Le « poujadisme » des blogs citoyens en question

Les critiques concernant l’exercice des blogs citoyens (à travers Bandolais.fr) n’ont pas manqué ces temps-ci (remonter les articles et leurs commentaires sur les dernières semaines pour voir à quoi je fais référence). J’avais différé certaines réponses et voici celle que j’avais promise à mon ami Christian DELAUD tant les termes employés m’ont paru inhabituellement exagérés: je l’apprécie justement pour sa capacité d’argumentation et sa résistance à l’imprécation facile. Je cite le passage auquel je souhaite répondre en élargissant la réflexion à l’ambiance politique locale (et je mets en gras les points inacceptables pour moi):
« Mais quand un blog citoyen se transfome en officine de lynchage des élus cela me ramène au temps du mouvement poujadiste dont l’un de ses députés a bâti l’idéologie de son parti sur la critique systématique des élus. »
Christian, même si je comprends ton souhait de voir s’élever le débat, mettre du poujadisme dans ta critique de ce qui se dit sur mon blog me choque:

  • traiter les gens qui prennent la parole pour dire quand ils ne sont pas d’accord avec les élus ou leurs façons (ou dénoncent d’authentiques abus), de poujadistes, c’est tenter de discréditer TOUTE critique. Or au moins pour ma part, et pour une bonne part des commentateurs qui prennent la peine de s’exprimer ici, je considère qu’il y a des arguments à l’appui de ces critiques, ou simplement des faits observables, et pour lesquels une opinion contradictoire est respectable. Lâcher « poujadisme », c’est rejeter en bloc la critique, faire du corporatisme (on a vu mieux) comme système de défense des élus (chez qui il y a peu ou prou autant de criticables que dans le reste de la population et de ses sous-catégories sociales ou professionnelles). Les élus ne sont pas meilleurs que la population dont ils sont issus, et doivent faire preuve d’humilité en entendant la critique lorsqu’elle est argumentée: pas d’anathème car c’est justement ce que tu reproches aux pseudo-poujadistes!
  • face à la dsicipline (que tu approuves) d’une majorité municipale qui fait bloc et au sein de laquelle aucune critique ou presque ne peut trouver d’expression publique, je sais que même des proches de la Marie, voire des conseillers municipaux de la majorité, sont parfois soulagés que ce qu’ils ne peuvent pas dire, soit dit. On n’est pas dans le poujadisme, mais dans la soupape de sécurité.
  • « poujadisme » c’est tenter de nous faire assumer un discours de type « tous pourris », or je ne le pense pas, et crois en la vertu de beaucoup, dont la tienne. Mais il n’y a aucune raison technique à ne pas donner l’information aux contribuables/électeurs de nos jours. Ca demande seulement de la volonté, une culture de la transparence qui à aujourd’hui n’est pas celle des politiques français (et bandolais). La critique si fréquente au point que toi ou Pierre OLIVIER la trouviez trop systématique prend sa source dans l’opacité actuelle du système, qu’il serait possible et raisonnable de casser au XXIème siècle.
  • « poujadisme » sous-tend aussi comme tu le rappelles, la construction d’une démarche politique visant à prendre le/du pouvoir par la critique systématique des élus « installés ». Introduire cette notion autour d’un blog qui affiche son absence d’ambition politique (je reste candidat à rien), c’est un peu fort de café. Il ne faut pas confondre l’exaspération légitime des citoyens face aux trop nombreux comportements d’élus qui justifient des critiques, avec une démarche politique de lutte pour le pouvoir. Je ne suis pas naïf au point de penser que certains commentateurs n’en profitent pas pour fragiliser les élus rivaux (de leurs favoris), mais regarde la politique nationale: le spectacle des partis dans les médias, ou simplement à l’Assemblée Nationale n’est pas fait pour que les gens engagés en politique puissent venir donner des leçons sur la forme du discours aux citoyens qui s’expriment (et Pierre OLIVIER appréciera que ce reproche s’applique par les temps qui courent aussi bien à Brice HORTEFEUX (qui vient d’être condamné) Frédéric LEFEBVRE ou Xavier BERTRAND et l’UMP, qu’à Martine AUBRY et le PS dont les récentes analogies utilisées étaient pour le moins audacieuses).

