(par J. Kauffmann) Plaidoyer pour un parc naturel touchant Bandol

"Un beau matin de juin 1943. Dominant avec peine mon émotion, j'arrive à la gare de Bandol. Le monde du silence On va me livrer une caisse expédiée de Paris par express. Elle contient le résultat de plusieurs années d'efforts et de rêves. Le prototype d'un scaphandre autonome conçu par Emile Gagnan et moi".C'est par ces mots que commence "le monde du silence", livre écrit par Jacques-Yves Cousteau et Frédéric Dumas.
Ce livre raconte…/…


…/…l'invention de la plongée sous-marine entre la fin des années trente et les années 50.
J'avais lu et relu ce livre à 13 ans, alors que, habitant Grenoble, la mer était un univers quasi inconnu pour moi. Mais c'est dans ce livre que j'ai connu Bandol, Sanary, la rade de Toulon et tous ces endroits. J'avais l'édition de la bibliothèque verte. Et c'est ce livre dont je me rappelais quand nous nous sommes installés à Bandol il y a 13 ans. Je l'ai recherché chez tous les bouquinistes que je trouvais sur ma route, sans succès. Et il y a quelques jours, je l'ai retrouvé dans l'ancienne chambre de ma sœur, chez mes parents…La relecture de ce livre est incroyable. D'abord, parce que nous retrouvons tellement de lieux connus. Il y a décrit la scène de l'essai de ce fameux premier scaphandre dans une crique bandolaise, aujourd'hui signalée par une plaque commémorative. Il raconte la naissance de la plongée sous marine. Le début de l'exploration des mers. La guerre, avec le sabordage de la flotte à Toulon. Et, juste après, la chasse aux épaves dispersées dans la rade, à Hyères, au cap Lardier, devant Marseille.L'histoire continuera avec l'épopée de la Calypso sur toutes les mers et océans du monde.Mais ce qui marque aujourd'hui profondément en relisant ce livre, c'est les changements que nous observons par rapport aux scènes qui sont décrites dans ce livre, et qui se sont déroulées dans les années 40 et 50 sur nos plages et nos criques :
"Ce fut un dimanche matin en 1936 au Mourillon que j'ajustais mes première lunettes Fernez…Le modeste spectacle fut une révélation. Là, dans un mètre d'eau, de beaux poissons argentés (c'était des mulets) évoluaient au dessus de petites roches moussues, posées sur un sable grisâtre. En me redressant, je vis un tramway, des poteaux télégraphiques, des gens portant des chapeaux". Et puis, ailleurs : "J'apprends peu à peu à distinguer les espèces, à savoir leurs coins préférés. Cette côte familière dont je connais les petites plages, les roches plates pour le bain de soleil, les creux d'eau claire sur un gravier où les oursins ne sont pas à craindre, prend pour moi un nouvel aspect. Je découvre des roches déchiquetées, des récifs à fleur d'eau, des grottes sous-marines refuge de gros poissons. J'apprends que le loup aime l'eau mêlée d'air parmi les brisants où les lames vous roulent, que le denti ne s'aventure qu'à regret en eau peu profonde, que le labre se cache dans les herbes".Car c'est bien cela la différence. Il y avait partout des mérous, des dentis, des liches, des congres et tant de poissons qui ne sont plus que souvenir aujourd'hui. Cousteau raconte comment, sur un pari, Dumas, son acolyte, remonta en cinq plongées la même matinée plus de cent kg de poissons, avec une liche de 37 kg et quatre mérous. Il raconte un combat héroïque avec une liche de 80 kg qui finira par s'échapper.
Et il en tire lui même les conclusions.
En quelques années, les plongeurs avec bouteille et fusils harpons avaient vidés la mer avant que les premières réglementations n'interviennent : "de Menton à Marseille, toute la faune d'importance avait pratiquement disparu. Bien sur, la mer est grande et ce ne sont pas les harponneurs qui la videront. Mais la bande littorale propice à la chasse n'est guère plus large qu'une rivière. Ses habitants sédentaires, mérous, peiquas, labre, murènes qui vivent prés de leur habitation à peu de profondeur ont été traqués par des centaines, des milliers de chasseurs. Les poissons des eaux profondes, comme les dentis et les dorades ne s'aventurent plus dans les eaux dangereuses. Les sars passent leurs jours à trembler de peur à l(intérieur de leurs labyrinthes de pierres. En 1936, c'était un jeu d'enfant de tirer un poisson de taille convenable sur la côte d'azur. Aujourd'hui, c'est presque une performance".
Voila. Un livre que vous lirez avec intérêt et plaisir. Et qui nous fait comprendre l'impérieuse nécessité d'un parc national protégeant le littoral et les fonds sous-marins entre Bandol et les Calanques.Jacques KAUFFMANN
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7 Commentaires

