Festival d’art lyrique de Bandol

Le Conseil Municipal de jeudi dernier a été l’occasion d’une confirmation : un festival d’art lyrique est bien en préparation pour l’été 2013 à Bandol comme s’en est fait l’écho Var Matin.

Deux points au minimum interpellent (et les conseillers municipaux d’opposition ont manifesté constructivement et collectivement un esprit critique qui contraste avec l’argumentation de la majorité) : 

1) en pleine saison, de l’art lyrique sur la place de la Liberté de Bandol, ou autour du kiosque à musique des allées Vivien?
On peut légitimement se demander si ce sont les conditions optimales pour offrir la qualité attendue dans ce genre de spectacle, et même si un tel événement est pertinent au coeur de la haute saison (c’est d’ailleurs un reproche qu’on faisait au M6 Live que d’attirer la foule a un moment où Bandol est sursaturé).
Dans la 2ème tranche vidéo de ce conseil municipal (images à partir de 12’30 »), on voit Mrs Bogi, Delaud, Decroix et Mlle Quilici s’émouvoir successivement d’un tel choix de date.  La réponse du maire et surtout de son adjointe (Mme Canevari), laisse pantois: c’est parce que la scène est déjà montée pour les spectacles d’août et que c’est moins cher que d’en relouer une spécialement pour une autre manifestation… Et puis ça correspond aux dates des artistes pressentis (traduction : qui ont démarché la mairie, même si on sera obligé de monter un appel d’offres, c’est la loi comme semble le déplorer Mme Canevari). On suppose au vu des échanges que l’appel d’offres sera rédigé de façon à ce que ceux avec qui on s’est mis d’accord soient au coeur de la réponse – ça en dit long sur la sincérité des appels d’offres. Les rédiger est un art, mais ce n’est pas un monopole des collectivités territoriales et j’ai eu l’occasion dans ma carrière, de voir ces pratiques dans le privé aussi… Hélas.

Hé, ho?! Notre préoccupation n’est pas d’offrir une scène et
un cachet aux tourneurs sur leurs dates restées libres...

L’intérêt de ce genre de manifestations est d’obtenir un effet positif pour la ville dans un rapprochement bénéfices/coûts:

  • notoriété, image/positionnement
  • taux de remplissage des capacités touristiques (hôtels, restaurants, chalands face aux commerces),
  • animation de la ville pour ses habitants et ses visiteurs.

Je me fous de savoir en préliminaire si le tourneur et ses artistes sont dispos en août. En août on est déjà au taquet. L’avis général (et pas seulement pendant ce conseil municipal) est que la ville doit faire un effort sur l’avant et l’après-saison, et pas mal de gens souhaitent voire Bandol requalifier qualitativement son positionnement (l’art lyrique véhicule en effet a priori une image élitiste alors là oui, pourquoi pas étudier ce projet?).

Donc arguer du coût logistique et de l’offre d’artistes avant de se poser la question des besoins de la ville est une renversement de l’approche marketing au bon sens du terme. Encore un peu et on montera la politique d’animations en fonction du planning RH des services techniques (moi j’aurais tendance à inverser les contraintes).

2) 55.000€ de budget, est-ce raisonnable?
Marcel BOGI trouve la dépense importante. Je penche plutôt du côté de Christian DELAUD qui a sorti sa calculette et qui pour 3 jours, 40 musiciens, un chef international et des solistes, est prêt à tirer son chapeau à l’adjointe aux affaires culturelles si elle respecte le si bas prévisionnel de cette manifestation.
Mais contrairement à Christian DELAUD, je ne tirerai pas mon chapeau. Ca me conforte dans l’idée qu’on est là pour boucher un trou dans le planning du promoteur artitisque qui fait l’offre. Il a probablement un spectacle quasi clefs en mains qui est au point mort en pleine saison sur quelques jours, et ma foi la première ville prête à lui acheter pour couvrir les frais qui courent lui rend service plutôt que de laisser la troupe désoeuvrée*.
M’est avis que pour ce prix-là on part pour un spectacle lyrique en 2013. On n’est pas en train d’installer dans la durée un festival avec une direction de la manifestation. Et que si on veut reconduire aux mêmes dates en 2014, on a toutes les chances de voir l’hypothèse Delaud se confirmer, et que ce ne seront plus du tout les mêmes conditions (pour peu que le tourneur ait vendu ses dates et/ou services ailleurs). Alors autant payer le prix juste sur des dates pertinentes tout de suite.

