(par N. Caune) Après les platanes de Bandol, les palmiers

CHRONIQUE D’UNE MORT ANNONCÉE… OU PAS.

Je trouvais sur le net, ce commentaire d’une photo de palmier « Le Phoenix canariensis, emblème de toute la Côte d’Azur, ou est-ce la Côte d’Azur qui est devenue ce qu’elle est grâce au Phoenix canariensis ..! »
Cet arbre* emblèmatique est gravement menacé. D’autres contrées avant nous, Israel et l’Espagne entre autre, ont été ravagées par le Rynchophorus (le charençon rouge des palmiers). Aujourd’hui le scarabée des palmiers est chez nous, bien installé. Si on ne fait rien, jusqu’à 90% de nos palmiers pourraient disparaître. Et c’est maintenant qu’il faut agir (début mars)!

Les pouvoirs publics ont baissés les bras, les subventions sont désormais supprimées, même Six-fours ou Hyères-les-palmiers ont renoncé récemment à prendre en charge les palmiers des jardins privés : trop cher ! Leur effort sur le patrimoine végétal se concentrera désormais sur la vitrine publique des rues et des bords de plage.

UN SIÈCLE DE SYMBOLE

Il y a fort à parier que je vais faire glousser dans les chaumières avec « mes palmiers » selon la logique courante « moi, je m’en fous, j’ai pas de palmier » ou « chez moi, y a pas de bestiole » . C’est bien l’erreur première des municipalités qui ont traité par le mépris cette invasion au lieu de réagir immédiatement par une information publique massive. Les palmiers, portant haut et fier leur couronne de palmes, sont visibles et admirables par tous dans notre région, même dans les jardins privés, et contribuent au patrimoine public végétal. Les premiers palmiers sont été plantés, à Bandol comme sur tout le littoral, dans des propriétés privées fin XIXe et début  XXe siècle (comme l’hôtel des bains à Bandol, lequel figure sur bien des cartes postales de l’époque). Les palmiers font maintenant partie du paysage et sont l’affaire de tous.

PROPAGATION DU CHARANÇON

Au début avec la destruction systématique des palmiers atteints, le Rynchophorus est allé sur le palmier sain d’à côté, et on n’a fait qu’élargir la zone contaminée. Etat des zones contaminéesLa zone infestée s’étend maintenant dans tout PACA, de Marseille à Nice. Sachant qu’un palmier atteint ne se sera pas diagnostiqué avant 1 ou 2 an (ou jamais), qu’entre temps il distribue 3 à 4 fois par an quelques dizaines de Charençons adultes dans la nature, qui peuvent couvrir en volant une distance de 9 à 20 km, et que la charmante bestiole, résistante et opportuniste, n’a pas de prédateur, aucun palmier ne restera longtemps à l’abri !

BILAN DE LA SITUATION ACTUELLE

Ayant réalisé les conséquences possibles de cette politique extrémiste sur la morphologie des villes touristiques, on essaie maintenant de sauver le palmier avec de nouvelles pratiques (curetage mécanique, traitement chimique ou biologique) et surtout on légifère (cf arrêté du 21 juillet) ! 100m autour d’un arbre infesté, c’est la zone contaminée + 100m encore autour de cette zone, c’est la zone de sécurité, dans laquelle chaque proprio d’un ou plusieurs palmiers est « tenu » de faire surveiller et traiter ses spécimens par une entreprise formée, agréée et enregistée. Comme seul un professionnel peut affirmer la présence ou non du rynchophorus (en lui mettant un thermomêtre dans le… bourgeon*), il faut déjà commencer à débourser, en croisant les doigts que l’abattage ne soit pas de rigueur, parce qu’alors il faudra débourser encore plus. Compter de 1500 à 2000€ pour abattre un palmier avec le protocole de rigueur (et c’est obligatoire dans un délai de 15 jours à partir du constat d’infestation par le scarabée): c’est loin d’être anodin pour un particulier !

