Le blogging politique à Bandol, c’est comme ailleurs

MAJ du 17/10/10: j’ai commis une erreur (faute de mémoire) dans cet article:
« Bandol pour tous » me certifie n’avoir jamais utilisé le contrôle des commentaires a priori. De fait, c’est bien un délai de 36H pour valider un de mes commentaires sur un autre blog « Bandol en @ction », qui a déclenché cet article, et j’ai associé un peu trop vite les pratiques des différentes composantes politiques bandolaises. Toutes mes excuses au groupe Barois: c’est bien la nouvelle association de Frédérique CONNAT-LERAT et Marcel BOGI qui s’illustre par une pratique peu appréciée du contrôle des commentaires, et qui était à l’origine de ma critique.

La différence première entre les blogs dits « citoyens », et les blogs à vocation de militantisme politique, c’est le degré d’ouverture et/ou de contrôle.

Celui qu’on surnommait le « pape français du blogging » au temps où il était le plus lu des blogueurs français (et « vendeur » de blogs) avait inscrit une maxime perrsonnelle en sous-titre de son blog: « les médias délivrent des messages, les blogs démarrent des conversations« .

A Bandol on retrouve cette dichotomie. Et là où c’est flagrant, c’est au niveau de la gestion des commentaires.

Blogs citoyens : contrôle des commentaires a posteriori

Prenez Bandol-blog ou Bandolais.fr, deux blogs individuels qui sont animés par une idée de la mise en relation des citoyens, des bandolais: vous postez un commentaire, et hop, magie de l’internet, il est en ligne et tout le monde peut le lire. En cas de souci, le propriétaire du blog interviendra a posteriori pour éventuellement censurer, stopper une conversation en bloquant les commentaires sur un article où l’ambiance dérape, etc. Mais force est de le reconnaître, c’est plutôt rare (on doit tourner près des 1500 articles de chaque côté, et les doigts d’une main de chaque blogueur doivent pratiquement suffire à dénombrer les incidents (rajouter deux mains pour les quelques cas de commentaires totalement hors sujets ou relevant de la pollution pure et simple).

Pour ces deux exemples, on a affaire à des sites qui privilégient la relation, le dialogue, s’inspirent de l’esprit qui a prévalu à la création de cette forme particulière de sites web que sont les blogs: des outils de conversation, de relation, de débat.

Blogs politiques : contrôle des commentaires a priori

Prenez maintenant les deux blogs politiques actuellement ouverts à Bandol: Bandol pour tous, comme le tout récent Bandol en @ction.
Gérer par ou pour des personnalités politiques de Bandol, des élus, qui s’inscrivent dans le combat politique local, ils utilisent bien la même structure « blog » que les deux précédents pour fonctionner, mais si l’on y retrouve la possibilité de commenter, celle-ci passe par un contrôle a priori. Votre réaction aux articles ne paraîtra qu’après avoir reçu l’aval du maître des lieux…
La logique d’utilisation est bien différente des blogs citoyens: l’homo politicus se sert d’abord d’internet pour diffuser son message, porter son combat, faire entendre sa parole. Mais pointe aussitôt la volonté de contrôle, certains, dont je suis, diront l’obsession du contrôle. Créer son organe d’expression politique et voir son discours pollué (ou carrément contrecarré) par les interventions de gens qui ne sont pas d’accord, c’est une épine pour la plupart des politiques à Bandol comme ailleurs.

Différences entre contrôle a priori et a posteriori

  1. Immédiateté ou pas de la publication des commentaires: ça c’est le côté évident, à l’heure de l’instantanéité de l’Internet.
  2. différence juridique pour le blogueur: a posteriori on ne lui demande que de réagir « promptement » en cas de signalement d’un commentaire problématique (injure, diffamation, apologie du nazisme ou de la pédophilie par exemple), il n’est qu’hébergeur du commentaire, alors qu’avec un contrôle a priori, il en devient éditeur (il ne doit pas se tromper en laissant passer un commentaire qui pourrait faire l’objet d’une plainte puis éventuelle condamnation au tribunal, qui le viserait alors forcément aussi).
  3. Soupçon du commentateur concernant une censure qui s’exerce a priori: qui évalue, sur quelles règles, sous quel délai? Frustrant à l’heure d’Internet de devoir passer a priori sous les fourches caudines d’un censeur pour s’exprimer, quand les espaces de liberté sont légions.

