Bataille de chiffres

  • Publié le 22 Fév 2008
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  • HumeurPolitique

Un truc énervant pour l’électeur lambda, c’est la présentation des chiffres par différents camps sur un même sujet. Jamais les mêmes données. Et comme on les réunit pas avec un arbitre au tableau noir, c’est « que chacun se démerde avec la soupe des uns et des autres ». Fatiguant, et en plus ça nous oblige à nous pencher dessus, ces fameux chiffres.
Maison Du DebatPrenons un cas exemplaire, la médiathèque:

– si j’écoute les partisans du Maire, on me dit qu’elle a coûté aux bandolais 3 millions d’euros, empruntés sur 25 ans. C’est pas cher pour ce que c’est. Objectivement.

– si j’écoute le Dr Palix, elle nous a coûté 15 millions d’euros au bas mot, plutôt seize, et encore, on n’a peut-être pas compté tous les aménagements intérieurs (fichtre, avais-je tant besoin d’une médiathèque), et rien qu’avec les dépassements budgétaires on en est déjà à 18 millions (total des coûts de construction confirmés par une autre équipe concurrente, celle de Christian Delaud).

J’sais pas pour vous, mais moi j’intuitionne que le vrai prix il est quelque part entre ces deux présentations, et il faut distinguer le coût de l’ouvrage de son coût pour les habitants, nuance dont les camps adverses jouent habilement.

Partons donc du plan de financement. Disponible dans Bandol Mag n°21 de Mars 2006, en page 7 comme on me l’a rappelé. Là on constate que sur les 16 millions du total, une bonne partie est subventionnée par le Conseil Général du Var, la Région PACA, et tout ça, des trucs qu’on aime bien parce qu’on en paye un bout avec nos impôts, mais les voisins de Bandol et même ceux qui sont un peu plus loin en ont payé un bout aussi… C’est très bon pour le moral du contribuable. Mais allons au bout:…/…

…/…

– en fait y’a 4 millions (autofinancement) qui étaient en caisse(!) qui ont servi à payer un bout directement, comme ça, cash, sur la table (pas en dessous de table, me faîtes pas dire des trucs).

Ca se fait: dans le commerce on appelle ça un acompte, enfin un truc pour montrer que c’est du sérieux, qu’on va aller au bout des travaux, qu’on s’engage quoi. Ca fait déjà 4 millions qui était dans la cagnotte de Bandol qui n’y sont plus. Chez les amis du Maire on me dit que c’est indolore (pas de pression fiscale supplémentaire) puisque l’argent était déjà là. OK, mais ça aurait pu servir à autre chose (crèche? pourquoi toutes les copines elles portent leurs moutards à Sanary?), que si je veux le faire aujourd’hui je devrai le payer en plus… N’importe quel père de famille vous dira que s’il vide le compte épargne vacances pour payer la voiture, ça lui fera pas d’effort pour régler la facture du carrosse, mais qu’il va soit pas prendre de vacances, soit en sentir passer l’addition de ces fameuses vacances (faudra faire un effort d’épargne ou un crédit supplémentaire qu’il n’aurait pas eu à faire s’il avait pas cassé la voiture ou pas décidé qu’il avait besoin d’une voiture).

– y’a 3 autres millions qui sont empruntés. Allez, je fais simple et gentil (je connais pas les conditions de la Mairie avec sa banque), on va rajouter un bon million et demi d’euros d’intérêts parce que sur 25 ans, le banquier y va pas nous les prêter gratos ces 3 millions. Mais bon, globalement, je suis pas trop dans l’erreur si je dis que ce prêt représente 4 à 5 millions payables par les bandolais dans les 25 prochaines années.

Ca fait 8 à 9 millions d’euros (vous avez entendu un candidat prononcer ce chiffre vous?). Auquel je suppose qu’il faut rajouter les dépassements budgétaires (coût de l’ouvrage passé de 16 à 18 millions d’euros si j’ai bien suivi), soit environ 2 millions d’euros, mais en fait je ne sais pas qui va les payer, ni à quelles conditions.

Moi je vous quitte là, je vais prendre mon aspirine, et je vous laisse me corriger en commentaires (mais si les plus pointus pouvaient nous épargner le raisonnement en francs constants…).

Toujours est-il que ce n’est pas donné, et que ce n’est pas un coût pharaonique non plus. Sur 25 ans, ça doit se supporter, mais on va quand même le payer. Les foyers les plus modestes préféreraient sûrement éviter d’avoir un jour un morceau de médiathèque qui pourrait apparaître sur leurs feuilles d’impôts locaux, mais je pense que là, le plus gros risque, c’est encore les coûts de fonctionnement. Parce que je sais pas si je deviens sourd, mais j’ai pas encore bien entendu comment chacun des candidats compte remplir ce bel outil culturel, et si possible, le rentabiliser (je veux dire payer ce qu’il coûte chaque année, maintenance, nettoyage, personnel spécifique, équipements intérieurs divers, etc.).

Suivre la politique c’est épuisant.





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