Bloguer, c’est prendre la parole, et des risques

Je ne sais pas pour quel article Christian VIALA (vraisemblablement comme "éditeur" de son blog) et Arnaud HAAS (Président de l'Association des commerçants de Bandol 'Bandol Evolution" – probablement en tant qu'auteur d'un article ou commentaire, puisqu'il y écrit régulièrement) sont convoqués par la police suite à une plainte.
Mais en tant que "prosélyte" du "blogging citoyen", je ne peux pas apprendre la nouvelle sans commenter quelques points:…/…


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  • bloguer, c'est prendre la parole, publiquement, et en se soumettant non seulement aux critiques mais aussi à quelques règles (globalement c'est le droit relatif aux activités de presse qui s'applique). C'est forcément une prise de risque, et quelles que soient les suites qui entoureront cette plainte, Christian est probablement le premier bandolais à en faire l'expérience (en dehors des procès que se font les politiques locaux entre eux pour des propos ou tracts de campagne, voire des trucs balancés un peu trop légèrement pendant les conseils municpaux).
  • ne connaissant pas l'article visé, je ne sais pas si la plainte est justifiée (haute probabilité que le motif soit l'injure publique, ou la diffamation, les deux causes majeures d'attaques contre des blogs): mais c'est l'occasion de rappeler qu'on peut être attaqué en justice de façon légitime, mais aussi de façon tactique. On en saura plus quand Christian révélera (ou pas) les détails de cette affaire, mais c'est une pratique courante de la part des pots de fer de traîner en justice les pots de terre pour les faire taire (de façon plus ou moins légitime). Classiquement, c'est ce qui se passe très souvent quand des mairies attaquent des blogueurs (procès intenté et financé par la ville contre une défense assurée par un particulier sur ses fonds personnels: parfois, ça réussit à calmer certains blogueurs, pas forcément pour le bien de la démocratie). Jusqu'ici je me suis félicité de voir que nos politiques étaient assez démocrates pour subir mon propre blog sans tomber dans ce travers profondément malsain.
  • j'ai créé les rencontres du web bandolais il y a deux ans de ça, pour que ceux qui voudraient se lancer puissent échanger avec des gens plus expérimentés (comme blogueurs ou connaisseurs d'internet). Christian qui confesse régulièrement des maladresses de débutant (qui m'ont plusieurs fois fait tiquer) démontre à son corps défendant que la pratique du blogging n'est pas sans risques, et qu'il faut probablement peser chaque jour les mots et sujets que l'on met en ligne (et encore faudrait-il assumer de pouvoir être convoqué, mais vite relaxé aussi, pour des commentaires laissés par ses lecteurs): je recommande à tous ceux qui sont tentés par l'aventure de bien se familiariser avec le sujet, de s'autoriser une période d'apprentissage faite de moultes lectures. Ce n'est pas une garantie pour autant, et la même mésaventure peut tout à fait m'arriver demain, malgré mes 5 ans au compteur avec 3 blogs (dont 2 et 1/2 de blog citoyen), mes 16 ans d'internet et mon activité professionnelle dans le domaine: mésaventure méritée ou pas, on ne le saura (peut-être) qu'après que des juges se soient prononcés…
  • sans vouloir réfréner vos envies de participation, j'ajoute que les commentateurs sont soumis aux mêmes règles que les blogueurs, pour les propos qu'ils publient en ligne: le sens de la mesure ne concerne pas que le maître des lieux de chaque site web. Et ne pas oublier que lorsqu'on en arrive à ce degré de relations (plainte déposée), un commentaire fait sous pseudo ou sous un anonymat volontaire et poussé ne restera que rarement anonyme pour la justice: se croire protégé par son écran ou internet, et en profiter pour se défouler est une attitude juridiquement kamikaze.
  • enfin, il va de soi que je proposerai de discuter du cadre juridique qui entoure tout cela lors de la prochaine session des rencontres du web bandolais mardi 20 avril: je ne doute pas que l'épisode en cours stimulera l'intérêt de beaucoup de lecteurs de nos blogs qui voudront comprendre le cadre dans lequel nous évoluons (même si je ne suis pas juriste, j'ai d'assez bonnes notions du régime qui s'applique, et suis les affaires du même genre sur tout le territoire national): avis à tous ceux qui ont cette connaissance pour venir la partager avec nous dans 10 jours.
  • dernier point, Christian évoque sa possible incarcération. Je voudrais rassurer tout le monde: on est très, très loin d'en être là… Et la justice ne fait pas fermer un blog comme le sien pour une plainte sur un article. Mais ce n'est pas la première fois qu'il nous annonce la fin de son jeune blog: l'emphase de l'écriture, sans doute.

Frédéric METEY
www.bandolais.fr

PS: vous comprendrez mieux pourquoi on vous demande parfois des compléments d'information avant de publier les articles que vous nous proposez aux uns ou aux autres (identité, source, droits de reproduction d'illustrations, etc.)… Si c'est un article d'Arnaud HAAS qui est en cause, et en imaginant que Christian VIALA ne soit pas d'accord avec tout son contenu, il en serait quand même juridiquement presque "co-auteur" par son choix de publier qui se définit par le rôle d'éditeur.
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2 Commentaires

  • ce n’est pas la peine d’en faire toute une histoire puisque le principal intéressé ne nous en dit pas plus
    soit il ne dit rien, soit il expose le problème
    La montagne risque fort d’accoucher d’une souris

  • Jean-Charles,
    il ne s’agit pas d’en faire toute une histoire, mais juste un peu de pédagogie autour de ces questions. Indépendamment du cas concret, l’occasion était immanquable de parler du contexte juridique et judiciaire qui ne doit pas être ignoré par ceux qui s’intéressent à l’expression en ligne.