Acheter un prix, ou avoir une politique d’animation

Créer un festival n’est pas acheter un petit prix une année à un moment qui ne nous intéresse pas plus que cela (ou alors il fallait garder le M6 Live qui commençait à s’installer en termes de notoriété).
Partons du besoin d’animations pour la ville en tenant compte comme le Maire le faisait judicieusement remarquer, du fait que la gratuité suppose aussi qu’un maximum de bandolais (contribuables payeurs) puissent profiter de ce qu’ils financent (même si la délibération visait à obtenir financement de la région et du département – donc assiette de population contribuable plus large que Bandol comme le remarquait Mr Sagniez).
Ensuite faisons un appel d’offre qui réponde à ce besoin, et pas un appel d’offres qui n’a d’autre objectif que de se couvrir légalement comme le reprochait Mme Connat en fin de débat. L’étude préalable doit indiquer à quel niveau de coût nous sommes prêts à faire cet effort d’animation, et comme le disait Christian Delaud, sur ce type de formule, il faut se préparer à bien plus que 55.000€, et ce n’est ni choquant ni a priori aberrant.

Mme Canevari s’est vite défaussée pendant ce conseil sur le Maire qui n’en demandait pas tant, en arbitre du débat autour du projet (j’espérais que les délégations aux adjoints se faisaient sur la base de compétences – point de vue totalement théorique je vous l’accorde). On est à 6 mois du projet initial. Concertation, direction de la manifestation dans la durée, tout ça me paraît un pari hâtif en fin de mandat, et un assaisonnement du mot « festival » aussi fumeux que pour le concept de festival pyromélodique… Au moins le conseil aura-t-il engagé une vraie amorce de débat, révélant la supériorité de l’intelligence collective. C’est assez rare pour être souligné. Voyons comment il se poursuivra.

F.M. – www.bandolais.fr

C’est comme un hôtel qui aurait encore 10 chambres à minuit et 4 concurrents dans la même situation autour : vous pouvez vous attendre  à obtenir sans négocier le petit déjeuner gratuit et l’upgrade vers une suite pour le prix de la chambre, c’est son intérêt que de vous faire signer (alors que vous auriez peut-être intérêt à regarder les spécifications qui vous intéressent vous particulièrement (parking sous surveillance nocturne, chaînes TV dans votre langue, connexion wifi dans la chambre, etc. – parce que pour moi par exemple, une « suite » quand je suis seul en déplacement avec un bouquet de chaînes russes ou moldaves, bof).





8 Commentaires

  • Bravo pour votre article !

    avant tout parce qu’il prend position, ensuite car il est très pertinent.
    moi qui ne suis pas politiquement correct, je pense également qu’un festival en pleine saison est à minima débile!
    .Un festival de Jazz en juin un autre d’art lyrique en septembre .
    S’agissant de l’appel d’offre rien de nouveau c’est l’attitude habituelle de ce conseil municipal ! (à quand un « printemps Bandolais ») ?
    Vous tapez vraisemblablement dans le dur en évoquant l’achat d’une « négo » plutôt qu’un choix culturel.
    voila merci encore pour cette minute de lecture intelligente.

    PS à l’exception de Fred à qui je dois la politesse de l’hébergeur, merci de ne pas commenter mon commentaire je n’en ai rien à foutre!

  • Personne pour défendre le projet de la municipalité, par exemple en soulignant que pour ce type de manifestation, les dates choisies ont au moins l’avantage d’offrir une sorte de garantie météo statistiquement plus favorable que juin ou septembre?
    Ce n’est pas faux et conduira peut-être à se demander si les sites en plein air de Bandol sont le lieu pour un festival d’art lyrique si on maintient l’idée d’avant ou d’après-saison.

    Peut-on imaginer d’autres manifestations au positionnement qualitatif et s’accommodant mieux de notre terrain?
    Nos élus ont amorcé un débat. On l’alimente?

    @ James : c’est Mme Connat qui a la première le plus clairement exprimé ce qui transparaissait malgré les dénégations. L’appel d’offres vise à donner une forme respectueuse de la loi à une négociation engagée (on peut toujours imaginer que plusieurs réponses surgiront – LOL).

  • La date, le prix (rabais promotionnel de calendrier?)… Et les lieux , évoques au CM. Il s agit de lyrique…pas d un jazz-Band, de variétés…ou de jazz tout court. Un ténor entouré de violons place de la Liberté ou allées Vivien, voilà qui me laisse un peu dubitatif … S il s agit de compenser l environnement bruyant par nature à cette période a l aide d une méga sono… Sans commentaire . Et imaginez 40 musiciens place de la Liberté..
    Comme tout semble déjà décidé…nous verrons bien… Il risque d y avoir de l animation sur les blogs début août! La Castaphiore va faire des émules.

