(par N. Caune) Le moment d’agir contre le charançon du palmier

Le printemps arrive (bientôt) et avec la douceur retrouvée (1 jour sur 2), le charançon adulte sort son nez (ou plutôt son rostre qu’il a fort long !).

Alors c’est maintenant qu’il faut recommencer à traiter nos palmiers (de Mars à Novembre) !

Les plus prévoyants auront déjà taillé ou fait tailler les palmes pendant les mois froids (décembre/janvier). Dès que les adultes sortent ils sont attirés par « l’odeur » des femelles, et plus encore par celle des palmes fraichement coupées. C’est dans la blessure de coupe que la bestiole va pouvoir pondre dans la partie tendre de la palme ainsi exposée à vif. Si vous coupez votre palmier un peu tard dans la saison, recouvrez bien toutes ces parties de pâte cicatrisante ou même d’argile, pour rendre cette zone inaccessible (on en trouve en pépinière, n’hésitez pas à demander conseil auprès de professionnels). C’est aussi grâce à cette « odeur » que l’on peut le piéger… Mais pas n’importe comment ! En effet c’est à double tranchant : il ne s’agit pas d’attirer tous les scarabées de la région en installant un piège dans chaque jardin. Pour un piégeage de contrôle, la préconisation officielle est de 1 piège pour une superficie de 10ha (!) et pour un piégeage d’éradication on parle de 4 pièges/ha. A la jardinerie, on m’a dit 2 pièges pour un hectare et ce, le plus loin possible des palmiers. En effet si les pièges sont disposés au voisinage direct de palmiers, le risque d’infestation est accru… Ce n’est donc pas simple et on ne peut pas se contenter de raisonner perso… Sans une action concertée avec la commune pour fédérer les efforts, l’installation d’un trop grand nombre de pièges risque donc d’obtenir un résultat contraire et d’aggraver la situation

Beaucoup de choses ont été dites sur la lutte contre le charançon des palmiers qui met en danger le profil de notre région. Ici sur ce blog, … ou ailleurs par d’éminents spécialistes… Depuis plus de 5 ans que le CRP est arrivé dans la région, la lutte continue mais semble désespérée et les choix des pouvoirs publics donnent de piètres résultats : on ne lutte pas contre un insecte ravageur avec des formulaires, et les délais qui vont avec, mais tous ensemble et en même temps. Et beaucoup d’avis, tels que dans le Bulletin de Juin 2012 (voir ci-contre) de l’UNIPHOR [Union Nationale des Intérêts Professionnels HORticoles], regrettent qu’une telle synergie soit inexistante.

Gaston Franco, député au parlement européen, disait en 2010 : « Une détection précoce des palmiers infectés est primordiale pour enrayer la propagation et la gravité des conséquences. Cette détection ne peut se faire que grâce à des inspections très fréquentes avec l’implication de la population. Il est en effet indispensable qu’il y ait une coopération des propriétaires de palmiers, qui ne peut avoir lieu que grâce à une nouvelle politique de lutte. La seule solution qu’on propose aux propriétaires est la destruction sans indemnisation et souvent à leur charge d’un palmier infecté. Cette politique conduit malheureusement à l’absence d’implication des propriétaires. »

Michel Ferry, chercheur à l’INRA, en 2012 : « A ce stade, le problème n’est plus lié à la technique mais à la mobilisation des municipalités et à l’organisation. En raison de la dimension prise par l’extension du CRP, c’est, à mon avis, la dernière carte qu’il nous reste pour empêcher une nouvelle vague de dispersion du ravageur avant que le point de non retour ne soit atteint dès cette année » (NDA : 2012).

Roland Pelissier, président de la FDGDON 83 : « Si échec il y a, il sera dû aux manques : manque de concertations entre organismes partenaires, manque d’écoute des pouvoirs publics et de la plupart des politiciens à l’exception de quelques-uns, déterminés mais trop peu nombreux pour peser de façon suffisante sur le pouvoir ministériel. »

On peut lire sur le site de la ville de NICE : « Ce ravageur menace en effet notre patrimoine paysager constitué de presque 100.000 palmiers, qui sont à la fois le symbole de notre diversité et la signature emblématique de la Côte d’Azur. »  Où l’on apprend également que 2 charançons rouges ont été capturés (!!!) … « Ces captures confirment la réalité de la menace qui pèse sur le patrimoine végétal de la Côte d’Azur et justifient les efforts entrepris depuis 2009 par les collectivités partenaires contre ce ravageur. » ! 100.000 palmiers / 2 charençons… ! Cela donne une idée de la notion de réalité des « officiels », même à Nice, ville pilote. Pour autant, à Nice encore, en début d’année, a eu lieu un colloque scientifique international pour faire le point sur les méthodes de lutte les mieux appropriées pour une meilleure coordination à l’échelle méditerranéenne : « L’éradication de l’organisme nuisible est possible s´il existe une communication appropriée, ainsi, que la mise en oeuvre collective et obligatoire des mesures de lutte.  » « Pour être réellement efficace, la stratégie de lutte doit englober plusieurs techniques : l’observation accrue, le piégeage olfactif et les traitements préventifs (biologiques et chimiques).  »
Espérons que les uns apprendront à œuvrer efficacement avec les autres…

Nathalie CAUNE





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