Dans le fonctionnement, l’interactivité ne sera évidemment pas la même: si vous devez patienter 2H ou 2 jours pour voir votre commentaire validé et en susciter d’autres, la conversation va être pénible, traîner en longueur, en tous cas plus que ce à quoi nous sommes habitués via le web. Il y a même fort à parier que l’interactivité sera moindre, pas mal d’internautes préférant s’abstenir à cause du soupçon que fait naître ce passage par le « bureau de la censure », et les autres jetant l’éponge assez rapidement devant l’étirement des échanges dans le temps.

Explications et regards sur ces différences

A leur décharge, il faut dire que les blogs politiques s’exposent à davantage d’interventions hostiles, car leurs positions sont clivantes ou pour dire le mot, souvent partisanes (certaines positions sont parfois purement tactiques, politiciennes, ou flirtent avec la mauvaise foi: s’il faut omettre certaines réalités qui pourraient nuire à son image, et donc à son élection, on peut être tenté par le choix d’une mémoire sélective). Là où les commentateurs peuvent faire preuve de modération dans le débat sur un blog citoyen, ils pourront opposer un militantisme de contradiction plus véhément sur un blog politique « d’en face », ou simplement mentionner des « casseroles », rappeler des échecs, ou des promesses, etc. Problème!

Au niveau national, on retrouve ce souci avec les grandes figures politiques: celles qui bloguent ont souvent tendance à user de ce contrôle a priori, pour les raisons évoquées (ils ont toujours des détracteurs ou des plaisantins qui viennent faire irruption dans leur outil de diffusion de message), et puis ça demande un temps que leurs responsabilités ne leur laissent pas toujours. Ceux qui se permettent le luxe d’une liberté des commentaires sont souvent des vrais passionnés d’internet, connaisseurs de la culture web, impliqués fortement sur ces outils, et probablement aussi réputés moins polémiques: voilà qui prêche pour des hommes politiques cohérents dans la durée, exempts de parcours trop chaotiques, et dont l’image de démocrate est assez difficile à remettre en cause.
C’est aussi évidemment plus facile pour des étoiles montantes que pour des élus ayant un véritable bilan, forcément contestable (nobody’ perfect). C’est donc aussi le cas pour un citoyen simple observateur (à qui on ne peut reprocher que son opinion ou la façon de l’exprimer) que pour un élu quel qu’il soit s’il a déjà un passé (actif/passif).

Conséquence

Que vous soyez commentateurs, ou même simplement lecteurs des blogs locaux, ne vous méprenez pas sur le type de site sur lequel vous vous trouvez:
– certains sont là pour vous vendre un point de vue, une équipe ou son leader, et ma foi, pourquoi pas? Rien ne leur interdit d’évoluer un jour vers plus d’ouverture (qui leur demandera aussi de s’impliquer davantage dans le débat, et donc d’y consacrer plus de temps – ça peut quand même se gérer en modulant le rythme de publication).
– d’autres sont là pour permettre une certaine liberté de parole, engager l’échange, par vocation.
Les uns verront assez peu d’échanges riches se mettre en place, là où les autres pourront faire exploser la participation des lecteurs, en quantité et en durée…

Si on veut faire dans le raccourci, on parlera d’outils de propagande contre espaces de démocratie, mais c’est un peu caricatural.

Et la Mairie dans tout ça ?

On retrouve logiquement ces aspects dans la gestion de la communication municipale: une Mairie de nos jours en France, c’est d’abord politique.

Dans le magazine publié par Bandol, l’ancien Maire aujourd’hui opposant se plaint que non seulement on limite ses possibilités de publication au strict minimum légal, mais aussi que ses articles sont systématiquement assorti d’une réponse du Maire. Sur Internet, le contrôle a priori sert aussi à ça: bloquer un commentaire gênant le temps d’élaborer la meilleure réponse possible pour en réduire au maximum les effets… Contrôle, contrôle…

Sur le forum officiel de la ville, même chose: bel effort d’interaction avec la population, mais on ne va pas prendre trop de risques en offrant une tribune aux mécontents ou pire, aux opposants, et si vous lisez la page des règles du forum, vous retrouvez sans surprise le contrôle a priori des messages des membres du forum. Peu de chances de voir le débat s’enflammer, ou même des sujets trop sensibles être mis en ligne (même pas besoin de censure, les internautes s’auto-censurent devant ce genre de fonctionnement – à quoi bon perdre son temps si le risque de ne pas être publié est trop grand, car rédiger, c’est du boulot, et je m’y connais).

