu’en dit la mairie qui a répondu à ces accusations sur son forum officiel, l’entrepreneur en question n’aurait même pas fait valoir son droit à être informé des motifs qui ont conduit au choix municipal pour ce marché de bornes interactives et donc au rejet de sa candidature… Si c’est bien le cas, voilà des accusations lancées bien légèrement et que la mairie aurait raison d’avoir qualifié de diffamatoires selon les explications qu’elle fournit.

Je ne sais pas si la mairie a eu raison de traiter la question sur le forum officiel et sans répondre directement sous l’article, mais visiblement elle se contente de ce démenti assorti d’explications signées du maire et d’un simple rappel sur la responsabilité de chacun dans ses propos publics ; elle n’entend pas porter l’affaire en justice. Je ne suis pas juge, et ne peux sans plus d’éléments ou preuves dire qui a tort ou raison. Mais c’est l’occasion de rappeler ici quelques points, faire un parallèle avec des blogueurs moins chanceux que nous, et souligner la sagesse d’une mairie qui en l’espèce fait preuve d’une grande modération si elle est dans son droit :

  • si les femmes et hommes politiques de Bandol ne se ménagent pas, au point d’offrir un spectacle parfois affligeant, et qui dérive parfois jusqu’au tribunaux, je répète ici que ce personnel politique a fait preuve jusqu’ici d’une très grande tolérance envers les activités en ligne des blogueurs citoyens indépendants locaux (dont je fus le pionnier à Bandol). Entendons-nous bien, elle me paraît normale, et est peut-être aussi expliquée par une certaine méconnaissance du sujet de la part desdits politiques, qui peuvent craindre de se prendre les pieds dans le tapis en s’attaquant à une nouvelle forme d’expression citoyenne dont ils ne maîtrisent pas les subtilités ou le cadre légal applicable (encore qu’un bon avocat un peu connaisseur doit pouvoir les renseigner).
  • Mais si elle me paraît souhaitable et devant être la norme, je ne peux que constater qu’hors des frontières de la commune, d’autres blogueurs vivent un véritable enfer qui peut les conduire à l’autocensure, jusqu’à une forme extrême : l’abandon de leurs activités en ligne.
    Je fais d’ailleurs partie du comité de soutien à Christophe GREBERT, dont je vous ai déjà parlé dans un article très proche sur le fond et la forme.
    Ce pionnier national du blogging citoyen (devenu depuis conseiller municipal de Puteaux), cible d’un véritable acharnement judiciaire, est étranglé financièrement et sur le point d’abandonner son blog. Je n’ai jamais eu à vous solliciter pour ce cas de figure personnellement, et c’est vers lui que j’appelle au soutien financier (mes moyens ne m’ont permis que de verser une toute petite contribution de solidarité à ce blogueur citoyen emblématique – 10 ans et des dizaines de procès subis de la part de la municipalité de Puteaux et de ses affidés). Rejoignez son comité de soutien si ces questions de démocratie vous interpellent.
  • Simples citoyens, il nous est parfois difficile de vérifier les informations qu’on nous donne, ou même consulter le point de vue « adverse » (je blogue sur mon temps libre ce qui signifie souvent la nuit alors que les gens concernés dorment), et j’ai moi-même failli mordre une ligne jaune dans un cas où je ne pouvais savoir que l’auteur de l’article qui m’était proposé, était en situation de conflit d’intérêts. Elle ne m’avait informé qu’in extremis de la situation professionnelle de son époux, qui imposait évidemment a minima une mention « disclosure » dont mes lecteurs sont maintenant familiers qui permettait de prendre son point de vue dans son contexte (à défaut de cette révélation proactive d’une information essentielle à la compréhension ET à la relativisation de son propos, j’aurais compris qu’on m’attaque en diffamation – que ce soit à tort ou à raison – même si j’étais totalement tributaire de ma source pour le savoir).