  • S’essayer à la construction d’un festival d’art lyrique pourquoi pas? Et bien sûr après 2 ou 3 expériences, si réussies, avoir la notoriété qui permet de choisir ou imposer ses jours… envisageable. S’imaginer que Juillet et Aout offrent toutes les garanties de réussite de spectacles en plein air, me renvoie quelques années en arrière, en Juillet en soirée, 14° de température pour un festival de théâtre ( pièces de Marcel Pagnol) en plein air. Me renvoie aussi au concert de DAVE, qui malgré une jambe dans le plâtre et abrité de la pluie par un parasol tendu par un volontaire a respecté son engagement de prestation devant un public clairsemé transi de froid et mouillé jusqu’aux os.
    Tout n’est pas facile et peut faire l’objet de critiques quelquefois fondées mais comment passer d’une clientèle en tong à la cellulite apparente tatouée habituée à la gratuité à un public correspond à la nostalgie de certains du Bandol des années 60? Peut-être par le découragement de fréquentation par des risques de spectacles.
    Alors, moi personnellement, j’attends, j’irais aux spectacles et je jugerai après.
    Et comme dirait un précédent intervenant à qui j’emprunterai la formule consacrée:
    « à l’exception de Fred à qui je dois la politesse de l’hébergeur, merci de ne pas commenter mon commentaire je » ……n’y répondrai pas

  • @ Jean Sarrat :
    pas de simplification excessive : je n’ai pas écrit que l’été offrait « toutes les garanties » mais « une sorte de garantie météo statistiquement plus favorable que juin ou septembre ».

    J’ai moi-même publié un article sur un feu d’artifice du 14 juillet annulé pour cause de vent fort et portant à terre, pour savoir que dans « aléa météo » il y a aléa… Mais ça n’empêche pas de réfléchir en termes de probabilités favorables ou plus incertaines.

  • Fred,
    Mon commentaire n’était pas une réponse adressée nominativement, simplement un commentaire d’ordre général sur la complexité du « machin » en règle générale avec cette interrogation sur le sujet pris d’un bout à l’autre.

  • Le Beausset Info

    Cette affaire de montage de festival un peu à la dernière minute, pour des motivations et des objectifs peu clairs, avec un budget peu élevé, mais pourtant avec des musiciens connus nous fait penser à une affaire du même type au Beausset: le festival Musico Beausset (voir l’article que nous avions consacré au sujet ici: http://www.lebeausset-info.fr/2009/06/18/festival-musico-beausset/Beausset) en 2009 pour la 1ère édition.

    Au bout de 2 éditions et face au refus de la municipalité du Beausset de financer ce festival (qui était privé et qui devait être autosuffisant) l’organisateur avait décidé de le stopper.

    Le schéma d’organisation est assez simple: un organisateur de spectacles propose d’organiser un festival en arguant de raisons « artistiques et culturelles » dans un village de l’arrière litoral moins en vue que les stations balnéaires du littoral. Il se propose même d’assurer le financement à 100% de l’événement grace à de généreux mécènes « qui ne demandent pourtant aucun retour d’image et souhaitent même rester dans l’anonymat pour ne pas subir l’assaut de sollicitations » , mais uniquement la 1ère année car en fait son objectif est d’obtenir des financements publics après le « succès » de la 1ère édition….
    Si vous ajoutez en plus, de multiples indices qui laissent à penser qu’il y a eu promesse de soutien et de financement public lors de la campagne électorale de 2008 par un ex-élu de la majorité qui a depuis été suspendu de son titre et de sa délégation, cela fait potentiellement une affaire de prise illégale d’intérêt…

  • Le programme proposé pour le festival du Beausset était alléchant… mais conduisait à poser toujours la même question: en plein mois de juillet avec tous les festivals qui parsèment la région…. est-ce le bon moment A noter que le groupe Prometheus 21 a été créé par … l’organisateur lui même (Wolf) (ce qui n’enlève rien à la qualité de plusieurs de ses membres renommés).

    Un festival qui par contre est une réussite, tant dans le créneau choisi (le quatuor) que pour la période, c’est celui du pays de Fayence, depuis 1989:

    http://quatuors-enpaysdefayence.com/