Conclusion

Sauf à être sûr de leur force, de leur discours, de leur passé, les politiques n’ont pas forcément le choix de l’ouverture (ça demande aussi un climat démocratique sain que de laisser la parole à tous sur son propre espace politique).
En ce sens, François BAROIS, Christian PALIX, et Marcel BOGI qui se souviennent de campagnes pas toujours au niveau politique où ils auraient pu le souhaiter (mais c’est aussi peut-être leurs responsabilités), éprouvent certainement de la méfiance envers des possibilités trop ouvertes, et même envers ces outils qu’aucun d’eux ne maîtrise, ni ne connaît pour tout dire vraiment: trop de rumeurs, trop de coups bas, trop de manipulations, trop de mesquineries et trop d’abus ont scellé leurs rivalités…
Souvenez-vous du site de campagne Palix/Bogi en 2008: pas de commentaires, c’était la seule équipe à n’avoir pas fait le choix d’un blog ou assimilé. Barois pour sa part pratiquait déjà le contrôle a priori (Maire candidat à sa réélection, il aurait surpris – favorablement – en agissant autrement). Pas étonnant qu’aujourd’hui leurs outils en ligne ressemblent plus à des médias, où il ne se passe et ne se passera pas grand-chose en termes de débat. Feu Bandol-forum est d’ailleurs mort en partie de cela: comité de lecture pour la publication des articles, mais également contrôle des commentaires en amont de leur publication: on a tué l’envie de participer.

Pour Palix et Bogi en 2008, au moins le choix était clair: on était dans le discours électoral, et leur site n’était ni plus ni moins qu’une plaquette de campagne électorale évolutive. C’est parfaitement acceptable, compréhensible, et proportionné aux moyens et connaissance de l’outil de leur équipe. J’aimerais que les politiques se mettent à faire vivre la démocratie en ligne et je crois que ce sera indispensable dans un futur dont je ne sais pas préciser à quel point il est proche. Mais plutôt qu’ouvrir un blog « à moitié », je préfère qu’on reconnaisse ses limites techniques culturelles ou de contexte voire de moyens, en ne publiant qu’un site standard.

J’imagine qu’il faudra probablement effacer tous les coups fourrés du passé en renouvelant à Bandol toutes les figures locales qui ont créé l’atmosphère politique actuelle pour qu’une nouvelle génération puisse adopter de nouvelles méthodes, de nouveaux outils, et un nouvel état d’esprit.

F.M. – Bandolais.fr





12 Commentaires

  • […] ne fais pas de morale, mais comme le laisse entendre F.M. dans son article ce matin, c’est par manque de cohérence, d’honnêteté, de confiance en soi que les […]

  • […] les ai critiqué dans cet article pour une pratique pas très glorieuse de la gestion des commentaires qu’ils m’assurent […]

  • […] : Madame, puisque chez moi les commentaires sont libres (contrairement à chez vous où ils sont modérés a priori), et qu’il semble que pour l’essentiel ce soit les commentaires qui vous aient gênés, […]

  • Le jour ou les poules auront des dents , les hommes politiques seront exempts de tout reproches et ils blogueront comme nous.
    Ou plutôt, non, ils reconnaitront leurs erreurs…Comme nous…
    Et ce n’est pas toujours facile.
    Excellent article.
    Bonne journée

  • Et ouais, le filtrage à priori, j’aime moyen. Ca ne participe aucunement à la libre discussion, et évidement, ça permets d’esquiver tout nécessité de se défendre d’une contre argumentation.

    Preuve en est, lorsque j’avais mis en place, en son temps, le blog du groupe Bandol Avenir (liste C. Delaud) dont j’ai fait parti (et dont je reste malgré la distance), l’unique sécurité mise en place était le filtrage du premier commentaire (pour éviter les robots publicitaires). J’y avais même implémenté des forums.
    Je sais pas, mais j’arrive pas a concevoir une posture braquée contre les commentaires, c’est se rendre obtus, ou c’est manquer d’assurance devant ses propres idées… L’unique chose que je peux comprendre c’est éventuellement le manque de maitrise de l’outil et d’avoir peur que ça échappe de son contrôle… pourtant, c’est à la portée des pré-Génération Y! 🙂

    Après, le public n’était pas encore près pour utiliser ce nouveau média à l’époque, mais ça, c’est une autre histoire, et Fred, t’as largement amorcé la pompe depuis!