Bref, si j’ai bien fait un rappel encore récemment de quelques intimidations, globalement il faut reconnaître que les blogueurs bandolais jouissent d’une liberté de parole assez peu commune en France, et sachant que les procès intentés par les maires sont supportés par les finances municipales et non par l’élu en général, je félicite la municipalité actuelle de ne pas avoir cédé à une facilité parfaitement inégale envers le blog concerné et l’auteur du message, alors même qu’elle serait dans son bon droit. Je rappelle qu’une grande part des procès du genre ne sont pas intentés pour être gagnés mais pour épuiser (notamment sur le plan financier) les simples citoyens qui se permettent une parole publique critique.
Je me plains souvent de pratiques très décevantes sur le plan de la démocratie dans notre vie politique et notamment de la part de la majorité municipale, mais en voici une qui me donne matière pour un satisfecit.

F.M. – www.bandolais.fr

P.S.: je n’ai aucune information sur le fond de l’affaire et l’intérêt des bornes interactives apparemment prévues pour équiper l’office du tourisme. Encore moins pour évaluer le rapport coût/performance… Si quelqu’un a de l’info au-delà de ce qu’a publié la mairie et veut me transmettre un article pour ouvrir ce débat, me faire signe.





4 Commentaires

  • […] Je me félicitais deux semaines en arrière du traitement réservé aux blogueurs, mais il y a toujours de quoi se taper la tête contre les murs en regardant nos élus montrer un souci de propagande supérieur à leur préoccupation du fonctionnement démocratique, clair, lisible, et professionnel : les outils de communication sont instrumentalisés, gérés par dessus la jambe et les discours sont plus souvent des postures que de l’information des citoyens ou du Conseil. Bandol n’est pas encore administrée en mode XXIème siècle, beaucoup s’en faut! […]

  • 3 bornes à ces tarifs, même si leur classifications pour être mis en extérieur les rendent plus chers, j’ai cru que j’allais me pisser dessus…

  • Oui mais là on est à BANDOL !!! Alors ici, les caméras de surveillance, le revêtement rose des quais, les poubelles, c’est … que « nous le valons bien » !!!!!

  • Voilà ce que me répond un internaute en privé, c’est quelqu’un d’expérience et en qui j’ai confiance.

    « Bon, dans cette « affaire  » (qui j’espère n’en sera pas une), à mon sens vous avez fait « une boulette ».
    Je m’explique. Suite à des faits un peu similaires (« affaire Connat »), vous filtrez préalablement les messages. C’est une bonne chose, qui vous permet de voir qu’il n’y a pas abus dans la communication.
    Là c’est un peu différent. Vous avez reçu le message initial, l’info de cet entrepreneur…mais, semble-t-il (c’est ce que j’ai du moins compris) vous n’avez pas « vérifié » la réalité, la vraisemblance de ce qu’il affirmait. Il aurait fallu (c’est ce que j’aurais fait) questionner la mairie avant de diffuser cette lettre. Soit la mairie répondait et il apparaissait qu’il y avait eu un problème … vous publiez les deux informations… « le public jugeant »… ou bien constatant que cet entrepreneur racontait « des balivernes » vous ne publiiez rien… mais dans tous les cas il fallait vérifier la vraisemblance de ce que ce monsieur affirmait…
    Bon , la bouteille est partie à la mer…. donc inutile d’en discuter éternellement.
    La réponse de la mairie (sous réserve de vérification des chiffres et documents, et je ne pense pas qu’il y ait eu manipulation des données, du moins je l’espère) « tient la route » comme on dit.
    Voilà… faut-il voir votre avocat pour ça et engager des frais… à vous de voir… mais je pense qu’il vous dira la même chose si vous le rencontrez. »

    Je précise que ce n’est que depuis « l’affaire Connat » que j’ai mis les commentaires en modération, car il m’arrivait de recevoir des messages d’adresses email fantômes, pas toujours agréables!
    J’ai rendez-vous demain matin avec un avocat pour qu’il me conseille sur la conduite à suivre…