  • Pierre Chambenoit

    Bonjour,
    Votre plaidoyer comporte quelques erreurs qu’il me semble bon de corriger,plus précisément sur les espèces citées dans votre article en voie de disparition selon vous.
    Le merou, protégé depuis de nombreuses années fait légion maintenant, il est présent sur presque toutes les roches biens connues des plongeurs,a partir de 20m, avec de vieux specimens enormes, et beaucoup de juvéniles, qui font que cette espèce a encore de nombreuses années a faire la joie des clubs de plongées, et autres plongeurs amateurs locaux.
    Ces poissons ont certe disparu des eaux peu profondes ou l’on pouvait les observer avant, mais ils ont simplement reculé dans les profondeurs, génés non pas par la peche, mais plus par la fréquentation intensive des baigneurs et embarcations, et surtout par les travaux sous marins d’amenagement sur des hectares de posidonies…(digues et emissaires)
    Quant aux liches, comme la plus part des espèces pélagiques, ce sont des poissons qui ont leurs saisons et ne font que passer près de nos cotes lors des periodes de reproduction, de meme que la dorade royale qui passe en mai et octobre, allez voir sur les bancs des pecheurs professionnels tout au long de l’année et vous aurez le calendrier des passages d’espèces.
    Dentis et pagres, sedentaires, sont eux aussi toujours présents, et les nouvelles techniques de pêche le prouvent.
    Votre idée d’un parc naturel entre Bandol et les calanques part d’un bon sentiment, mais je pense qu’avant de s’en prendre aux pecheurs de tous types, et créer une nouvelle zone bardée d’interdictions en tous genres, privant les nombreux plaisanciers et touristes de la jouissance de cette magnifique cote qu’est la notre, il serait bon de regler les problèmes de pollutions dus aux rejets en mer des égouts des villes comme Saint Cyr à la pointe du Deffend, à la Ciotat à coté de la magnifique calanque de Figuerolles,si chère à Nicolas HULOT, et Marseille, entre la calanque de Sormiou et l’ile de Riou, où je peux vous assurer que l’odeur des embruns est bien loin de l’iode….avec le futur parc regional des calanques en passe d’etre classé, nous allons avoir le premier egout protégé.
    Sympa pour la faune, n’est ce pas…
    Cordialement

  • Pierre
    Je suis d’accord avec la plupart de tes remarques.
    Entre le « tout permis » possible dans notre enfance (surtout la tienne :lol:), avec bien moins de « visiteurs » et la réserve intégrale, il y a peut être une protection de « juste milieu », du milieu côtier justement, face à l’invasion toujours croissante de notre rivage sous la pression touristique.
    Tu fais allusion aux mérous, pour beaucoup, le retour de leur présence en nombre, est en relation directe avec le parc national de Port-Cros. A Port cros (comme dans la Scandola en corse…), les pécheurs traditionnels, club de plongée et autres professionnels de la mer, continuent leurs activités, certes avec de nouvelles règles, mais aussi avec de nouveaux résultats (meilleurs) : sans aller vers de tels parcs, ne serait ce pas plutôt vers cette direction qu’il faudrait se diriger pour certaines zones avec un environnement durable et de qualité,sans interdit outrancier ?
    Le problème des « grandes pollutions » et autres émissaires, doit aussi d’être regler, mais n’est pas directement lié et devrait l’objet de solutions séparées.
    J’envisage, en fait, l’avenir avec plus de beaux caps et de palmes et moins de touristes et bicoques cramoisis 😆