Au-delà des mots de Christian, je veux croire que c’est la passion pour la politique qui conduit élus, militants, et simples électeurs, à sombrer dans l’excès de langage, c’est humain. J’en déduis aussi que l’irruption des citoyens dans le débat nous rend acteurs de la vie politique, et je sais qu’ici à Bandol j’en dérange certains. C’est ce qui m’explique qu’aujourd’hui j’ai l’impression de faire face à des attaques que j’imaginais réservées aux adversaires politiques, attaques qui ont été nombreuses et assez virulentes de mon point de vue (pour mes lecteurs aussi: ça a déclenché quelques renouvellements de dons de la part de gens qui m’ont dit ne pas être toujours d’accord avec moi, mais qui ont trouvé que mes détracteurs y allaient vraiment trop fort ces dernières semaines). C’est bon signe, et j’en profite une nouvelle fois pour inviter mes concitoyens à créer leurs propres blogs (malgré la rudesse occasionnelle de l’expérience).
Je suppose que je pourrais continuer à développer, mais quand je lis les termes employés récemment à Bandol:

  • « poujadisme » et « officine de lynchage » sous ta plume;
  • « criminel » dans la bouche du Maire en s’adressant à son prédecesseur;
  • je ne liste pas les qualificatifs dont d’autres m’ont gratifié ces dernières semaines, ni tous les excès de langage qui balisent la vie politique locale, les blogs bandolais et leurs commentaires;

J’en viens souvent à me demander si les mots ont encore un sens. En caricaturiste parfois, ou en jouant comme je peux sur l’humour, je force souvent le trait. Mais personnellement, je passe souvent beaucoup de temps à me relire, pour choisir et soupeser tous mes mots. Et je regrette que d’autres acteurs de la vie publique bandolaise emploient des mots qui me semblent trahir des réactions à chaud, qui dévoient le débat.
Les mots ont un sens: on me reproche souvent mon français, mais si j’écris parfois long ou biscornu, c’est que pour respecter une pensée et un minimum de vérité, il faut parfois plus que des raccourcis, et des mots précis.

Frédéric METEY
www.bandolais.fr

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10 Commentaires

  • @ Fred,
    Ton article me plaît.
    Venant de toi, je n’avais aucun souci sur le fond et sur la forme.
    Je tiens à préciser que mon commentaire commençait par « Que les blogs citoyens existent me paraît être une nécessité. »
    Si j’ai utilisé certains termes ou expressions dans mon commentaire, c’était sciemment.
    Car mon reproche était dirigé, non pas vers ton blog ou tes commentaires que j’apprècie, et je ne fais pas du lèche botte (ce n’est pas dans ma nature).
    Mon reproche était dirigé vers certains commentateurs qui enfourchent le cheval de l’indignation pour un rien alors qu’ils sont loin d’être irréprochables. Je ne ferai pas un florilège de leurs commentaires car je ne souhaite ni attaquer des individus, contrairement à eux, ni entrer dans des polémiques stériles.
    Quant au « Poujadisme » que j’évoque, le mot n’était pas trop fort.
    Ce mouvement a commencé par l’action de commerçants et artisans qui dénigraient systématiquement les élus et le service public et s’est terminé par la montée des extrémismes. En fait, cet épisode n’est pas terminé.
    L’action publique est toujours dénigrée et des insultes sont même proférées à l’encontre des élus.
    Je t’invite à lire certains commentaires sur des pages facebook consacrées à Bandol où l’on parle « de foutre le feu à la mairie », « de virer cette grosse s… » en parlant d’un adjoint, …
    Le poujadisme a, certes, été utilisé par certains à des fins politiques mais il a commencé par une critique systématique de l’action publique et des élus.
    Effectivement, les élus doivent être irréprochables et se consacrer au bien public.
    Ce n’est pas toujours le cas mais j’aimerais que l’on analyse le travail et les responsabilités des 36.000 maires de France, et de leur conseil municipal, avant de proférer des insultes ou des critiques infondées.
    Par exemple, dans ton blog il est reproché aux élus de mal préparer les conseils municipaux et de voter les délibérations par esprit partisan.
    Certains le font mais je reste persuadé, pour en avoir discuté avec mes collègues de l’opposition comme de la majorité, que ce n’est pas le cas général.
    L’esprit partisan existe mais sur des points particuliers, car je te rappelle que sous la précédente mandature j’ai approuvé 80% des délibérations proposées.
    Je continuerai mon commentaire plus tard car j’ai un conseil municipal comprenant 56 délibérations lundi et dont je n’ai pas terminé la préparation.
    En attendant continue car tu diriges, à Bandol, le seul blog « politique » (au sens citoyen du terme) digne de ce nom.
    J’y suis critique et je le resterai car je souhaite y découvrir des débats de qualité entretenus par des commentateurs réfléchis et responsables.
    L’insulte, le jeu de mots tendancieux, le commentaire épidermique, agressif ou non pertinent et la citation facile seront toujours mes cibles de choix et je le ferai savoir.
    J’apprécie toutefois quelques flêches acérées dans la mesure où elles sont fondées et bien formulées.
    Car comme je l’ai écrit en préambule, je suis attaché au fond et à la forme.
    Je souhaite que ce blog ne soit pas vampirisé par certains énergumènes qui ont d’autres médias à leur disposition.
    @ plus

