Du bon usage d’un budget communication municipale… et de la propagande

Voilà un article que j’ai écrit il y a longtemps, et que j’ai reporté jusqu’au jour où je serai trop fatigué pour en pondre un tout neuf. Ce jour est venu et l’article tombe un peu à froid, mais le fond du problème est intact…

 

J’ai critiqué Bandol Mag et le service communication dans un article, suivi de propositions sur l’évolution que je souhaitais pour ce service municipal.

En commentaires, j’ai débattu avec Goob dont les interventions dénotaient une tendance pro-Mairie qui s’est confirmée, en évoquant (à mon tort) les effectifs de ce service pour argumenter sur le fait qu’on devait pouvoir faire mieux à iso-périmètre de MOYENS (et non d’effectifs, pas si élevés mais qui se mélange aussi à de la sous-traitance ou externalisation de prestations).

Je veux compléter ici mon point de vue, et dire en quoi je suis irrité par certains choix de nos élus.

Par égard pour la responsable Comm qu’il m’a semblé avoir blessée par ces coups de griffes qui ne la visaient pas, je répète donc que cela concerne implicitement l’adjoint au Maire chargé de la communication (décisionnaire) et le Maire (responsable final).

Je tempère ces reproches par le fait que ces choix et pratiques sont ceux de la politique d’antan, et généralement répandu partout en France. Cela explique juste pourquoi une partie de la population, écoeurée par certaines façons, est fatiguée du personnel politique, et aspire à son renouvellement par des personnes plus en phase avec les temps qui viennent.

La génération des élus concernés qui n’a pas les réflexes de communication qui sont les miens (et ceux des générations qui suivent) explique aussi le retard qu’ils prennent par rapport aux solutions technologiques que j’évoquais pour booster économies et performances en communication. Je n’ai rien contre mes aînés. Mais dans certains domaines, sauf à être passionnés par le thème, ils ont souvent une limite de compétence ou de vision sur certains sujets.

Mais ce petit détail qui me choque (comme beaucoup de bandolais avec qui j’en ai parlé – dont une amie qui s’est exclamée « mes impôts servent à ça?! »), c’est:

  • recevoir un carton d’invitation pour les réunions de quartier, carton « glacé » et photo du Maire.
  • modification de date de réunion de quartier? Rebelote…
  • Voeux du Maire sur papier glacé cartonné toujours dans ma boîte à lettres alors qu’on m’a annoncé qu’il les présenterait publiquement, et que je suis à peu près certain de les retrouver dans le premier numéro de l’année de Bandol Mag
  • Made in TaïwanPetit cadeau sans véritable justification dans l’enveloppe avec les voeux du Maire
  • etc.


Pourquoi cela me choque ?

