Le cyclopousse de Bandol en sursis ?

C’est un arrêté municipal du maire de Bandol qui m’a alerté, le 731, du mois de mai dernier.
Après l’avoir lu, j’ai pris l’initiative de contacter Françoise d’EKO POUSS (je vous remets en bas de l’article la vidéo que j’avais faite au lancement qui explique l’activité de ce tricycle à assistance électrique), pour savoir où elle en était.

Chevalet Eko PoussUn arrêté municipal est rarement poétique, et si la redevance annuelle (incluant une redevance électrique de 255€ – j’ai comparé avec ma facture d’électricité de la maison/bureau et j’en suis resté sans voix – un chargeur de batterie, ça doit consommer comme une ampoule, et 3 ou 4 heures par jour) si donc cette redevance m’a paru une mesquinerie financière, c’est l’interdiction du moindre chevalet promouvant son activité qui m’a poussé à réagir là où je pensais que la mairie pourrait plutôt être dans une position de soutien (à décharge, le chevalet existe et l’interdiction officielle semble dans les faits remplacée par une tolérance):
1) ce cyclopousse rend à l’évidence service à de nombreux bandolais pour de petits trajets.
2) moyen de locomotion écologique s’il en est, il est cohérent avec la notion de développement durable qui est prise en compte par la municpalité*.
3) ce véhicule original et sympathique, en plus de faire volontiers éclore des sourires sur les visages, fait maintenant un peu partie de l’image de la ville, positivement.

Le hasard a voulu que l’adjoint au développement durable passe devant nous au moment où nous avions rendez-vous pour un café, et j’ai cru comprendre que si le dossier n’avait pas parfaitement circulé jusqu’à lui, EKO POUSS pouvait attendre un appui de ce côté-là. Mais c’est une femme un peu découragée que j’ai rencontrée vendredi.

Son tricycle est actuellement en panne, et la pièce nécessaire à la réparation tarde à être livrée, mais ce n’est pas la cause de son abattement, malgré l’impact financier (coût de la réparation et perte d’activité depuis près d’un mois).

Elle est en tort en n’ayant à ce jour pas acquitté la redevance 2010 que lui avait déjà facturée la mairie, et qu’elle n’a pas pu honorer: la redevance 2011 s’y ajoute, et représente plusieurs semaines de l’activité hivernale, pour ne pas dire plusieurs mois, c’est très lourd pour un si petit business. Françoise aujourd’hui seule avec ses 2 enfants à charge, « gagne son pain » à la force de ses jambes malgré l’assistance électrique de son engin, et ne peut pas faire fortune avec une rémunération horaire ou à la course, qui reste dans le bas de l’échelle des salaires, et limitée par son temps de travail possible (je connais bien cette équation où ce que l’on vend est forcément limité par le temps que l’on peut consacrer au travail dans des journées qui ne feront jamais que 24H – ces métiers ont une rentabilité forcément vite plafonnée).

Elle travaille et est utile à de nombreux bandolais, et ne s’inscrit pas dans une démarche d’assistanat. Mais son entreprise par nature fragile et précurseur des bonnes tendances de notre société peut mériter du soutien (à peu de frais): il y a une notion de service à la collectivité (avec une complémentarité du bus municipal devenu gratuit).
A ce titre elle regarde avec envie la situation de son confrère sanaryen (qui a en fait suivi son exemple), mais bénéficie m’a-t-elle dit, d’un traitement plus favorable : devant l’originalité positive du concept, et le flou autour du statut de ces nouveaux « opérateurs de transport », la mairie de Sanary a exempté son homologue de redevance pour la première année d’exercice, « en attendant de voir comment fonctionne ce service et l’accueil du public », et lui a aménagé un véritable emplacement. Si on ajoute que Sanary a une population double de celle de Bandol ce qui est aussi bon pour la demande du pousse-pousse, que pour la valeur des publicités qui peuvent être affichées sur les cyclopousses, Françoise GUERTON réalise qu’elle cumule une erreur d’appréciation sur son étude de marché (le choix géographique finalement pas optimal) avec une autorité administrative  qui ne l’encourage pas dans son effort professionnel (et « éco-friendly »). Selon ses explications, sa redevance est même anormalement proportionnée quand on la compare à celle des taxis ou autres commerçants des marchés, si on s’en tient à l’espace au sol occupé sur le domaine public (ridicule pour un rickshaw): décourageant en effet, surtout quand le travail est à ce point physique (ça demande un peu de mental pour pédaler toute la journée).