  • Jacques KAUFFMANN

    Quelques précisions sur la perception des uns et des autres…
    Je rapporte là ce que j’ai retenu d’un livre que j’avais lu et que j’ai relu, dont l’intérêt principal est qu’il se passe, en grande partie, ici, à Bandol.
    L’auteur raconte en direct, le livre datant des années 50, la desertification des fonds sous marins, et reconnais que, en tant qu’inventeur du scaphandre autonomme et de l’essort de la chasse sous-marine, il y est pour quelque chose.
    Le livre est dense. Il raconte aussi comment il a filmé le passage d’un chalut de pécheur, et les dégats qu’il a pu constaté.
    Il explique que la bande littorale est essentielle.
    Bon, une fois lu ça, je me dit qu’il faut peut être maintenant bouger un peu.
    J’ai entendu parler du projet de parc national. Je connais bien celui de Port Cros. Le flicage qu’il y règne m’insupporte au plus haut point, mais je suis bien obligé de reconnaitre que les fonds là bas sont sans commune mesure avec tout ce que l’on peut voir ailleurs. Peu après avoir écrit cet article, je tombe sur un compte rendu d’une bagarre qui se passe en ce moment entre le parc et les communes limitrophes justement sur les conséquences d’un agrandissement du parc.
    Bon bref, tout ça pour dire que si j’ai parlé de parc, c’était parce qu’il y avait un projet, mais que je ne suis pas un forcené des réglementations à outrance qu’un parc peut apporter. Tout en reconnaissant, encore une fois, que cela fonctionne pour atteindre le but recherché.
    J’ai fini un peut vite cet article. Je voulais être plus interrogatif ! Dans le sens « que faire pour retrouver ces fonds que décrivaient Cousteau et Dumas ».
    @Pierre Chambenoit : globalement d’accord avec vous sur les autres causes de destructions de la faune sous marine.
    @Pierre Olivier : c’est quoi, les « bicoques cramoisis » qu’il y aurait en trop ?
    Jacques

  • A décharge pour Jacques, si je ne me mêle pas ou peu des articles qui me sont proposés, d’accord ou pas d’accord avec le contenu, c’est souvent moi qui fait les titres qu’on me fournit rarement.
    Dans ce cas précis, c’est moi qui ai résumé ce que je comprenais du billet de Jacques, et ai renforcé par le titre l’angle qu’il aurait préféré adoucir, avec le choix de « plaidoyer ».

  • Jacques,
    Merci de nous faire partager ce souvenir d’enfance qui a encore tant de répercutions de nos jours ! Je passe tous les jours devant la plaque illustrant les premiers essais de scaphandre sur la plage de Barri et ça me donne envie de trouver ce livre… Mon père, fervent plongeur devant l’Éternel (hum… enfin Neptune plutôt !) m’a déjà parlé de la présence, dans son enfance, d’une importante faune dès que l’on mettait la tête sous l’eau. Et effectivement cela n’existe plus ici… Les poissons sont partis un peu plus profond. Par contre c’est une chose que l’on voit encore actuellement en Corse, où les eaux sont nettement plus protégées, à la fois avec l’aménagement de zones naturelles et contre l’invasion massive d’un tourisme peu scrupuleux. Sans entrer dans une polémique écolo, c’est un fait ! Jacques et Pierre, vos remarques se complètent et ne se contredisent pas à mon sens. Mais de nos jours, on veut perdre du poids tout en continuant de manger copieux, on veut exploiter toujours plus mais sans le faire bien sur sur le dos des autres et on veut protéger l’environnement tout en accroissant son exploitation et augmenter les rendements : la chèvre et le chou c’est bien, mais à trop vivre dans la contradiction, un jour ça coince !… N’y a-t-il pas quelqu’un qui a dit « choisir c’est renoncer » ? bon, c’est sûr que dans notre société de consommation, le renoncement n’est pas très tendance, mais quand même soyons honnête, pour maigrir il faut manger moins et pour protéger il faut supprimer le danger ! Les interdictions sont une solution facile, le respect et le bon sens de chacun serait une solution saine et durable…

  • Jacques KAUFFMANN

    @Nathalie
    Merci pour ton message.
    Je partage bien ton propos, sur les contradictions entre attentes collectives et comportement personnel.
    Si tu veux le livre, pas de souçi. Je te le prête avec plaisir.
    Jacques

  • (par J. Kauffmann) Protection de la mer à Bandol

    Nous avions déjà débattu, et vivement, sur le projet de Parc National des Calanques.