EFFETS PERVERS

Le message des services techniques est clair : la municipalité s’occupe de ses arbres (enfin, ceux que vos impôts ont payés ! ), à vous de vous occuper des vôtres et de vos jardins. Sauf que les proportions des budgets ne sont pas tout à fait les mêmes et que beaucoup de particuliers rechignent à cracher plusieurs milliers d’euros (surprenant !) ; avoir un jardin ne signifie pas forcément avoir des finances extensibles ! Les tarifs pratiqués sont tels (et ces mesures étant obligatoires) que certains propriétaires préfèrent faire abattre des arbres sains pour ne pas être pris au piège de la législation, en théorie pleine de bonnes intentions mais déconnectée de la réalité comme souvent, et de ce qu’elle implique : investissement financier pour la surveillance, la prévention, surtout si l’arbre dépasse 4 ou 5m donc inaccessible sans nacelle, pour les traitements (mensuels) ou l’abattage le cas échéant. C’est l’effet pervers de la législation : on abat les palmiers sains ( c’est moins cher) et on laisse mourir les autres pour ne pas avoir à payer une addition trop salée. Pendant le temps, la discrète bestiole se développe. A force de formulaires, d’arrêtés et de procédures contraignantes, les pouvoirs publics freinent la lutte au lieu de l’encourager, saignent le contribuable au lieu de prendre leurs responsabilités. C’est bien la « palmomanie » urbaine (du mot d’un pépinièriste auprès duquel j’ai pris conseil) des villes de la côte d’azur qui ont invité la petite bête sur le territoire, les particuliers n’ont rien demandé et surtout pas à payer l’addition !

D’autant que se concentrer sur les « arbres » publics au détriment de ceux des particuliers n’est pas forcément un bon calcul ! Où ira le charençon quand il aura bien proliféré et qu’il n’y aura plus de palmiers dans les jardins privés. Si le palmier phœnix est la « seule » variété atteinte pour l’instant, c’est que le « tueur de palmiers » aurait ses préférences. D’après observations, il préfère en effet les palmiers dattiers, plus particulièrement les mâles et plutôt les grands (les plus agés) ;  mais quand il n’y a plus de brioche, on se contente du pain ! Comme le papillon, le charençon s’attaque à TOUS*** les palmiers, y compris le Washingtonia ou le Chamaerops, pour les plus courants.

SOLUTIONS

Alors concrètement, d’après tous les renseignements que j’ai pu trouver,  Il faudrait :

  • Sensibiliser ses voisins et favoriser la lutte collective. Il est impossible de se battre seul contre le charançon, c’est s’exposer à son développement exponentiel : même si vous sauvez votre palmier, il pourra y revenir en plus grand nombre s’il s’est développé ailleurs.
  • Tailler ses palmiers en hiver, hors période de vol des adultes, pour éviter la ponte et l’installation des insectes. A titre préventif, il est plus prudent de proscrire la taille.
  • Des traitements préventifs et curatifs existent (mensuels, de mars à octobre): les moins agressifs sont 100% biologiques ( la plupart des insecticide efficaces sont peu à peu interdits car très polluants). Le PALMANEM, pour les particuliers, est à base d’un ver microscopique pathogène de la larve des ravageurs de palmiers (ça marche aussi pour le Paysandisia Archon, le joli papillon palmivore) et l’OSTRINIL qui est lui un champignon dont l’usage est pour l’instant réservé aux professionnels contre le papillon mais actuellement en test contre le charençon. Les palmes enlevées pour permettre le traitement repoussent en quelques mois.
  • Les pièges à phéromones semblent apparemment incontournables dans la logique de la lutte et de la prévention pour du long terme mais nécessairement dans une action collective (il ne s’agit pas d’attirer tous les mâles du quartier dans son jardin !).

C’est maintenant, début mars, que les traitements doivent être mis en œuvre, avant les chaleurs et la reprise d’activité des larves. En faisant appel à des professionnels ou en se formant soi-même au protocole (la DRAAF propose ponctuellement des journées de formation), on peut sauver les palmiers.

Et la prise de conscience des propriétaires doit être allégée du coup de massue financier sinon, pris en otage, le particulier tournera le dos à ses « obligations » et coupera son palmier comme un grand  pour, comme la déchèterie ne le prendra pas, le brûler au fond du jardin (pendant les périodes autorisées bien sûr !).

Nathalie CAUNE

* Les palmiers ne sont pas des arbres à proprement parler. Les palmiers sont des monocotylédones, ils ne forment pas un vrai tronc, mais une simple tige, appelée stipe. Chez les palmiers, seul le bourgeon terminal, au coeur de la touffe de feuilles, assure la croissance de la plante. S’il périt, le palmier meurt.