  • C’est vrai que chez moi aussi, lorsque je reçois un premier message d’un nouveau blogueur, il est systématiquement mis en attente de modération.
    En effet, on peut faire un commentaire en mettant une adresse mail bidon.
    Dans ce cas, je fais un contrôle pour savoir si cette adresse mail existe bien, dans le cas contraire je ne publie pas le commentaire sans avoir demandé au blogueur de se présenter.
    Le cas s’est produit récemment avec un blogueur qui se nommait : Simon Cussonnait…

  • @CV: ouais, c’est l’unique sécurité « technique » que 9 blogs sur 10 utilisent

  • Janine Sauter-Gilli

    Je viens de prendre connaissance de votre article et je me permets de vous poser une question: avant de l’écrire, avez-vous vérifié les informations que vous diffusez ? Je n’ose le croire. Il me semble pourtant qu’il est assez facile de voir s’il y a ou non instantanéité de la publication d’un commentaire.
    Contrairement à ce que vous affirmez, le blog Bandol pour tous n’exerce aucun contrôle à priori sur les commentaires que lui envoient les internautes. Il n’a d’ailleurs pas été configuré pour cela, ce qui dénote un esprit d’ouverture et la recherche d’ « un climat démocratique sain » pour reprendre vos propres paroles… D’ailleurs, vous avez pu constater que parmi les commentaires publiés, certains étaient plus qu’hostiles. Aucune censure, donc, aucune volonté de contrôle, si ce n’est celle que vous-même pourriez exercer concernant les propos racistes ou injurieux. (nous n’avons eu à le faire qu’une seule fois en 2 ans et demi).
    Vos mises en garde et vos commentaires à notre sujet sont sans objet et mal venus.
    A ce propos, que voulez-vous dire par « Barois pour sa part pratiquait déjà le contrôle à priori »? A quels faits faites-vous allusion?

  • @ Janine Sauter-Gilli
    Aïe, j’ai travaillé de mémoire, et n’ai pas refait le test chez vous au moment de la publication de l’article.
    Si j’ai fait erreur, j’en suis désolé et vais de ce pas publier les correctifs qui s’imposent, mais il m’avait bien semblé observer sur « Bandol pour tous » un temps de latence entre envoi des commentaires et publication (au moins dans les débuts du blog – j’envoie une demande de confirmation à Laetitia QUILICI qui gérait votre blog à cette époque). J’ai également en tête des commentaires qui faisaient état de problème de diffusion des commentaires chez vous, mais j’ai pu confondre un souci technique et un contrôle a priori.

    Je le regrette d’autant plus que cet article a été inspiré principalement par « Bandol en @ction », qui a tardé plus de 36H pour valider un de mes commentaires qui n’en méritait pas tant, et dans l’énervement et la précipitation précipitation, j’ai pu commettre l’erreur que vous me reprochez.
    Je vous prie d’accepter mes excuses pour cet impair, et vous prie de m’indiquer tout moyen complémentaire que vous souhaiteriez me voir appliquer pour corriger et que je tenterai de mettre en oeuvre dans la mesure de mes possibilités.

  • @ Janine Sauter-Gilli
    Ce que je voulais dire par par « Barois pour sa part pratiquait déjà le contrôle à priori »?, se réfère à son site de campagne électorale.

    En 2008, Barois.fr appliquait en effet le contrôle a priori des commentaires, comme je l’écrivais déjà à l’époque (et cette fois pas d’erreur), ce qui a facilité ma confusion pour le blog actuel de votre groupe, sans l’excuser…

    Voir la seconde partie de l’article très long de l’époque:
    http://www.bandolais.fr/2008/01/barois-fr-face-aux-sites-de-ses-concurrents.html

  • Janine Sauter-Gilli

    Monsieur Metey,
    Nous prenons acte de vos excuses suite à votre erreur. Qui n’en fait pas? Le tout est d’avoir rectifié, comme vous l’avez fait immédiatement, car votre article nous portait préjudice. On hésite en effet à s’exprimer quand on sait qu’on va être censuré. Nous interviendrons sur notre blog pour réaffirmer l’absence de censure.
    Ceci dit, le blog n’a pas été reconfiguré quand Laetitia a passé la main. Nous avons eu effectivement quelques soucis avec la publication de certains commentaires et il s’est avéré que cela concernait uniquement les internautes qui utilisaient internet explorer, dont moi-même. Overblog a réglé le problème très rapidement quand nous l’avons identifié.
    Le sujet que vous abordez est intéressant, et pourrait faire l’objet d’un débat, mardi soir par exemple.
    On peut en effet s’interroger sur la distinction faite entre « blog citoyen » et « blog politique » et sur ce qui les différencie. Il n’est pas sûr que ce soit le contrôle à priori, puisque nous n’en avons pas et que certains blogs utilisent apparemment par précaution « une mise en attente de modération » – j’adore l’expression – dans certains cas.
    Comme on peut s’interroger sur la diférence entre « citoyen » et « politique »…

  • la différence entre citoyen et politique , vraie question philosophique . j’aime a dire que les politiques ne sont que des citoyens au sens plébéien du terme , et que souvent ils l’oublient un peu , ce qui les éloignent tres rapidement …des citoyens !