Bandol, ses associations, et l’engagement politique

Depuis que j’observe la vie politique bandolaise de près (2007), j’entends de tout concernant l’utilisation politique des associations qui fédèrent nos concitoyens, pour le sport, les loisirs, la culture, la représentation ou défense de certains groupes (intérêts communs, humanitaires vers les plus fragiles, etc.).

La question a refait irruption devant moi il y a 10 jours, lors de la réunion publique du candidat Jean-Paul Joseph pour sa déclaration officielle de campagne au théâtre Jules Verne, qu’on m’a très vite racontée, puis que j’ai vu en vidéo grâce à Bandol-blog.
C’est Jacques Kauffmann qui a ouvert la réunion publique (avant d’accueillir un ancien ministre venu parrainer le candidat) par ces mots :

«  Je me présente, je m’appelle Jacques KAUFFMANN et certains d’entre vous me connaissent peut être pour mes actions de défense des plaisanciers à Bandol. Mais ce n’est pas pour cela que je suis ici.
Ce soir, nous sommes là pour parler de Bandol. Et si Jean Paul Joseph a choisi de m’appeler à ses côtés, c’est parce qu’il croit au dialogue. Parce qu’il croit que les acteurs de la vie civile ont leur mot à dire dans la gestion de leur ville et qu’ils doivent être écoutés. C’est aussi parce qu’il croit à la nécessité de rassembler dans une ville qui en a bien besoin. »

Il m’avait envoyé un mail très court dans la journée, m’annonçant qu’il serait sur scène le soir même à l’invitation de JP Joseph, et j’avais supposé que c’était au titre de ses activités d’élu au conseil portuaire qu’il interviendrait, pour débattre des enjeux du port comme interlocuteur représentatif des plaisanciers sur ces questions.
J’ai donc été très surpris de le découvrir a posteriori en «  Mr Loyal » de cette réunion publique d’un candidat.

De plus, cela m’a conduit à de nombreuses questions, en particulier parce que j’avais eu une discussion vigoureuse avec un autre candidat au conseil portuaire, précisément sur la question de son indépendance politique.

La liberté politique en France est garantie par les textes, et l’appartenance de chacun à une famille idéologique, à un parti, est un droit qui fait de notre pays une démocratie encore enviable aux yeux de beaucoup d’autres dans le monde.
Ce qui m’avait opposé dans le débat d’alors à Pierre Chambenoit, était qu’il faisait argument de son indépendance politique alors que sa situation personnelle (attestée de façon malencontreuse et drôle dans sa profession de foi) devait le conduire à ne pas le faire, car elle pose question. Comme je l’avais résumé lors d’un commentaire : s’il s’était tu sur ce point, j’aurais laissé passer le débat sur son cas personnel, mais revendiquer l’indépendance était sinon, fallacieux sur le fond, au moins une faute de communication, a fortiori s’il se défendait sur une position consistant à nier qu’il y ait problème.

 

Parallèle avec l’élection de 2012 au Conseil Portuaire (via le CLUPP)

L’évolution de la situation vient confirmer ce que j’anticipais comme problématique, et par ricochet vient nous interroger sur le cas de Jacques Kauffmann :

  • Pierre Chambenoit est le compagnon d’une responsable politique locale d’un parti national, élue à Bandol, et qu’on pouvait à l’époque penser en marche vers une ascension politique dans notre ville. Aujourd’hui, elle est candidate à la mairie de Bandol.
    Si on poursuit le scénario, et qu’elle devient maire, elle sera responsable du conseil portuaire, qu’elle le préside ou nomme son président. Pierre Chambenoit s’il avait été élu, aurait donc à la moitié de son mandat, siégé comme représentant des plaisanciers, contre-pouvoir au sein de ce conseil, face à l’autorité qu’il est chargé de contrôler ou contrebalancer, autorité avec qui il partage par ailleurs le petit-déjeuner et le dîner entre autres… La terminologie à employer n’est probablement pas celle du conflit d’intérêts, mais en termes de représentativité efficace des plaisanciers, et comme contrer-pouvoir, il est évident que la répartition des sièges et l’équilibre des pouvoirs voulu par le code maritime ne serait pas idéalement atteint (euphémisme).
    Et on comprend aussi immédiatement que l’indépendance politique serait difficilement soutenable (mais rien n’interdit cette situation). L’indépendance politique de Pierre ne dépend pas de l’élection ou non de sa compagne, mais de leur situation de famille. La vie privée en France cesse toujours de l’être médiatiquement lorsque cette vie privée peut interférer avec la « chose publique », la vie politique…
    Je ne reprochais pas à Pierre d’être ou pas indépendant, mais de revendiquer une indépendance qui a minima pouvait être commentée et critiquée, d’en faire un argument (mensonger à mes yeux).
  • Jacques Kauffmann a été candidat puis élu comme représentant des plaisanciers au CLUPP et au conseil portuaire en 2012 pour 5 ans, sans qu’on lui connaisse d’attaches politiques, en particulier locales.
    Ce qu’il a fait et dit en montant sur scène lors de l’annonce de candidature de Jean-Paul Joseph pose donc des questions, non pas de conflit d’intérêts, mais là aussi d’indépendance dans son action aujourd’hui, et de bon équilibre des pouvoirs au conseil portuaire demain (après mars 2014).