Quand on a pris ce café, Françoise venait d’envoyer une lettre à la mairie demandant de ne pas lui mettre le couteau sous la gorge, ou exposant son incapacité à poursuivre selon les termes actuels, pour un dernier espoir d’au moins exercer sur la saison d’été 2011 sans s’écrouler financièrement, le minimum nécessaire pour la laisser se retourner: car si elle ne sait pas si elle doit poursuivre dans cette voie professionnelle (durablement, sur tout ou partie de l’année, les questions ne manquent pas), à l’heure qu’il est elle craint de ne même pas pouvoir opérer raisonnablement une fois son tricycle réparé, sur les 3 mois qui viennent.

Voilà, Françoise m’a autorisé à écrire ce que je voulais (sans relecture) suite à cet entretien, car sa situation est difficile, et qu’elle fait face à des questions de tous ceux qui la connaissent (elle est devenue une figure locale) et ne la voient pas en selle ces jours-ci: cette entrevue rendue publique est une façon pour elle de vous informer et peut-être avoir moins de questions qui la renvoient gentiment certes mais pesamment, à ses incertitudes et préoccupations concernant EKO POUSS, et sa situation personnelle.
N’hésitez pas à manifester votre soutien à cette jeune femme volontaire en commentaires ci-dessous, et pour ma part en tant que contribuable j’encourage la mairie à ne pas s’accrocher à une redevance (dont je ne pense pas qu’elle ait un caractère obligatoire) dérisoire pour le budget de la commune, et qui représente une vraie somme pour une jeune mère célibataire gagnant son argent à la force du mollet. A moi citoyen il me semble que la ville a plus à déplorer en perdant EKO POUSS qu’en n’encaissant pas les quelques centaines d’euros qui n’existeront de toutes façons pas si Françoise jette l’éponge. Ce n’est qu’un avis personnel.

F.M. – www.bandolais.fr

bornes velos induction* En plus d’une délégation consacrée au développement durable, et qui agit sur plusieurs volets de la vie municipale, la mairie est en passe d’expérimenter temporairement un service de vélos à assistance électrique en libre-service (implantés derrière l’office du tourisme), ce qui me semble souligner la pertinence d’une initiative comme EKO POUSS… L’expérimentation est double puisqu’en plus de ce service assez nouveau hors des Velib et autres équivalents des grandes villes, ici il s’agit de vélos à assistance électrique et par dessus le marché innovants: pas de branchements électriques, les bornes d’accueil des vélos fonctionnant par induction pour recharger la batterie du vélo (comme vos plaques de cuisson du même nom, c’est un phénomène magnétique sans contact qui provoque la recharge électrique).





12 Commentaires

  • En total accord avec toi Fred , il faut aider cette mère de famille qui cherche à nourrir ses enfants à la force des mollets.
    En faisant cadeau de la redevance, la municipalité ne se met pas dans le rouge et elle peu même l’aider en faisant appel à elle pour les déplacements des élus dans la commune.
    Il faut aider les gens qui désirent vivre de leur travail, plutot que rester dans l’assistanat.

  • Jean-Pierre Chorel

    Eh oui Fred, tu mets en exergue la brutalité de l’administration dans l’application stricte de textes manifestement inadaptés à une telle activité. Je fais confiance à Jean-Yves Decroix, dont l’implication et le sérieux sont unanimement reconnus, pour intercéder auprès des décideurs afin de trouver une solution plus adaptée à cette situation ubuesque. Je ne peux croire que nos édiles, dont le premier qui a consacré une bonne partie de sa vie professionnelle à oeuvrer dans le domaine familial, puissent rester insensibles à cette détresse d’une mère volontaire.

  • Hum, et si on commence à parler d’emplacement et d’occupation du domaine public… qu’en est-il des « panneaux » publicitaires genre sandwichs-chevalet qui bordent toutes les terrasses de la zone de chalandise…..

  • L’activité est sympa, dans l’air du temps, menée par une femme volontaire.

    Elle pourrait effectivement mériter un soutien, surtout quand on se rappelle du nombre de subventions distribuées aux associations les plus improbables.

    Pour ne comparer, par exemple, qu’avec les Terres Neuves qui n’ont jamais montré un quelconque début d’utilité pratique.

