La perplexité du citoyen à Bandol

Hier soir, une fois les résultats connus à Bandol, avant même les résultats officiels, certains pouvaient avoir envie de pleurer ou de faire la fête, c’est selon. Pour les autres, il y aura une certaine indifférence, mais pour beaucoup, il restera un mélange d’espoir, de désillusion, et de perplexité.

Commençons par un motif de réjouissance : alors que la semaine d’entre deux tours aura été le reflet assez exact de ce que le citoyen lambda ne voudrait plus voir en politique, avec son lot de ragots, rumeurs, et même de calomnies, la journée de dimanche s’est passée et terminée assez proprement, sans éclats de voix ni règlements de comptes entre esprits échauffés. Ouf ! La moyenne d’âge de Bandol y est sans doute pour quelque chose, mais le jour du vote est respecté dans son rituel démocratique, et ce second tour aura rassemblé bien du monde dans la cour de l’école Octave Maurel pour vivre en direct le dépouillement de nos bulletins.
Dans une toute petite ville, ce moment particulier du choix d’un maire par la population est un instant d’importance, et j’ai même croisé des bandolais récents (plus récents que moi, c’est dire) venus vivre au plus près ce RV qui n’a lieu que tous les 6 ans (et je salue au passage ces lecteurs qui m’ont fait l’honneur de m’arrêter pour me dire le plaisir qu’ils avaient eu à découvrir la ville aussi à travers mon blog).

Boire le calice : jusqu’où

J’avoue qu’après une semaine affligeante, je commençais même à abandonner l’idée d’un pot pour fermer le blog avec ceux d’entre vous qui souhaitaient l’arroser amicalement, tant les dérapages de la semaine passée me font craindre que des traces durables perdurent dans les relations entre les habitués de ce blog ou des rencontres du web bandolais, éparpillés sur une bonne part des listes engagées le 23 mars, comme colistiers sympathisants ou soutiens.

Mais je dois reconnaître qu’à Bandol, le vote s’est bien passé, là où d’autres villes nous auraient fait vivre des scénarios noirs, avec réclamations, bourrages d’urnes, histoires de chaussettes, etc. Ca existe en France, et Bandol échappe à cet horrible travers de la guerre extrême. Il y a eu des dérapages, et il faut se réjouir de ne pas avoir bu le calice jusqu’à la lie. C’est un motif de réjouissance assez mince, mais qui doit faire espérer dans l’avenir : à Bandol on sait suffisamment se tenir pour que l’amélioration des pratiques démocratiques reste possible.

Comme en 2008, je reste en revanche perplexe devant une foule qui hue le sortant, battu. J’ai toujours eu peur de la foule. Ca confine même à la phobie chez moi, l’agoraphobie peut me conduire jusqu’au malaise physique.
Moi je rêve d’un monde où comme à la fin d’un match de tennis, les deux adversaires se serrent la main. Encore faut-il que les conditions du match permettent de le faire avec sincérité. La vidéo que j’ai vue de la proclamation des résultats montre le maire sortant qui quitte la salle en ignorant les vainqueurs, et les huées gonfler. Désagréable frisson.

Assumer le rôle d’opposition

C’est ensuite Var Matin qui d’une brève nous apprend que le conseil municipal aura démissionné dès demain, et que Christian Palix ne siègerait pas dans l’opposition…  Permettez-moi de resaluer la correction de son prédécesseur François Barois (que je n’ai pas ménagé en son temps), qui aura défendu son bilan et ses électeurs, malgré l’inconfort de la position, en siégeant 6 ans durant dans l’opposition municipale.

Mon ami Christian Delaud engagé sur la liste du sortant raillait cette semaine la liste Joseph/Quilici, assurant que peu d’entre eux accepteraient de siéger une fois battus : nous savons déjà que Christian Palix ne se donnera pas cette peine, et il reste à voir combien d’autres dans la tête de sa liste joueront le nécessaire rôle démocratique d’opposition municipale à la nouvelle majorité.

  • Comme citoyen j’invite Christian Delaud à honorer ce rôle (il est 5ème de la liste et fait donc partie des élus d’opposition au conseil municipal de Bandol pour le mandat 2014-2020). Je sais que Bandol y gagnerait un conseiller impliqué et qui travaille ses dossiers (c’est déjà beaucoup mieux que la moyenne connue à ce jour).
  • Comme ami je l’invite à profiter des nombreux projets dont il m’a parlé, car de toutes façons, son crédit politique a été laminé à Bandol doublement : il s’est fourvoyé en soutenant le maire sortant qui n’a pas été à la hauteur de son rôle institutionnel (et est rejeté par les bandolais d’abord pour ce motif selon mon analyse) et le brouillage né de sa participation à une liste UMP, qui a choqué une partie des électeurs de gauche, et a en plus été instrumentalisé (d’une façon que je réprouve) rendront sa parole inaudible. Autrefois forte et respectée par une bonne part des bandolais et même des élus de tous bords, je crains qu’elle ne porte plus. Je préfère le savoir engagé dans ses projets personnels et familiaux, qu’à subir une épreuve de 6 ans qui aura moins de sens que par le passé. De plus son choix pour 2014 prouve qu’il est en décalage avec la population et qu’il a méconnu le divorce latent entre elle et le maire, et plus grave à  mon avis, les raisons de ce rejet (ce qui le range selon moi dans la catégorie des hommes politiques formés à l’école du passé).