Les questions relatives à l’élection de mars 2014

Les observateurs en général, les parties concernées par son action, les acteurs politiques, et au moins ceux qui ont voté pour Jacques en 2012, se posent certainement comme moi des questions, autant qu’on pouvait s’en poser pour Pierre (qui n’a pas été élu au Clupp/conseil portuaire en 2012, par désignation du 3ème siège de plaisancier au bénéfice de l’âge, d’un autre candidat) :

  • Dans quelle mesure JK est-il engagé dans l’action politique de VVB aux côtés de Jean-Paul Joseph ? Ce qu’il a dit n’indique pas quel rôle il y tient : futur colistier, futur adjoint, simple force de proposition, futur chargé du port, etc.), tout en manifestant ce que la plupart des gens ont compris comme un choix politique engagé (ses mots sont très prudents, mais on n’introduit pas la réunion de campagne d’un candidat de façon neutre).
  • Aujourd’hui responsable de l’association pour la gestion du Clupp de Bandol, dans quelle mesure son engagement (personnel) au sein de la campagne peut-il interférer dans son action (représentative) auprès des différentes listes candidates (et rivales?)?
    Nous sommes nombreux, membres de l’AG Clupp Bandol (j’en suis), à attendre de cette association qu’elle fasse valoir ses travaux et le point de vue collectif des plaisanciers auprès de toutes les forces politiques à même de peser sur le futur du port de Bandol (qu’elles fassent à l’avenir partie de la majorité ou de l’opposition).
    Comment est-il aujourd’hui reçu par ses interlocuteurs dans les différentes forces politiques engagées vers mars 2014 après ce choix? Quelles sont leurs réactions à la position personnelle de Jacques?
  • Jacques siège aujourd’hui au conseil portuaire, et est interlocuteur de la mairie sur les questions du port. Quel est l’impact immédiat de son choix sur sa mission au sein du CLUPP? Probablement mineur, car peu de choses devraient se passer dans les 4 mois avant l’élection municipale, et que le dernier conseil portuaire du mandat en cours a eu lieu la semaine dernière, mais la question ne peut pas ne pas être soulevée.
  • En cas de victoire de la liste qu’il soutient visiblement (VVB), et en attendant de savoir s’il prendra des responsabilités autres à travers cette éventuelle accession au pouvoir local, pourrait-il seulement siéger comme contre-pouvoir élu par les plaisanciers au conseil portuaire, face à un pouvoir politique qu’il aurait contribué à faire élire?
    Non à l’évidence pour respecter l’esprit de ces élections et le fameux équilibre voulu par le code maritime.
    Je n’ai pas réétudié la question, mais, s’il démissionnait, je crois me souvenir qu’il n’y aurait pas de nouvelles élections au Clupp, et que ce serait le candidat suivant (Pierre Chambenoit) qui serait alors amené à intégrer le CLUPP de Bandol et à siéger pour la deuxième moitié du mandat de 5 ans au conseil portuaire comme représentant des plaisanciers.

J’ai certainement oublié des questions (et je suis désireux de lire les vôtres).

Jacques étant un habitué de la participation aux commentaires sur les blogs, je ne doute pas qu’il aura à coeur de répondre aux interrogations que je formule ici.
S’il doit faire long et ne peut formaliser dès aujourd’hui, comme il fréquente irrégulièrement mais malgré tout assez souvent les rencontres du web bandolais, ceux qui viendront mardi soir au Planète café auront peut-être la primeur de ses explications… Ca fera un sujet politique en plus du sujet technique internet que j’évoquais ce W.E. Ces rencontres mensuelles sont décidément une bonne idée et j’invite tous mes lecteurs à venir le vérifier demain soir.
Il bénéficie évidemment et comme à l’accoutumée, comme Pierre Chambenoit, et tous les gens que je mets en cause dans mes articles, d’un droit de réponse ou de suite qui peut prendre la forme d’un article publié sous leur nom et que je les invite à me faire parvenir (et qui sera ouvert comme le mien aux commentaires de nos lecteurs).