** Si si, ce n’est pas une blague ! La température normale du bourgeon du palmier est de 18 degrés en hiver comme en été. Si la température monte à plus de 24 degrés, on doit procéder à l’élimination du palmier. Si la température est inférieure a 24 degrés on peut le traiter et le sauver.  Enfin, j’ai lu ça quelque part…

*** Seuls le Butia Capitata et le Brahea Armata semblent y échapper, m’a-t-on dit !

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3 Commentaires

  • MERCI !!!!
    Merci pour cette article, qui d’avis d’expert (en flore) est simple et très complet. Je crois que c’est l’une des rares tribunes que je lit sur ce sujet. Et pour cause, dans un article paru officiellement au plus haut niveau de l’Etat (Assemblé), les palmiers pourraient disparaitre de la Côte d’Azur d’ici 100 ans (SI on a de la chance et que la « bebette n’a pas beaucoup de petits »).

    Je n’ose même imaginer la Côte d’Azur sans palmiers! C’est comme imaginer Paris sans Tour Eiffel.Tout comme la T.Eiffel, c’est notre image et notre gagne pain.

    Comme vous l’avez bien expliqué, il existe des moyens pour prévenir et détruire les foyers de contamination.Pour autant, la prolifération continue à un rythme effréné. Je me déplace beaucoup, de Cannes à Marseille; le constat est le même!

    Je suis choqué par le manque de réactivité des pouvoirs publics! Après tout il s’agis de notre patrimoine. A long terme, il va falloir planter d’autres espèces de palmiers, plus robustes pour prévenir de la disparitions des autres palmiers.

    Enfin, bref encore des mauvaises nouvelles…

  • Le sujet me tient à cœur et surtout je suis sidérée par la conception de « développement durable » des pouvoirs publics (je ne me limite pas ici à la stricte commune de Bandol), tant écologique que finalement économique. Quand on parle de préserver un patrimoine végétal, agricole ou forestier, c’est bien qu’on y a intérêt. Si la qualité de l’attrait touristique décline (là je parle de Bandol), on baissera d’autant celle du touriste et on aura au mieux (ou au pire) la quantité ; sauf que nos rivages de calanques ne sont pas adaptés, comme les plages du Nord pourraient l’être de part leur superficie, à une forte fréquentation. Donc dégâts, donc baisse du pouvoir attractif… c’est la spirale infernale !
    Perso, si le touriste-ravageur choisit d’aller ailleurs, ça me va très bien, mais comme Bandol est prétendu être « convoitée » et « admirée », la laisser se dégrader (et y participer), ça me laisse pantoise ! Pour rester dans les arbres : c’est pas un peu couper la branche sur laquelle on est assis …?

  • christophe vastel

    bonjour,

    Je me permets de compléter la liste des produits utilisables pour lutter contre le papillon des palmiers.
    En effet, à partir de juin la glu inventée par Jean Benoit Peltier, chercheur à l’INRA de Montpellier, va être commercialisée sous le nom de BIOPALM.

    Ce produit présente de nombreux avantages.

    BIOPALM est une pâte fluide, composée majoritairement de substances issues de plantes, que l’on applique sur le haut du palmier et qui forme ensuite une barrière physique empêchant les papillons de pondre.
    Dans le cas où le palmier est déjà attaqué, BIOPALM agira également sur
    les jeunes papillons émergeants qui abimeront leurs ailes en le touchant.

    BIOPALM ne contient pas de pesticides.

    BIOPALM est économique : 1 seul traitement par an est suffisant!

    BIOPALM est utilisable également contre le Charançon rouge du palmier:

    En l’appliquant sur les plaies de taille, vous réduisez l’attractivité de votre
    palmier et vous supprimez des lieux de pontes particulièrement appréciés du charançon!

    Par rapport au problème de coût que vous évoquez, ce produit est une vraie solution.
    En effet, le coût du produit est une chose, mais ce qui coute le plus cher c’est le fait de devoir traiter de 7 à 10 fois dans l’année!
    Avec une seule application dans l’année, BIOPALM rend le traitement des palmiers beaucoup plus abordable.

    Vous pouvez trouver une notice technique BIOPALM sur le site
    http://papillon-du-palmier.com/traitements.htm
    cordialement
    Christophe