C’est une injonction paradoxale j’en conviens, mais c’est à lui que revient cette décision, en espérant qu’il y associe son entourage le plus proche (qui subit toujours nos activités et engagements publics) : après le temps politique, vient le temps de l’humain… Je regrette de devoir lui passer ce message public a posteriori, mais les circonstances m’ont empêché de le faire comme prévu avant le premier tour (j’ai été un peu trop absent de Bandol et occupé à d’autres sujets en mars), et le déroulement de la semaine d’entre deux tours m’a conduit à avorter plusieurs articles*.

Après la campagne et l’élection, retour à la réalité

Depuis des mois, voire un an ou plus pour certains, la vie politique était dominée par le militantisme. C’est la règle dans nos démocraties à l’approche d’une élection.
Dans ma famille, je n’ai jamais vu personne faire la fête, même quand le résultat d’un scrutin était conforme aux votes exprimés. Sans doute parce que la fibre militante n’y était pas, et qu’en simples citoyens, on sait que le plus dur reste toujours à faire. Si l’orientation donnée par les urnes est jugée bonne, il faut encore que les responsables soient à la hauteur, et transforment au moins une partie des espoirs placés en eux, en réalité. Or souvent le chemin est « montant, sablonneux, malaisé, et de tous les côtés au soleil exposé » pour reprendre une célèbre fable de La Fontaine qu’affectionne un de mes amis, et que mes détracteurs auront plaisir à citer pour parler de mon blog.
L’électeur de base, le citoyen qui n’attend rien pour lui de ce nouveau mandat, mais espère que le bien public sera géré conformément à l’idée qu’il se fait de l’intérêt général, ce citoyen là sait qu’il devra attendre la fin des 6 prochaines années pour savoir si le choix a été bon, et se reposer la question du vote, ou peut-être de l’engagement si les circonstances lui permettent de prendre sa part et une participation dans l’action publique.

A ce citoyen, perplexe, dubitatif, optimiste ou désabusé, je m’associe volontiers ce soir, car à l’heure où Bandol va écrire une nouvelle page, je sais qu’il est majoritaire, et n’était pas présent à l’annonce des résultats. Il ne lit d’ailleurs probablement pas les blogs, n’attend pas de miracle. Et j’espère que les nouveaux décideurs penseront d’abord à lui tout au long de ces 6 ans.

 F.M. – www.bandolais.fr
Crédit photo : Nathalie Caune

* celui que je voulais consacrer à Christian Delaud, un autre sur la question de la prime au sortant et en particulier son utilisation par Christian Palix, un autre sur le dossier des bornes bluetooth (et des outils technologiques).





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6 Commentaires

  • Palix battu ça me parait une excellente chose mais il ne faut pas oublier les 2300 bulletins en sa faveur. Certes parmi ces voix il y a tous ceux qui ne connaissent que le respect de l’establishment, et tous ceux qui dépendent de la mairie et confondent ce qu’ils reçoivent de la commune avec ce qu’ils doivent au maire en place. N’empêche il n’y a pas 2300 incultes, il convient donc de respecter tout le monde.
    Je me réjouis que les arguments creux et fallacieux qu’on a pu lire ici n’ont pas fonctionné, je cite :
    « on ne va pas « encore » changer de maire »
    « chaque fois qu’ils se présentent à deux ils se disputent »
    « si ils créent des arrangements c’est de la magouille », etc.
    J’ai noté hier soir qu’au point de rendez-vous sur le port, il n’y a pas eu de triomphalisme excessif et je n’ai entendu aucun commentaire en direction du sortant. Ni vindicte ni irrespect. Il semble qu’il soit déjà plongé dans l’oubli.
    Reste que comme à chaque fois qu’un couple obtient la gouvernance municipale il se produit un phénomène institutionnel incontournable : il y aura un maire et un seul. Autant en prendre immédiatement son parti. J’en parle d’autant plus calmement que je soutenais les deux camps avec une légère préférence pour Laeticia. Mais c’est ainsi, les urnes ont parlé au premier tour autant qu’au second.
    C’est le maire qui endosse par a-priori toutes les responsabilités et qui publie sous son nom toutes les décisions, même celles prisent par d’autre et éventuellement contre son avis. C’est donc lui qui gouverne.
    Par contre, que la tête ait été bycéphale ou nom un maire peut et doit s’entourer des avis de tous et se ranger du côté du plus grand nombre (dans la plupart des cas) et non pas se renfermer progressivement dans sa tour d’ivoire. On a assisté à cet auto-isolement avec Palix et on espère que ce phénomène ne se produira pas avec Joseph.
    Je me souviens qu’à la fin de la première année avec Palix, j’avais écrit qu’il fallait éviter de tirer en permanence à boulets rouges sur le maire et qu’il valait mieux l’accompagner pour éviter d’aggraver le phénomène « tour d’ivoire ». Chacun a sa part de responsabilité dans ACcet isolement et en particulier des spécialistes de la « démolition psychologie » comme par exemple Mr Sauzet qui pendant 6 longues années à beaucoup perturbé les séances pour pas grand-chose de positif.
    On espère donc moins de testostérone et plus de résultats dans une France qui continue de s’enfoncer à raison de 5/6 milliards d’endettement par mois.