  • Claude SEUX-BOS

    « Mais quand un blog citoyen se transfome en officine de lynchage des élus cela me ramène au temps du mouvement poujadiste dont l’un de ses députés a bâti l’idéologie de son parti sur la critique systématique des élus. »
    C’est peut être une fausse impression, mais il me semble que de nombreux élus font du poujadisme sans le savoir. C’est d’ailleurs une des causes principales de la désaffection des électeurs.

  • A ce jour je n’ai sauf erreur ou omission vu une quelconque insulte sur le blog de FRED
    Des critiques oui mais qui sont amplement justifiées
    Si de la part de nos dirigeants il y avait plus de clarté de communication et d’explication une bonne part de ces critiques n’auraient pas lieu d’etre
    Le dénigrement systématique de la précédente mandature , certaines contre vérités martelées pendant et après les élections ; tout cela oblige les gens à donner leur avis
    Je n’ai pas voté BAROIS, néammoins je lui reconnais certains éléments positifs dans sa mandature .
    En matière de censure lorsque des opinions dérangent le pouvoir la gauche comme la droite appliquent tous les 2 la meme méthode
    CIRCULEZ Y’A RIEN A VOIR

  • @ Fred
    très bel article, bien rédigé après avoir pesé tes mots!!!
    J’ai beaucoup apprécié aussi les commentaires dont celui de Christian.
    Donc Fred, tant que tu resteras un éternel opposant, fais vivre ton blog et la présence de lecteurs et commentateurs ayant des idées contraires donnera une vrai vie à ce nouvel organe de communication.
    S’il n’y a pas d’insulte, pas de linchage… alors que tous, les extrèmes de gauche comme de droite s’expriment (même si je n’aime pas les extrèmes!!)et ainsi grace à ce blog, nous serons informés réellement de la vie publique Bandolaise.

  • @ Christian DELAUD:
    qu’il y ait des commentaires inadaptés, c’est certain, mais je l’écrivais il y a peu, « faire confiance aux bandolais, confiance aux lecteurs ». Une bonne part est facile à décrypter, ne serait-ce qu’en se souvenant de la phrase de Talleyrand que j’ai déjà eu l’occasion de citer: « tout ce qui est excessif est insignifiant ». Les risques de poujadisme ne viennent pas de l’expression des électeurs (peut-être des électeurs qui réélisent parfois des élus qui trimballaient des casseroles, façon Levallois-Perret ou Grenoble par exemple). Mon article de ce soir te donnera un exemple de problème qui vient bien du monde politique.
    @ Serge GERVAIS:
    je ne me vis pas comme éternel opposant, mais bien comme éternel exigeant: électeur disais-je.
    Un électeur, on peut le voir comme contribuable, donc « client » puisque c’est « lui » qui paye (quand dans la vie tu es en position de client, je suppose que tu es exigeant).
    Ou on peut le voir comme « patron », puisque en choisissant avec les autres électeurs nos élus, il délègue la gestion commune à des gens qui nous représentent et sont à notre service, celui de l’intérêt général (c’est peut-être le propre d’un patron d’être exigeant envers les gens à qui il délègue).
    Exigeant, ce n’est pas être opposant. Mais la nuance est rarement perçue et admise: c’est tellement plus facile de (faire) croire que je suis opposant (mais ça fait partie des raccourcis que je récuse).