    Cependant, on peut voir aussi les choses d’un autre oeil. 714 € par an, cela fait 60 € par mois, fourniture électrique comprise. Ramené sur les trois mois d’été, cela fait 238 € par mois.

    Un peu de réalisme économique me fait penser que si une activité commerciale ne permet pas de dégager une redevance de 60 € par mois, c’est que le jeu n’en vaud pas la chandelle.

    Tout travail mérite salaire. Si en se démenant, elle n’arrive pas à générer suffisament d’activité, je ne crois pas que le problème soit la redevance municipale.

    Jacques

  • Le sujet soulevé par Fred appelle 3 remarques de ma part:
    1/FRED dans son article, très complet, clair, développe le sujet avec un regard à 360°, donc le tour du problème est fait.
    2/Serge et Jean-Pierre apportent leur regard humaniste et, saisissant un aspect-non négligeable, d’accord!-estiment que la solution du cœur existe
    3/ Toi Jacques, et je reconnais là l’œil du responsable gestionnaire, conclut par une phrase toutes simple, qui a mon avis est le nœud du problème:
    « Tout travail mérite salaire. Si en se démenant, elle n’arrive pas à générer suffisament d’activité, je ne crois pas que le problème soit la redevance municipale »
    Autrement dit, nous sommes aujourd’hui dans une Société où les qualités de cœur ne suffisent plus pour régler les problèmes d’existence. La seule solution pour s’assurer, s’assumer, c’est le travail, mais le travail justement et normalement rémunéré. Ce qui amène ma conclusion suivante, et elle est personnelle:
    Puisque cette Dame a fait la démonstration évidente de son courage: faire un boulot que beaucoup ne feraient pas, de sa ténacité: malgré certainement des recettes journalières modestes, de sa constance:pour être présente tous les jours etc…Pourquoi ne pas utiliser nos neurones et nos moyens pour lui trouver un « JOB » permanent. Il y a bien à Bandol quelqu’un capable de répondre présent à cette demande plutôt que de s’évertuer à résoudre son problème de branchement électrique et du paiement de la facture.

  • @ Jean et Jacques:
    pour être complet, je dois préciser que Françoise a déjà cumulé son activité de cyclopousse avec un emploi à temps partiel pour joindre les deux bouts notamment en basse saison. Encore une fois sa volonté est évidente. Mais un emploi autre n’est pas non plus son activité actuelle qui lui plait aussi j’imagine pour son indépendance relative, les contacts et la vie sociale locale, etc.). Ce n’est peut-être pas ce qu’elle voudrait, ou alors pas forcément ici.

    La phrase de Jacques sur la viabilité de ce concept est aussi une évidence. A la condition de penser en termes de marché, de monde libéral (notre réalité).

    Le service de bus municipal n’existerait pas s’il devait s’inscrire dans cette réalité, et aujourd’hui il est même totalement gratuit, après que la majorité ait adopté la proposition du conseiller municipal C. Delaud.
    Les taxis sont sur un modèle économique proche, mais avec un rayon d’action qui change les perspectives, pouvant atteindre Marseille, Toulon et leurs aéroports, l’arrière-pays, mais éventuellement aussi les courses « médicales », qui ne sont pas prises en charge par le marché (les clients), mais la sécurité sociale (forme de subvention par les pouvoirs publics), ce qui ne me choque pas puisqu’il y a là aussi un service à la collectivité qui a sa rentabilité économique et/ou sociale.

    EKO POUSS fait du ramassage scolaire pour quelques familles, remonte les piétons trop chargés sans les obliger à venir en ville avec leurs voitures au stationnement problématique, et rend service à toute une partie de nos concitoyens. Je n’ai pas été client, mais des visiteurs (mon beau-père, des amis de passage, etc.) ont apprécié de remonter sans effort nos 35m de dénivelé grâce à Françoise.

    La question que pose cet article, au-delà de l’urgence de pouvoir exercer dans des conditions favorables pendant la saison rentable (et donc la question de la redevance 2010 et 2011 qui pèse sur son budget familial), est de savoir si EKO POUSS est un plus pour une ville de 9000 habitants, et s’il doit obéir au « tout marché ». C’est possible dans des villes comme Avignon ou Nantes (les recettes publicitaires sont le vrai chiffre d’affaire, et les courses servent de pourboire). EKO POUSS a prouvé que Bandol n’a pas la taille critique nécessaire à cette activité en obéissant aux lois du marché.