  • entre un carton d’invitation format carte postale en quadrichromie, et un banal courrier A4 sous enveloppe standard, la différence de coût peut atteindre 1/2 Euro (non?). Multipliez par 3894 ménages (chiffres de 1999 ayant depuis augmenté et vous obtenez près de 2000 euros (augmenté du 2ème tirage pour les quartiers dont la date de réunion a été modifiée). Or quel est mon bénéfice d’administré, sur le plan informatif, ou sur l’attractivité de la commune vis-à-vis de l’extérieur? Aucun. A qui profite le « crime »? Au Maire. Le bénéfice d’image est pour lui. Ca fait classe, ça fait riche, c’est élégant, et ça permet surtout de favoriser la reconnaissance de son image lors des prochaines campagnes électorales. Ca fait partie de ce qu’on appelle la « prime au Maire sortant ». L’opposition ne se fera pas payer d’outils de communication de ce type par la commune.
  • 2000 euros plus les rééditions, pas de quoi demander une réduction d’impôts générale me direz-vous. D’accord. Mais c’est peu ou prou un mois d’un salaire de base avec ses charges et coûts cachés (administratif et occupation de bureau, etc.). Dans une commune dont le taux de chômage des actifs excède de 25% la moyenne nationale, le chiffre me paraît soudain plus intéressant (et avec ma compagne qui cherche un emploi depuis près d’un an et avec des fins de mois particulièrement difficiles, j’avoue y être très sensible).
  • un mois de salaire, on va pas aller loin… Oui mais on recommence l’opération pour les cartes de voeux. Allez j’oublie les cartes de voeux: même à l’époque où 50% de la population au bas mot envoie ses voeux par sms et emails, ça se fait encore, je suis d’accord. Même moi je dois en envoyer quelques-unes aux moins connectés de la famille et des amis de mes parents (cette année j’ai pas pris le temps, toutes mes excuses). porte-clefs Voeux MaireMais le cadeau made in Taïwan, le gadget lààà, le porte-clef lumineux à l’esthétique discutable et à la fonction déjà assurée par mes innombrables porte-clefs publicitaires et souvenirs de voyages, combien de salaires potentiels il représente? Il vous a plu à vous ce cadeau? Oui? OK… Mais reconsidérez-le sous l’angle que je viens de présenter, en imaginant aussi combien seront à la poubelle dans la minute même (et dans 6 mois), et en pensant à votre neveu (vous savez, celui qui ne peut pas partir de chez ses parents parce qu’il n’aligne pas 2 fiches de paie d’affilée). Quel est votre bénéfice réel avec ce cadeau (voir le dessin de Jean Revolon ci-contre)? Quelle association aurait dû bénéficier d’une subvention utile, ou quel service municipal aurait pu s’étoffer d’un employé de plus, d’un temps partiel ou d’un saisonnier? Ce cadeau n’aura d’effet positif que sur la partie la moins éveillée de l’électorat, la plus naïve ou la moins formée à une pensée globale et critique, la plus vulnérable aussi (et là je pense à la plus âgée): et par effet positif, j’entends bien au bénéfice du Maire… pour un surcoût que j’évalue gentiment à plus ou moins 5000 euros sur ces seuls exemples. Je remarque au passage que quand le Maire fait campagne, les invitations à ses réunions publiques et autres visites à son QG mobile sont toujours sur papier glacé, mais plus du tout cartonné: le réflexe d’économie n’est pas le même quand il joue avec ses sous ou avec les miens…

Voilà pourquoi je considère que ces pratiques sont d’un autre âge, motivées par des considérations de politicien, et pas par le bien public dans la commune. Voilà pourquoi je peux m’autoriser le mot propagande (parce que dans Bandol Mag le Maire est aussi seul sans ses opposants – mais ça j’ai déjà dit que j’estimais que c’est de leur faute aussi, malgré leurs justifications qui ne me convainquent pas). Quand un budget communication sert à des fins qui sont si éloignées de mes aspirations (une véritable gestion ambitieuse et moderne de l’information des bandolais), et autant favorables à la bonne image de l’équipe en place, je me sens floué, au moins déçu par la qualité des décisionnaires. Que ça puisse être plaisant à réaliser, rigolo même, à mettre en oeuvre pour l’équipe du service communication, dont c’est la mission imposée que de soigner ce genre de détails, je l’admets, je le sais. Que l’emploi des ressources disponibles soit perdu pour d’autres usages, je le déplore. Et quand vous allez me dire que je vous enquiquine, car la médiathèque a coûté plusieurs millions d’euros, je vous répondrai qu’il faudrait chercher tous les mauvais usages de l’argent public dans la commune, dont je ne viens de citer que le plus petit mais aussi le plus criant, le plus visible, puisqu’il m’est servi à domicile…

Et je ne peux m’empêcher de repenser à la présentation du bilan du Maire, dans laquelle il se plaignait du coût exorbitant des pièces détachées des jeux d’enfants placés dans nos squares…

Ma première exigence d’administré, c’est que chaque euro dépensé par la Mairie le soit au service de la ville, aux conditions et à la rémunération du travail de ses employés, et au service des plus faibles de nos concitoyens. Ca vaut pour Bandol, et partout en France où ce principe est oublié. Que les candidats à la Mairie y pensent… pour le prochain mandat.

Aujourd’hui il est difficile d’en tenir rigueur au Maire actuel, car comme pourrait le dire Goob, il n’agit pas différemment de ses semblables partout en France. Mais le prochain Maire doit savoir que durant le mandat à venir, les citoyens qui peuvent aujourd’hui plus facilement exprimer leur désapprobation n’accepteront pas ces menus avantages qui constituent le fond de notoriété du Maire sortant, payé par nos deniers. J’exige de mes élus l’exemplarité. C’est bien de ça que parle cet article, et pas de cartes postales me conviant aux réunions de quartier.