  • Fred
    Je suis étonné de ton souhait de la création d’un blog car pour revenir sur ton appréciation lors de la création d’un autre blog il y a un certain temps nous avons constaté la polémique sur le titre du 2eme aussi – ton vœu de dire // j’en profite une nouvelle fois pour inviter mes concitoyens à créer leurs propres blogs//tu es un tout et son contraire.
    Emancipation a ta demande c’est avec de l’humour que je force le trait par des mots précis
    je filtre, je priorise. – Si la Mairie m’informait en tant que citoyen de ses bonnes réalisations, J’adresse encore régulièrement des reproches) mais passons… et maintenant un exercice auquel je m’astreins parce que je le crois utile.
    Revendications du seigneur du 20ème siècle créateur de la charte du 1er bloggeur qui avec le temps de la raison (galéjade ) ressemblerait a Ange ,Hilaire, François ,Auguste de BOYER de FORESTA « Arrogance » de la fonction familliale de Négociant a Avocat – tel est l’histoire communale de la réponse// tu dis que tu le peux sur l’humour, je force le trait .
    Mo METEY a dit…
    @ Christian DELAUD: Mon article de ce soir te donneras un exemple de problème qui vient bien du monde politique. @ Serge GERVAIS: je ne me vis pas comme éternel opposant, mais bien comme éternel exigeant: électeur disais-je. Donc Fred, tant que tu resteras un éternel opposant, fais vivre ton blog et la présence de lecteurs et commentateurs ayant des idées contraires donnera une vrai vie à ce nouvel organe de communication.
    FRED Si tu prends mal mon texte qui n’a aucune insulte seulement (le miroir de ce que tu proclames) chacun jugera ta réponse et tu verras que de nombreux textes ont comme COMMENTAIRES ! Le chiffre (0)= tel en n’ai le constat qui va te déranger soit Gentleman d’une reponse non agréssive d’HUMOUR cordialement Max
    pour mémoire (Mon Contradicteur) dont tu as fait parler une autre personne par precaution ; le temps n’efface pas le passé de la mémoire.

  • @ Pierre OLIVIER:
    ton image d’actionnaire me va aussi, et confirme cette relation (symbolique, je te l’accorde) de la relation élus/électeurs: les élus rendent des comptes aux électeurs, qui collectivement sont leurs « patrons ». Plutôt qu’une provocation, c’est une réaction au spectacle de certains élus en France qui parfois fâchés d’être contredits lors de réunions de travail s’énervent, tapent du poing sur la table et affirment « je suis élu, je fais ce que je veux » (ce qui à mon sens est une erreur totale d’appréciation de leur rôle).
    Dommage que ton commentaire soit sous l’article d’hier et non sous celui auquel tu fais allusion (ça faciliterait la vie des lecteurs).

  • @u “patron” des élus bandolais
    Un petit et vieil actionnaire (quelques Dix millièmes de parts) de Bandol (pour reprendre ton paralléle) n’est toujours pas d’accord avec ta vision de la citoyenneté dans une petite commune
    En espérant, que tu ne prendras pas ombrage de mon ironie, réponse à ta dernière provocation (innocente et là, est la problème !) à la hauteur de ta prétention

  • @ Pierre:
    Oups, autant pour moi, entre deux coups de fil clients j’ai fusionné dans ma tête mon article du jour et le commentaire auquel tu réponds. Désolé.

  • Fred
    C’était une réponse à ton commentaire ci-dessus (le N°5), Je pense être au moins autant lisible que ce tu peux l’être
    Bien à toi