    C’est bien là une question politique au sens vrai.
    EKO POUSS est-il un outil utile à la collectivité, et si oui quel effort la ville peut ou doit-elle faire pour permettre la conservation de cet outil? Ca peut passer par des contrats de location événementielle (Françoise est en train de chercher une issue par le biais de ce genre de contrats où elle intervient en mission d’animation/transport sur de grosses manifestations – pendant lesquelles nous ne bénéficierons pas de ses services à Bandol). Je n’ai pas les réponses qui appartiennent bien aux élus en définitive. Comme pour les chiens sauveteurs, subventionnés à titre d’activité culturelle ou patrimoniale ou de loisir (peu importe), qui quand ils surveillent les plages n’ont effectivement pas d’utilité évidente chez nous (mais leurs maîtres assurent effectivement la surveillance et les secours – sans que je me souvienne si cette mission est bénévole, rémunérée ou contrepartie de la subvention).

    Voulons-nous conserver EKO POUSS? Le débat mérite d’être ouvert, et aux politiques à décider de l’effort public nécessaire en négociation avec la jeune entrepreneuse. L’expérimentation d’un libre-service de vélos électriques n’est pas une décision de nature très différente.

  • Dartevelle Béatrice

    Bonjour,
    je soutiens moralement Francoise Je trouve son activité très sympathique pour notre commune.Cette dame est très courageuse. Au moins nous n’avons pas à supporter le bruit fort peu sympathique de tous les 2 roues au pot d’échappement débridé qui sillonnent perpetuellement notre ville.Je précise également que je suis prête à participer financièrement pour l’aider à continuer son activité et d’autres peuvent suivre.
    Pour une fois que quelqu’un ne se contente pas de l’assistanat comme tant d’autres .

  • Je réponds à madame dartevelle.
    qui se propose de participer financièrement,donc le problème est résolu,puisqu’elle se propose de l’aide qu’elle prenne en charge les factures d’électricité de Françoise.D’autres personnes suivront dit-t-elle,Et bien la solution était sous vos yeux,moi je travaille et je me vois mal payer pour que les autres reçoive ne serais-ce qu’une part infime de mon salaire.Mais je souhaite à Françoise une longue durée pour son activité et beaucoup de courage.Madame quand à ce que vious dites sur les personnes assister,ne cracher pas trop dessus,car e que vous savez pas c’est que depuis que je réside à Bandol depuis un an,j’en ai vue et y’en à beaucoup.Bref bon courage te bonne chance à Francioise.

  • Bonsoir,
    Après avoir lu toutes ces informations, j’estime inadmissible que la Ville de Bandol empêche cette superbe femme qui présente un mérite indescriptible afin de pouvoir vivre et faire vivre ses enfants !
    De plus, et ce qui me fait réellement « rire jaune » c’est que la commune était bien contente de faire défiler la Miss Nationale de Mme Geneviève de Fontenay dans le touc-touc de cette femme, Françoise.
    Quand on voit toutes les dépenses faites pour rien… qu’on épargne les personnes dignes et volontaires !
    Laissez cette superbe et gentille femme se sauver de la précarité et aidez-la ! Cela vous fera une pub de plus… Chère Ville de Bandol !

  • Est-ce que les 2 commentaires signés « anonymes » sont de la même personne?

    ——————————–
    NDLR: Non Jean, ce sont deux personnes distinctes selon les informations dont je dispose (email, IP).

  • Le conseil municipal du 27/06/11 aura été l’occasion pour la mairie de faire connaître sa position dans ce dossier:
    Françoise si elle peut réparer son tricycle à assistance électrique sera autorisée à exercer son activité sans redevance pour la saison estivale 2011, en regard de sa situation personnelle très particulière.

    Pas de détails supplémentaires concernant le long terme ou l’historique de la redevance, mais Françoise a l’assurance d’avoir les mois d’été en activité pour se décider pour l’avenir ou se retourner, et c’était là son urgence et souhait immédiat. On suivra le dossier.

    Voir le compte-rendu du CM en question:
    http://www.bandolais.fr/2011/06/le-cm-de-bandol-du-27062011-en-direct.html

  • Une bonne nouvelle pour Francoise,elle va faire des heureux avec son cyclopouss,espérons qu’elle continuera son activité encore longtemps,pour le plaisir des yeux,de la promenade et surtout pour voir ce cyclopouss dans les rues de Bandol.Bravo à la municipalité qui est venu en aide à francoise,et qui à sut aider cette mère de famille méritante.