Petit scandale bien ridicule lors du concert de Gospel à Bandol ce soir

  • Publié le 29 Juil 2007
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  • AnimationsHumeur

Cette note fût publiée originellement et à cette date sur mon blog perso : reprise ici le 22/10/2007.

Il y a des moments où l’on a honte d’être français, d’être dans la foule, d’être là tout simplement.

Gospel-1Marta avait coché sur le programme des animations culturelles de l’été, le concert de Gospel programmé à Bandol, dans l’Eglise, ce soir. On descend quelques minutes avant, et on découvre à l’entrée que l’événement est payant, 18€. J’hésite une seconde car j’ai déjà vu 3 concerts de Gospel dans ma vie, et les 2 vus en France (Paris), m’ont laissé un souvenir très peu enthousiasmant (le Gospel chanté en français, désolé pour ceux qui s’y dédient, mais « ça le fait pas »).

Allez on se décide, on paye et on prend place avec 200 autres personnes au bas mot dans la petite église de Bandol.

Commence alors un sketch à l’entrée, des gens affirmant haut et fort que le concert était annoncé gratuit (sur Internet selon eux), qu’ils vont en référer dès demain à Monsieur le Maire qui est un « bon collègue », et autres menaces si on ne les laisse pas entrer sans payer.

L’incident durera y compris pendant le début du concert, obligeant les organisateurs à laisser les portes ouvertes (merci pour tous les bruits et animations de l’extérieur qui ont pollué l’acoustique déjà très juste du lieu). De charmantes rombières impliquées dans la gestion de la paroisse ou du concert en rajoutèrent, menaçant d’aller chercher Mr le curé (dînant avec de la famille dans un restaurant voisin) pour jeter tous ces sauvages dehors, bref, du mauvais Pagnol, ou un mauvais remake de Don Camillo et Peppone, une farce qui fait ressortir pas mal de défauts de l’humanité. L’organisateur allemand de la tournée des Glory Gospel Singers, et les chanteurs eux-mêmes (américains pour de bon), n’ont pas dû comprendre un traître mot de ce qui pouvait bien se passer (et à mille lieues de ce qu’ils doivent pouvoir imaginer depuis leurs références culturelles). De guerre lasse, juste avant l’entracte, et face à quelques entêtés qui se sont glissés dans les travées latérales, ils ont laissé entrer tout le monde afin de rendre un peu de sérénité à un concert qui peut mériter parfois un peu de recueillement, et afin de pouvoir aussi et enfin fermer les portes, isoler la nef des bruits extérieurs.

Que dire ?

Que quand des étrangers sont témoins de ce genre de mesquinerie, je rougis.

Que je viens de vérifier sur Internet, et que je n’ai pas vu trace de gratuité concernant ce concert. En tous cas, le site de la mairie ne promet rien ; extrait : « Dimanche 29 / 21 h 00 Eglise de Bandol / Concert « Gospel New-Yorkais » / Renseignements sur place« 

Que si en plus on est bandolais (copain du Maire) et qu’on n’a pas fait 200kms pour venir au concert, soit on paye sa place, soit on rentre chez soi ou on fait un tour sur le port qui regorge d’attractions en ce moment.

Que par respect pour les artistes, qui peuvent avoir besoin d’un peu de concentration ou de silence, on n’empêche pas le déroulement normal d’une manifestation.

Que par respect pour ceux qui ont payé leurs places, on n’empêche pas tout le fond de la salle de profiter du concert commencé.

Que par décence, on ne reste pas à bloquer les portes, en attendant que deux ou trois culottés permettent un mouvement de foule qui autorisera tout le monde à resquiller.

Que quand on va assister à un concert dans une église, on n’y va ni en tenue de plage, ni en short ras-la-touffe moulant et décolleté affolant (tous les guides de voyage du monde entier rappellent qu’un minimum de décence sied à la visite ou à la présence dans les lieux de culte (je suis mécréant mais civilisé).

Que la culture de la gratuité devient une maladie, et quand les gens ont prononcé « Internet », tout devient gratuit (j’en traiterai un jour dans une note spéciale), dans leur esprit.

Que oui à Bandol beaucoup d’animations sont gratuites en été : les concerts d’Août du M6 Live Festival et plusieurs concerts de plein air le sont. Tout ne devient pas pour autant un droit, un dû, une obligation municipale.

Que quand bien même un site, un journal, sur Internet ou pas, commet une erreur sur le tarif d’un concert, cela ne me paraît pas obliger les organisateurs à modifier leur politique tarifaire (que les juristes se prononcent en commentant ce billet, ci-dessous). Mes longues études m’autorisent cependant à soutenir cette affirmation.

Enfin pour revenir à Don Camillo et Peppone, ce n’est pas parce qu’un événement est programmé dans l’église du village, que la Mairie en est forcément responsable (organisateur ou financier), et j’ai bien l’impression que les organisateurs relevaient du domaine privé, et avaient probablement loué l’église non pas au Maire mais au curé, église qui doit relever plus du droit privé que du droit public (même si leur statut peut compliquer leur situation juridique et leur financement, même et surtout au regard de la loi de 1905).

J’ajouterai enfin que le spectacle était de qualité, avec 5 chanteurs et chanteuses venus de New York et environs, dont le récital incluaient plus de 50% de standards (Joshua fit the battle of Jericho, Happy days, Oh when the saints, He’s got the whole world in his hands, et autres incontournables). Malheureusement, l’acoustique de l’église a montré de sérieuses limites (mieux valait ne pas trop s’enflammer sur les battements de mains en rythme pour conserver la perception musicale), surtout que le clavier d’accompagnement n’était pas branché sur un système de sonorisation sérieux, et que les voix étaient sans micro…

Bref, la soirée ne fût pas mauvaise, mais cocasse ou pathétique sous certains aspects, pour le moins inattendus. C’est pourtant un classique du genre humain, bien français par certains travers, et que je vois se répéter régulièrement sous différentes formes. Mais que voulez-vous, je ne m’y fais pas, même si je dois moi aussi être bien « beauf » dans certains cas, ou lorsque la fatigue se mêle à la contrariété (je ne suis pas sûr que ça vaille comme excuse). Et je les présente publiquement (nos excuses) aux personnes qui ont produit ce concert de vrai Gospel à Bandol, malgré les désagréments (car en plus de ce que je relate, et pour comble, une partie de la caisse de prévente avait été dérobée quelques heures plus tôt, avec nombre de chèques sur lesquels ne figuraient aucun ordre). Je crains que Bandol ne reste ni un bon souvenir musical, ni une soirée rentable dans leurs mémoires, malgré leur enthousiasme et leurs sourires imperturbables, tellement américains (pour les chanteurs, car le coordinateur allemand a paru beaucoup plus perturbé par quelque chose qui l’a complètement dépassé).