Bandol après le second tour des municipales 2014

L’analyse que je publiais lundi dernier du premier tour des municipales à Bandol pariait sur la confirmation d’une tendance : le désaveu du maire sortant par une majorité de bandolais : 30% seulement pour Christian Palix le 23 mars auguraient difficilement d’une victoire le 30 mars, sans alliance véritablement possible ni réserve de voix.

Pourtant il aura fait mieux que son prédécesseur François Barois (probablement plus en difficulté avec une triangulaire qui pouvait dévier une partie des voix à disputer entre les 2 principaux protagonistes) en regagnant 13% des suffrages ce dimanche. Le moins que l’on puisse dire est que son équipe n’aura pas baissé les bras (et cette combativité aura participé au climat détestable de la semaine décisive). La participation plus forte qu’au premier tour indique que vraisemblablement il aura réussi le pari de mobiliser une partie des abstentionnistes, sans générer un surcroit trop marqué des votes blancs ou nuls, tout en récupérant des voix tierces :

  • au moins deux listes n’avaient pas tenu un discours trop agressif envers le mandat précédent (FN et Votez Bandol, pour un cumul de 11% des voix du 1er tour), et pouvaient voir une partie de leurs électeurs préférer la continuité.
    Il faudrait comparer la liste des votants du premier et du second tour pour savoir s’ils ont préféré l’abstention alors que des abstentionnistes du 23 mars favorables au maire se seraient réveillés au tour décisif, ou bien les quelques 30% d’abstention de chaque tour sont-ils les mêmes à avoir boudé 2 fois l’élection?
  • 18% autres de l’électorat des challengers du premier tour se retrouvant sans représentation au second tour, et sans consignes de vote, ont pu vouloir faire payer aux futurs vainqueurs l’inaboutissement des négociations pour les associer à la recomposition d’une majorité. Les déclarations de Frédérique Connat ou Marcel Bogi laissaient possibles l’expression de mécontentements très divers, et ce qui s’est passé entre mardi et dimanche prouve que cette expression a eu lieu, car les 2 équipes en finale n’auront pas été seules à durcir la campagne, au-delà de l’acceptable (et avec une politisation caricaturale qui montre la férocité qui peut régner dans une même moitié du champ politique).

Le score est cependant net : 57% à l’union des équipes de Jean-Paul Joseph et Laetitia Quilici contre 43% au sortant, Bandol a choisi. Et le conseil municipal de Bandol va être considérablement renouvelé, avec la disparition de ce que certains appellent déjà la « génération 1983 » qui aura dirigé la vie locale à coups de… péripéties pas toujours guidées par la seule volonté d’être utiles à la collectivité.

La politique locale au XXIème siècle

Le scénario de l’élection de 2014 aura réservé quelques surprises. Mais je ne peux m’empêcher de souligner un aspect lié à la relation entre le citoyen et le personnel politique aspirant à le représenter.
Si Christian Palix a souvent été critiqué pour sa relation avec ses administrés, malgré des apparences démocratiques, c’est comme je l’ai souvent fait remarqué, parce qu’il y avait souvent plus de posture que de fond dans sa volonté de respecter un dialogue qui était par dessus le marché au coeur de ses promesses de campagne en 2008.
A l’inverse, on remarquera que la campagne de Laetitia Quilici a été largement focalisée sur une écoute des bandolais, presque trop au point d’avoir tardé à mettre en forme un projet. Et il ressort des urnes, que le nouveau maire est celui qui le premier a entrepris un dialogue avec la population dès le début du mandat. Jean-Paul Joseph n’est pas (sans vouloir l’offenser) le plus charismatique des candidats, mais son implication constante, la pédagogie qu’il a voulu insuffler (même sur des sujets ardus) autour des sujets dont il s’est emparé (avec la démonstration d’un véritable travail des dossiers), semblent avoir payé en le plaçant d’une courte tête comme le plus reconnu des candidats à l’alternance. Souvent jugé trop austère, trop technique, trop rigide pour faire un bon candidat, sa ténacité, sa constance, sa mesure, et peut-être aussi son refus de mésalliances auront fini par le placer dans la meilleure position pour incarner le changement réclamé.
Impossible de démontrer cette thèse, mais le monde politique devrait peut-être ne pas ignorer qu’elle s’exprime de plus en plus dans la société française. Et il n’est pas étonnant que ce soit un nouveau venu qui incarne cette modification de la relation, plutôt que de vieux briscards de la politique, en espérant qu’il garde cette ligne dans l’exercice du pouvoir.
En 2014, peut-on encore considérer qu’il est possible de gagner en faisant une campagne éclair, ou faut-il inscrire son action politique dans le temps long pour espérer convaincre? Vous savez que Bandolais.fr plaide pour cette vision afin de reconstruire la relation politique entre élus et électeurs.