  • @ Patrick
    le fait qu’il n y ai aucune opposition ne te déranges pas ?

  • jean-charles.janicot

    DROLES D’ELECTIONS
    Un parti qui avant le premier tour perd déjà plus de 20% de ses colistiers et qui ne fait parler de lui qu’en première page du Var Matin
    Un Maire qui a tout fait pour empêcher que la réunion de sa liste opposée au 2ème tour n’ait lieu au théâtre Jules VERNES
    Un maire qui avait commencé sa mandature dans l’affabulation et qui le termine dans l’affabulation
    Un Socialiste qui colle des affiches pour l’UMP
    Un Maire battu qui démissionne et veut entrainer ses colistiers dans la même voie, sacrée gifle pour ceux qui ont voté pour lui
    Et voila que Monsieur BOGGI , 1er Adjoint est Maire pendant la période de transition .

  • salut Muriel,
    la nature a horreur du vide donc . . . 🙂

    si opposition il y a ce sera sur la manière de développer ou pas l’économie de la ville. Soit on va basculer écolo bobo et on va s’endormir pour 6 ans, soit on va basculer lobbys, soit on va étudier les vrais besoins des Bandolais en faisant fi des gens qui inventent des vrais faux besoins et arrivent avec des fausses bonnes réponses. C’est ce que les Bandolais ont rejeté en rejetant Palix et ses tapis rouges en direction des marchands de goudron, des re traiteurs de boues, des accapareurs de la mer (et du port) à titre privé, des inventeurs de maisons expérimentales, des marchands de lampadaires, etc. . .
    Je constate que L’UMP des lobbys s’est également ramassé à la Seyne sous la forme d’un maire Socialiste réélu tandis que Véolia souhaite transformer cette citée balnéaire en terril de boues toxiques, avec l’aide des Bandolais . . . nom mais j’te jure !
    C’est l’enjeu de la troisième voie, celle du centre et des gens sincères et honnêtes, pour Bandol mais aussi pour toute la France, y compris l’outre-mer qui croule également sous les mêmes structures de vraies fausses subventions qui ne sont qu’autant de pillage légal. cf chanel 5 + 7 + 13 + 19 . . .

    ————————–
    NDLR : je suppose qu’en parlant de « chanel » Patrick fait référence aux canaux de la TNT :
    5 : France5
    7 : Arte
    13 : LCP
    19 France Ô (Outre-mer)

  • @ Muriel : Il est à noter que l’opposant qui va donc être l’alternance ne siégeait pas au conseil municipal entre 2008 et 2014, mais a bien joué un rôle d’opposition en dehors de cette structure. Ca ne remplace pas une opposition élue au conseil loin s’en faut, mais ça montre qu’une opposition crédible et finalement choisie par les électeurs peut naître, agir, s’installer et incarner l’alternative à la majorité en place, depuis l’extérieur.

  • @ Fred

    il est exact que les nouvelles technologies et le désir de s’impliquer dans la vie de la commune peuvent jouer un rôle dans l’opposition.
    Toutes fois, je suis très surpris de ne pas voir au sein de l’équipe Palix des gens responsables, démocrates siéger par respect des plus de 2000 électeurs qui se sont déplacés pour leur apporter leurs suffrages.
    Ces électeurs méritent d’être représentés au sein de conseil municipal.
    En 2008 2 élus de l’équipe Barois avaient démissionnés, mais 2 autres les avaient remplacés.
    pour la démocratie, l’opposition doit siéger