Plus largement, et comme l’indique le titre de mon article, ces questions invitent à une réflexion globale sur les interactions et interférences entre l’engagement politique et l’engagement associatif à l’échelle d’une commune. Mon article est déjà long et je n’ai pas voulu prolonger, mais vous invite à le faire librement en commentaires car mon questionnement ne se limite pas aux cas individuels évoqués dans ce billet et en particulier celui de Jacques même s’il en est la cause.

F.M. – www.bandolais.fr

 





6 Commentaires

  • […] cet article de Bandolais.fr qui pose la question, à travers mon histoire, de l’indépendance et de l’équilibre des […]

  • Deux solutions;
    Soit je deviens moins bête avec le temps, soit tu expliques mieux! 🙂
    Je n’avais pas saisi la subtilité de la chose lorsque tu avais évoqué le cas de Pierre devenir membre du bureau du Clupp et en même temps Laetitia devenir maire.
    Quelles sont les questions que l’on doit se poser à propos de toutes ces associations qui naissent ou qui disparaissent, qui obtiennent des subventions alors qu’à d’autres elles leurs sont réduites voire supprimées sans savoir d’ailleurs qu’elle est l’usage de l’argent qui en est fait.
    Et je pense en particulier à Bandol Jazz Orchestra qui a disparu!
    Chacun de nous aura son exemple à donner.
    Bonne journée sous la pluie!

  • Jean-Pierre Chorel

    Finalement il y aura peut-être un conflit d’intérêts au sein d’un couple dans cette élection municipale…

  • grave question.
    De fil en aiguille on en arriverait à cette position absurde de se priver « en politique » de l’aide de personnes qui ont un engagement associatif et un charisme et donc un impact réel sur la vie politique d’une citée au sens élargie du concept.
    Par extension des commentaires de Fred, le doute s’applique rapidement à tout mammifère à sang chaud. Le barman pour sa terrasse, le garagiste pour son trottoir, le promoteur pour ses permis, l’instituteur pour ses sorties annuelles, ses gommes et ses crayons, le joueur de foot pour son stade, le carreleur pour son blason Chi Moy dessus, etc.
    On en revient au concept de la dictature de Platon (pudiquement appelée république de Platon). Le roi doit être vertueux et il l’est car bien éduqué durant son enfance et bien épaulé devenu roi, etc . . . je vous passe les détails du concept, je vais m’énerver.
    Il n’empêche que nous sommes devant la réalité des hommes et dans la multiplicité des représentations politico/sociétales.
    Le télescopage est inévitable.
    Là où il me semble que Platon avait bien analysé un côté de la médaille c’est que tout repose sur la qualité des personnes et leur NIVEAU DE VERTU. (idem le roi des grenouilles de Hans Suquet, ou les bons et mauvais troglodytes de Montesquiou). J’ose croire que Platon encensait les princes de son époque pour mieux les ficeler dans cette nécessité d’être vertueux pour asseoir leur légitimité. « Je vais t’expliquer pourquoi je t’idolâtre ô mon roi afin que tu te conformes à ce que j’attend de toi ». On dit aussi : la fonction fait l’homme.
    Revenons à nos bandolo-bandolé (Bandol aux Bandolais). Nous somme proches de tous ces gens et nous pouvons facilement les avoir à l’œil. Dans ces conditions rien ne nous interdit de les laisser se dévouer pour nous, Nous les gras du bide, nous les occupés ailleurs, mais aussi : nous les occupés à produire les subsides dont ils se repaissent.

    Quelle que soit la montagne de règles dont on entoure la démocratie, la vraie solution réside dans une attention de tous les instants : Laisse la bride sur le cou de ton fidèle destrier et dans très peu de temps il sera devenu ce qu’il est par nature, un cheval sauvage totalement incontrôlable pris par l’ivresse du pouvoir.

  • C’est justement cette vertu, nécessaire à la démocratie, qui est sensée nous différencier du cheval sauvage. Le télescopage n’est pas inévitable. Il faut juste faire des choix.