Un futur à inventer différent

Bandol va vraisemblablement changer d’époque avec une arrivée massive de regards neufs dans ce nouveau conseil municipal, et l’accession de responsables vierges de tous pouvoirs aux commandes. La prochaine séance du conseil va certainement faire un retour en arrière et à un peu de papier, le temps de récupérer les iPads confiés aux anciens conseillers municipaux et de former les nouveaux à cette utilisation. Si beaucoup a été fait par les maires antérieurs, les chantiers ne manquent pas, et entre ceux déjà programmés, et tout ce qui reste à faire, la gestion d’un quotidien qui apporte son lot d’évolutions ou d’exigences nouvelles, les leviers pour transformer Bandol et l’adapter à son temps, à l’évolution démographique, économique, écologique, etc., sont légions : la prochaine majorité devrait pouvoir exprimer sa différence avec les 30 années écoulées.
Ce blog recèle d’ailleurs tout un tas de germes largement semé par les commentateurs et pas seulement pas votre serviteur loin s’en faut, pour une évolution positive de la ville et de la façon de la gérer (avec ses habitants). J’espère que les nouvelles têtes auront su faire leur miel de ces contributions avec l’apport de leur implication (nettement plus poussée) qui a dû les conduire à de vraies réflexions préparatoires à l’exercice de leur mandat.

Vient le plus difficile, qu’en bon rabat-joie je rappelais aux vainqueurs en les saluant hier à l’issue des résultats : travailler à une organisation toujours plus efficiente des services municipaux, en y identifiant les bonnes ressources, leurs compétences et fiabilité, trouver les bons relais d’information à double sens dans la ville et organiser une communication plus pertinente avec les bandolais, trier les dossiers par ordre de priorité, de faisabilité (budgétaire, technique, etc.), de performance, etc.
Je ne doute pas qu’ils sortent éreintés d’une campagne éprouvante. Pourtant c’est le lot du vainqueur que de ne pas pouvoir se reposer maintenant mais au contraire de devoir se retrousser les manches pour entamer le vrai travail, et pour 6 ans, avec l’obsession du souci éthique de cette mission au service de ses concitoyens.

Les coudées franches et quelques inquiétudes

Ce dernier point sera d’autant plus critique que la page se tourne avec une absence quasi totale de contre-pouvoirs à Bandol si j’en crois l’article de Var Matin à paraître ce lundi : c’est non seulement Christian Palix qui ne siègera pas lors du prochain mandat, mais selon ses déclarations (rapportées par le journaliste du quotidien du groupe Nice Matin) aucun membre de son groupe n’apportera la contradiction à la majorité!!!
Bandolais.fr s’éteignant comme prévu et annoncé, les seuls garde-fous connus à cette heure sont le blog de Christian Viala (qui a assumé une part d’engagement), Bandolweb qui semble vouloir reprendre une certaine activité, et surtout l’équilibre dans la majorité entre 2 équipes qui ont fait des campagnes rivales avant de se réunir. La ratification de la charte éthique que proposait la liste VVB par le conseil municipal va prendre un relief particulier, mais qui sera déjà privée des rôles qu’elle prévoyait d’attribuer à l’opposition. Cet abandon de son électorat par le maire sortant est le dernier mauvais tour de Christian Palix à l’institution du conseil municipal, qu’il aura fait souffrir pendant son mandat (voir les vidéos des conseils) mais aussi après. Sa décision signifie que ce sont 60% des électeurs du premier tour qui ne seront pas représentés au conseil municipal (et ça fait un peu désordre de la part de quelqu’un qui aura sans cesse vanter sa qualité de démocrate au-delà de toute mesure).

Il faudra beaucoup de sagesse en plus de l’enthousiasme aux nouveaux venus. Et quant à Christian Palix qui « ne s’explique pas cette lourde défaite », j’ai bien une suggestion de lectures à lui proposer pour commencer une prise de conscience dont il semble à mille lieues. Mais peut-être faut-il ne s’intéresser qu’à ceux qui représentent l’avenir… Meilleurs voeux, bon courage, et n’ignorez pas les messages de ceux qui vous ont élu.

 F.M. – www.bandolais.fr





2 Commentaires