F.M. – www.bandolais.fr





4 Commentaires

  • […] J’avais écrit un article sur le même thème contre François BAROIS alors qu’il briguait un second mandat de maire à Bandol en 2008. Toujours le thème de […]

  • Rebonsoir Fred
    Je viens de lire ton article et malgré mes 60 ans (et oui je rentre dans le 3ème age), tout comme toi qui es beaucoup plus jeune, je suis souvent choqué par tous ces papiers, ces publicités que je trouve dans ma boite aux lettres. Mais en interrogeant d’autres personnes, je constate que toutes ces annonces sont aussi appréciées.
    Certaines personnes aiment recevoir les voeux de leur Maire ou de leur Député (ils ne se déplacent pas tous salle Pagnol!!). Ceux qui s’y déplacent aiment le petit apéro de fin de soirée avec ses amuse-gueules.
    Mon père (92 ans) aime les dépliants de Champion, Super U ou Casino… annonçant les promotions.
    Il est évident que l’on pourrait faire des économies en supprimant tous ces papiers qui vont finir au recyclage (car les Bandolais sont de bons citoyens!!). Les supermarchés pourraient baisser leurs prix de quelques cents, mais les prospectus donnent du travail à une imprimerie, si elle est locale, elle peut embaucher un Bandolais et apporter des taxes professionnelles. On pourrait supprimer les apéros qui ne servent qu’à une centaine de personnes (toujours les mêmes!!). Mais là on touche à une certaine communication, une certaine convivialité auquelles une partie de la population est très attachée.
    Rien n’est facile, ni tout blanc ou tout noir!!
    Un example frappant est celui du ferroutage. Il serait tout à fait logique de transporter les camions sur une grande distance par train, mais alors combien de chauffeurs, de mécaniciens (moteur, carrosserie, pneumatique..)mettrait on au chomage? Et le manque à gagner sur les taxes des carburants? (des impots supplémentaires?) Et les péages d’autoroutes?
    Tu vois quel que soit le domaine que nous tentons de faire évoluer, nous ne pensons pas toujours aux conséquences néfastes. Nous ne voyons bien souvent que notre intéret et ce qui nous touche de près.
    C’est vrai, il faut faire des économies, mais sur le budget d’une ville comme Bandol, les voeux ou les invitations (même sur papier glacé) ne représentent pas un énorme pourcentage, et pas tous les habitants ne sont équipés d’internet!!
    gervais serge

  • @ Serge: relis-moi, j’ai dit que les voeux du Maire, pas de problème. C’est sur les signalement de réunions de quartier du Maire de qualité bien supérieures aux prospectus du candidat que je trouve à redire puisque ce sont ses prospectus avant l’heure (payés par nous). Et sur le petit cadeau made in Taïwan qui n’aura pas fait travailler beaucoup de monde à Bandol…
    Mais le prochain Maire peut envoyer ses voeux, je ne me fâcherai pas, promis.
    Il n’empêche qu’avec le raisonnement que tu me tiens (ça fait des emplois chez nous), on continue à ne pas ferrouter (ce qui est une aberration écologique, humaine et économique), on continue à vendre des mines antipersonnelles, et on continue à mettre dans les rayons de nos supermarchés des produits qui contiennent plus d’emballages que de marchandise à consommer. On ne peut pas justifier l’emploi par des aberrations intellectuelles qui sur le long terme nous conduisent droit dans le mur. Je reconnais que ces révolutions dans nos habitudes sont violentes pour les individus pris au milieu du phénomène. Ce fût vrai avec la révolution industrielle, ce fût vrai avec l’avènement de l’informatique, mais personne ne songe plus à mettre une secrétaire derrière chaque cadre moyen ou supérieur: il se démerde avec son PC, et je te garantis que les secrétaires des années 70 font aujourd’hui autre chose comme travail… Les tâches à accomplir ne manquent pas, c’est la volonté. Et en ce sens relis mon article et tu verras que j’appelle des changements qui seront l’évidence dans pas si longtemps. D’autant que contrairement à ce sur quoi tu termines, je ne demande pas à ce que les réunions de quartier soient annoncées que sur Internet. Je demande juste à les recevoir dans un format économique qui ne serve pas à faire la publicité du Maire pour dans trois cinq ou six ans quand il sera à nouveau candidat… C’est tout. Notre pognon doit servir à de meilleurs usages.

  • Une communication modeste, voire économe