Casino de Bandol: les points escamotés du débat

casino-bandolAu travers des articles liés au Casino de Bandol, il s’est trouvé, en privé,  quelques lecteurs pour trouver bien présomptueux de la part d’un blogueur, d’un simple citoyen, de dire qu’il veut « trancher » son opinion dans ce dossier. Ce n’est pas faux, surtout s’il s’agissait de prétendre décider ou proclamer seul une solution, et sans légitimité particulière.

Pourtant l’objectif est juste d’agir en citoyen éclairé. Un jour, comme électeur, il faudra que je juge l’action des responsables qui auront été en charge de cette affaire du Casino: par mon bulletin de vote, il faudra que j’apporte ma part de sanction positive ou négative à l’action municipale des élus. J’aimerais le faire avec un minimum de compréhension. Quant aux plus compétents d’entre nous, ils peuvent prétendre vouloir encore influer sur l’avenir de ce vaste projet.

Mais de mon point de vue, pour parvenir à une opinion concernant le transfert du Casino, il manque de l’information aux bandolais, car la transparence n’a pas été la règle depuis 10 ans que le Casino est au coeur des grands enjeux politiques de  Bandol. Voici les points qui continuent de me laisser interrogatif:

  1. l’aspect architectural, patrimonial, a été évacué du débat.
    Si les critiques se déchaînent à l’heure où ce dossier fournit matière à alimenter l’ébullition politique bandolaise, la préoccupation que certains ont manifesté concernant ce bâtiment « Art Nouveau » emblématique de la vocation balnéaire de Bandol au XXème siècle, n’est pas reprise dans le débat actuel (elle n’avait d’ailleurs hélas pas suscité de réaction à l’époque). Si ce blog a repris la rumeur d’un « classement » de la façade (qui en fait n’est pas protégée), que va-t-il advenir de cet édifice déjà défiguré (incendies destructeurs, etc.) et que certains condamnent (rénovation irréaliste?)?
  2. Corollaire du point précédent: quand va-t-on nous préciser les projets d’avenir réservés à cet emplacement exceptionnel qu’est le site du Casino actuel? Difficile d’accepter le transfert sans lier le sort de ce terrain particulier.
  3. Christian DELAUD indiquait avoir fait des propositions qui paraissent sensées pour permettre une rénovation du Casino.
    Il mentionnait un chiffrage de 700.000€ pour rénover le Soukana sur Bendor (plus aménagements spécifiques) afin d’accueillir les activités du Casino pendant 3 ans pendant la rénovation du bâtiment historique. Sans qu’il connaisse les chiffres de la gratuité de la navette pour Bendor, ni le coût de la rénovation du fameux édifice, il précise que la municipalité a procédé à un chiffrage global qui est trop élevé: il admet que l’enveloppe globale soit déclarée trop chère par la Mairie…
    Personnellement je n’ai pas ici les moyens de dire s’il a raison d’accepter ce verdict:
    – qui a fait cette étude chiffrée (remise en état du Soukana + navette gratuite + rénovation du Casino)?
    – quel crédit accorder à cette étude (par exemple, si c’est le même cabinet qui a fait l’audit du mandat Barois, avec un audit comportant une erreur d’un million d’euros, rien que ça, autant dire que l’étude n’a pratiquement aucune valeur)?
    – quel est le coût global de cette opération? Trop cher, c’est combien?
    – le coût de cette opération est à mettre en relation avec le coût du transfert: près de 20 millions d’euros, dont je suis sûr que Partouche a blindé son contrat pour qu’une clause quelque part lui permette de trouver un prétexte dans les années qui viennent pour faire supporter une partie du coût par la ville: reste à savoir combien cela nous coûtera (un, deux, quatre millions d’euros, ou plus?)? Les juristes d’un groupe casinotier sont – je le crains – spécialistes de ce genre de négociations foncières, plus que ceux d’une petite ville…
  4. Qu’est-ce qui empêche de rénover le Casino? On le dit condamné. Il ne l’était pas quand François BAROIS négociait avec Partouche sous le mandat précédent, pour un renouvellement sur le site actuel… Où sont les études? La transparence est nécessaire pour qu’on puisse juger grâce au regard de quelques citoyens qui ont une expertise dans les domaines d’ingénierie, avec une approche contradictoire, indépendante.
  5. On met en avant l’impossibilité d’un déménagement temporaire du Casino, pour justifier son transfert. Qu’est-ce qui empêche un phasage? Ce bâtiment comporte des parties inoccupées: pourquoi ne peut-on pas transférer certaines activités dans ces parties vides, et faire tourner l’occupation des pièces pendant chaque phase de rénovation?

Le débat ces derniers temps a largement porté sur le futur terrain, celui du stade des grands-ponts. Les critiques contre ce terrain sont telles que toute utilisation future pourrait même être condamnée, Casino ou pas… C’est maintenant une question d’experts, qui est suivie par le représentant de l’Etat, le Préfet, et qui imposera des contraintes qui n’ont a priori pas toutes été anticipées (hydrauliques notamment).

Sur les autres questions listées, je me sens capable de comprendre les réponses, grâce à d’autres citoyens avec du temps et de l’expertise pouvant faire le travail d’analyse critique et d’explication. Mais tout se passe comme si on ne voulait surtout pas informer l’électeur, en se contentant de lui servir un résumé orienté contre les adversaires et/ou critiques politiques. L’opposition n’a accès que difficilement à la plupart des dossiers, et même dans la majorité, si on en croit les dissidents, il est très compliqué de savoir ce qui se décide en petit comité au sommet. Alors les citoyens, leur degré d’information…

Je comprends qu’une part de confidentialité soit applicable à ce genre de projets, en particulier lorsqu’ils impliquent un volet de négociation avec des entreprises qui ont une certaine position de force. Mais de là à aboutir à l’opacité totale (pendant une ou plusieurs décennies) d’un dossier majeur, sur lequel il faudra émettre une opinion fondamentale pour voter aux échéances électorales, au point que ce que nous dira chaque camp sera un résumé tenant sur une feuille A4 ou moins, il y a un fossé qui me paraît aberrant dans une démocratie aussi avancée que la nôtre.

F.M. – Bandolais.fr





Article précédent : (par M. Siffre) Péage de Bandol

2 Commentaires

  • @Fred,
    Ton analyse, tes questions vont droit au cœur de la cible. Je partage tout à fait ton raisonnement bien construit et qui pose toutes, mais toutes les vraies et bonnes questions. J’ai beaucoup de plaisir à parcourir le déroulement de ton exposé qui a, à mes yeux, le mérite de parler de ce problème du Casino avec toutes les ramifications qui s’y rattachent.

  • De bonnes questions… de mauvaises réponses…

    D’une manière générale l’architecture de Bandol est assez pauvre et pratiquement absente des tendances des années 1920/1930.
    A part deux exemples assez nets qui sont la villa « Zouzou » et le Casino Municipal…rien!
    (Il est d’ailleurs à noter que ces deux bâtiments ont été plus ou moins modifié au cours des années).
    Quel maire ou élu prendra la responsabilité, vis à vis des bandolais ou des générations futures d’amputer le patrimoine architectural de Bandol et ainsi à son image?
    Les problèmes politiques ou budgétaires ne sont-ils pas secondaires en la matière?

    Merci pour cet article très intéressant.

    Ph.Coulon